SCÈNE Vf
VALÈRE
Hélas !
De moi puis-je être maître,
Quand je vois tant d’appas?
Un baiser, ma chère Colette.
Air : Ma raison s’en va beau train.
Un doux baiser seulement.
COLETTE, le repoussant.
Ali ! Yalère, doucement.
YALÈRE.
Ma reine, quel tort?....
COLETTE
Calmez ce transport :
Votre ardeur est trop grande.
C’est à Paris qu’on prend d’abord ;
Au village on demande,
Lonla,
Au village on demande.
YALÈRE.
Je vous le demande aussi. Allons, ne faites donc point la villageoise. Un peu moins de sévérité.
COLETTE
Air : Je suis Madelon Friquet.
Vous allez bien vite au fait;
Connoissez un peu mieux Colette,
Vous allez bien vite au fait.
Quittez ce trop libre caquet;
Vous en seriez mal satisfait.
Je pourrois de ma main blancliette Je vous le dis franc et net....
VALÈRE
Oh! Je vais m’exposer à tout, (il veut la baiser, elle lu donne un soufflet.)
LES AMOURS DE NANTERRE
COLETTE
Je prendrai mon sérieux.
VALÈRE
Vous vous fâchez! Gela ne vous convient pas : un air enjoué vous sied mieux.
COLETTE
Air : Sois complaisant, affable, débonnaire.
Mon enjoûment Vous donne un faux présage :
D’un tendre amant J’aime fort le langage ;
Mais,
Avant notre mariage,
Rengainez tous vos souhaits.
VALÈRE
Mais je ne vous demandois que les arrhes du marché.
COLETTE
Plus on donne de gages pour ce marché-là, et moins il tient.
VALÈRE
Franchement, votre vertu sent le village.
COLETTE
Je suis là-dessus paysanne et demie.
VALÈRE
Ah! belle Colette, connoissez mieux Valère à votre tour.
Air : Je me plaignois d'une inhumaine.
Votre sévérité m’enchante,
Bien loin de me rendre confus.
Plus la faveur paroît charmante,
Et plus j’en aime le refus.