ACTE I, SCÈNE XVI. 20o
BELPHEGOR, arrêtant Arlequin qui fuit.
Halte-là, monstre odieux.
Venez, laquais, à mon secours.
A qui puis-je avoir recours?
BELPHÉGOR
Tes gens viendroient vainement Tous dans ce moment.
Tiens ton serment.
Ne m’aS-tU pas donné ta foi? (Le prenant au collet,) Scélérat, subis ma loi.
ARLEQUIN
Qui? moi?
BELPHÉGOR
Ne reconnois-tu pas Belphégor?
ARLEQUIN
Mais à vous je ne suis point encor.
BELPHEGOR, lui montrant son billet.
Regarde ton billet, butor.
ARLEQUIN
Je sais le tems ;
C’est dans trente ans.
BELPHÉGOR
Voilà ton seing;
Démens ta main.
ARLEQUIN
Repassez demain.
ARLEQUIN TRAITANT
BELPHEGOR
Non, non, il faut soudain Venir dans les enfers,
Y payer dans les fers
Tous les maux que par toi les peuples ont soufferts. Lis ton billet.
ARLEQUIN, prend sou billot et lit :
Air : Jocoude .
Puisque Belphégor m’a promis L’infernale assistance,
Qui fait d’un malheureux commis Un traitant d’importance.,
Je veux, par un juste retour,
Digne de son élève,
Que dans trois ans, à même jour,
Ce grand diable m’enlève.
A Paris, le 22 mars 1713.
x4rlequin.
Arlequin, prévenu qu'il doit y avoir trente ans, dit d’abord trente; mais Belphégor le reprend’, et le fait recommencer jusqu’à ce que Arlequin, ne pouvant plus douter qu’il n’y ait trois et non trente, s’écrie :
Ali! le traître! 11 a gratté le zéro! 11 y avoit trente; il n’y a plus que trois.
BELPHÉGOR
Maraud, que veux-tu dire? Si je....
ARLEQUIN
Am : Voulez-vous savoir qui des deux ?
Ce n’est pas là mon numéro ;
Remettez, de grâce, un zéro.
C’est à vos griffes charitables Demander peu. Vous savez bien Qu’entre nous traitans et vous diables Un zéro ne nous coûte rien»