SCÈNE XIV
LUCAS
Mais, madame Thomas....
MADAME THOMAS
Ah! perfide, tais-toi!
Où seras-tu jamais plus heureux que chez moi ?
Air : Mon jpère, je viens devant vous.
Ne trouves-tu pas le matin,
Pour te raccommoder la panse,
Du pain blanc et d’exc3llent vin?
On double au dîner ta pitance;
Au souper, ne garde-t-on pas Le jus de féclanche à Lucas?
LUCAS
Si vous me nourrissez bian, je travaille de même. La besogne est forte cheux vous.
MADAME THOMAS
Eh bien, petit inconstant, petit scélérat , j’y consens. Va, épouse Colette. Mais tu n’auras pas le sou, je t’en avertis.
LUCAS, à part.
Ah ! ce n’est pas là mon compte*
MADAME THOMAS
Tu mourras de faim*
LUCAS, à part.
Malepeste! serviteur à Colette. Tenons-nous au gros de l’arbre.
MADAME THOMAS
Grand-Jacques profitera de ta folie ; je l’épouserai.
LUCAS, haut»
Ah! voyez donc comme aile se fâche!
MADAME THOMAS
Je n’en ai pas sujet, n’est-ce pas?
LES AMOURS DE NANiERRE.
LUCAS
Bon. Allez, tout ce que j’ai dit à Colette n’étoit que pour rire.
MADAME THOMAS
Pour rire !
LUCAS
Vous croyez donc que je ne vous ai pas aparçue? Eh non ! j’ai dit comme ça, à part moi : V’ià madame Thomas qui vient à pas de loup pour nous acouter; baillons-li un peu la venette.
MADAME THOMAS
Quoi, Lucas, il n’est donc pas vrai que tu aimes Colette ?
LUCAS
Fi donc! v’ià encore une plaisante morveuse. Vous m’avez dégoûté, madame Thomas, vous m’avez dégoûté de la jeunesse.
MADAME THOMAS
Am : L’autre jour j’aperçus en songe.
Est-il bien vrai, m’es-tu fidèle?
Oui, je le suis, n’en doutez pas.
Vos écus ont bien plus d’appas Que les yeux d’une péronnelle.-
MADAME THOMAS, lui tendant la main.
Sur ce pied-là, faisons la paix :
Lucas, lions-nous pour jamais.
Attends-moi ici. Je vais parler au tabellion. Je reviendrai te joindre.