‹ Théâtre de Jules Lemaitre (volume 3)Chapitre 88 sur 225 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

MARTIGNY

C'est vrai, je ne t'ai jamais comme je voudrais. Le jour c'est l'usine...

JEANNE

Ou Paris. Tu y vas presque tous les jours.

MARTIGNY, continuant.

Après dîner, ton oncle t'accapare pour son piquet, pendant que je bâille sur les journaux... Enfin, il me semble que j'ai une belle-mère.

JEANNE

C'est plus vrai que tu ne crois. Il est pour moi une maman.

MARTIGNY

Oncle, parrain, maman... c'est trop.

Sois gentil. 11 est si bon, et nous lui devons tant! Et puis, songe, il serait tout seul sans nous.

MARTIGNY

En revanche, nous serions tous deux sans lui.

JEANNE

Ne grogne pas... Tu as tes vieux meubles pour te distraire, depuis que Monsieur de Montaille t'a communiqué sa manie...

MARTIGNY, riant faux.

C'est vrai, on ne voit plus que moi à l'hôtel des ventes et chez les brocanteurs delà rue deChâteaudun.

JEANNE

C'est donc amusant?

MARTIGNY, sans conviction.

C'est passionnant.

JEANNE

Et tu t'y connais?

MAUTIGXV.

Je commence.

JEANNE

Tu sais quïls sont aflreux?

MAllTIGNY.

Ouoi?

JKANNE.

Tes vieux meubles.

MARTIGN Y.

C'est ce qui en fait le prix.

JEANNE

Et c'est bien encombrant.

MARTIGN Y, involontairement.

Oh oui! (Se rattrapant). Mais que veux-tu? Ça me passionne.

JEANNE

Tu trouveras ce soir à qui parler. Je te rappelle que monsieur de Montaille vient dîner avec Yoyo et son }>» rr.

MARTIGN Y. maussade.

Oui, oui.

J J. AN -S h.

Cela t'ennuie?

MAUTIGNY.

AL. Il Dieu...

JEANNE

Ccsl toi (jui les as invités.

MARTIGN Y.

Oli î ils se sont bien invités tout seuls.

lEANNE.

Jf noyais (jue \o\*> t'amusait?

MARTIGN Y.

Moi? Pas du tout. Je n'aime pas les détraquées.

Page 1