JACQUES, MADAME AUBERT
Madame .\ubert entre par la gauche.
JACQUES
Madame...
MADAME AUBERT
Vous m'attendiez, monsieur"? Pourquoi ne m'a-t-on pas prévenue?
JACQUES
On vous croyait dehors, et Ton doit être à votre recherche.
MADAME AUBERT
Voilà une demi-heure que je suis rentrée. J'étais dans ma chamlire. ^"euillez m'excuser.
JACQUES
Madame, depuis un mois que je suis reçu dans votre maison (et certes j'ai usé et abusé de la permission que vous m'aviez donnée d'y venir), puis-je croire que j'ai eu le bonheur de vous inspirer quelque estime et
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quelque confiance ? Me considérez-vous comme un honnête homme et beaucoup moins frivole que vous ne l'aviez peut-être entendu dire?
MADAME AUBERT
Assurément, monsieur. On se connaît mieux et plus vite dans cette demi-liberté de relations qui s'établit, loin de Paris, entre voisins. J'ai la plus grande estime pour votre caractère. Et surtout, je vous serai toujours reconnaissante de ce que votre amitié ingénieuse a su apporter de distraction et quelquefois presque de gaieté à ma pauvre petite malade.
JACgUES.
Je suis content, bien content de vous savoir dans des dispositions si indulgentes à mon endroit. J'avais besoin de cet encouragement. Je voudrais, madame, avoir avec vous un entretien... très sérieux, et dont j'attends le résultat avec une véritable angoisse.
MADAME AURERT.
Un entretien... très sérieux?... Eh bien, monsieur, je vous écoute... Il s'agit... de vous?
JACQUES
De moi .. et de vous aussi, puisqu'il s'agit d'une de vos filles.
MADAME AUI5ERT.
D'une de mes filles!... De Marthe, sans doute?
Non, madame, mais de sa sœur... Et le mieux est de vous dire la chose simplement et sans tant de préparations; autrement vous la croiriez plus extraordinaire qu'elle n'est en effet... Madame, après y avoir longtemps réfléchi, après avoir prévu toutes les objections I. 14
qui pouvaient m'ètre faites et les avoir résolues dans ma pensée, j"ai Thonneur de vous demander la main de mademoiselle Simone.
MADAME AUBERT
La main... de Simone?
JACQUES
Oui, madame. (Un silence.) Vous ne répondez pas?
MADAME AUBERT
Mais, monsieur, cela est si étrange en vérité, si inattendu!... Vous savez pourtant bien,.,
JACOUE.S.
Oui, je dois vous paraître insensé, et je prévois tout ce que vous allez me dire. Nous avons assez souvent parlé ensemble de votre chère petite fdle, interrogé le docteur Doliveux jusqu'à le fatiguer, consulté dix autres médecins, combiné des traitements, rêvé des miracles... Je n'ignore pas plus que vous ce que nous disent la science et le bon sens, et pourtant je persiste à me dire : Qui sait? Car je l'aime, moi, cette enfant, et, — je vais peut-être vous apprendre une nouvelle, — jai découvert qu'elle s'était mise à m'aimer aussi sans s'en apercevoir, et pas seulement d'amitié : lombre même de fatuité serait ici si ridicule et si déplacée que vous pouvez m'en croire... Je ne songe, en l'épousant, qu'à lui rendre ce dont elle a besoin pour vivre encore : l'espoir, l'illusion, la confiance... Voyons, madame, est-ce là un mauvais sentiment?
Mauvais? non, mais bizaiTC et... comment dirai-je?...
JACQUES
Équivoque? Ayez le courage de votre pensée.