‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forains (volume 2)Chapitre 15 sur 408 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

ARLEQUIN, seul.

Arlequin, après avoir fait naufrage sur la côte de Serendib, s'avance dans l’île. Il tient une bourse, et paraît un peu consolé do sa disgrâce. Ce qu’il exprime par un écriteau (1) qui contient ces paroles :

Air : Je laisse à la fortune.

Auprès de ce rivage,.

Hélas ! noire vaisseau Avec tout i’équipage Vient de fondre sous l’eau !

(1) Les écriteaux étaient une espèce de cartouche de toile roulée sur un bâton, et dans lequel était écrit en gros caractères le couplet avec le nom du personnage qui aurait dû le chanter. L’écriteau descendait du cintre et était porté par deux enfants habillés en Amours, qui le tenaient en support. Les enfants, maintenus en l’air par le moyen de contre-poids, déroulaient l’écriteau. L’orchestre jouait aussitôt l’air du couplet, et donnait le ton aux spectateurs, qui chantaient eux-mêmes ce qu’ils voyaient écrit, pendant que les acteurs faisaient les gestes.

ARLEQUIN, ROI DE SERENDIB

Un procureur du Maine,

Dans la liquide plaine,

A trouvé son tombeau ;

Moy, grâce à mon génie,

J’ai sçu sauver ma vie Et l’argent du Manceau.

Ce couplet chanté, il s’assied à terre, et se met à compter son argent. Tandis qu’il est dans cette occupation, il arrive un homme qui a un emplâtre sur l’œil et une carabine sur l’épaule. Cet homme fait plusieurs révérences à Arlequin, qu:, se défiant do tant de civilités, dit à part par un écriteau :

Am : Quand le péril est agréable.

Ouf! Je crains fort pour ma finance;

Ce drôle a tout l’air d’un voleur ;

Le gisier me bondit de peur A chaque révérence.

L’homme pose son turban à terre, fait signe à Arlequin de jetter de l’argent dedans, et le couche en joue, en criant : Gnaff, Gnaff. Arlequin effrayé jette plusieurs pièces dans le turban. Le Voleur se retire, et dans le moment il en parott un autre qui a le bras gaucho en écharpe, une jambe de bois, et un large coutelas au côté. Celui-ci fait aussi des révérences à Arlequin, qui dit toujours à part :

Air : Quand je tiens de ce jus d’octobre.

% Quel autre homme s’offre à ma vue ?

Il est manchot! Oui, justement,

C’est un fripon, il me salue ;

C’est du Gnaff \ Gnaff , assurément.

Le second Voleur met aussi à terre son turban, et, tirant son coutelas, fait signe à Arlequin d'y jeter de l’argent, en lui disant : Gniff, Gniff. Il obéit, et le Voleur s’en va. Arlequin après cela, croyant en être quitte, pose sa bourse à terre derrière lui ; mais un troisième brigand en culde-jatte, portant un pistolet à la ceinture, paroît et s’empare subitement de la bourse. Arlequin s’en aperçoit et se lève pour la lui ôter. Le culde-jatte lui présente le bout de son pistolet en criant : Gnoff, Gnoff. Arlequin désespérant de ravoir sa bourse, dit au Voleur :

Air : O reguingué, o lon-lan-la.

Cette bourse porte malheur ;

Elle me vient d’un procureur,

Et va dn voleur en voleur ;

Craignez, monsieur, que la justice A son tooir ne vous la ravisse.

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