‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forains (volume 2)Chapitre 252 sur 408 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ARLEQUIN, Mmo DOUCET.

MADAME DOUCET

Je ne conçois pas ce que l’Amour peut avoir à démêler avec madame Doucet qui, sans contredit, est la femme de Paris la plus édifiante.

ARLEQUIN

Où est donc cette édifiante madame Doucet?

MADAME DOUCET

Vous la voyez.

Air : Comme un coucou que l’amour presse.

Je suis fort riche douairière.

ARLEQUIN

A votre air, je m’en aperçois.

MADAME DOUCET

Pour une femme régulière,

Le Marais ne cite que moi.

LF. S AMOURS DFGUISFS.

ARLEQUIN

Je vous en fais mon compliment.

MADAME DOUCET

Am : Quel plaisir d’aimer sans contrainte l Ah ! peut-on traîner à Cytlière,

Femme si droite, si sévère !

ARLEQUIN

Votre petit cœur n’est, je gage,

Pas si prude que le visage.

MADAME DOUCET

Vous n’êtes pas bon physionomiste.

• Am : Lanturlu .

Je fuis l’esclavage Du dieu des Amours ;

Dans un doux veuvage,

Je passe mes jours.

ARLEQUIN

C’est être bien sage.

MADAME DOUCET

Je n’aime que la vertu.

Lantürlu, lanturlu, lanturelu.

(A pari.)

Voici quelque amour hypocrite.

MADAME DOUCET

J'ai surtout une extrême sensibilité pour les malheurs •d’autrui. J’ai retiré chez moi Damis, jeune homme aimable et vertueux, qui étoit dans une indigence... Il n’avoit pas d’habit.

ARLEQUIN

Am : Ah! quel plaisir, lorsqu’ après mille alarmes.

Ah ! quel plaisir de couvrir la misère D’un jouvenceau sans argent et tout, nu !

SCKNli VIII.

MADAME D OU CET

Le pauvre enfant manquoit du nécessaire.

ARLEQUIN

Il a chez vous trouvé du superflu.

MAD A AIE DOUCET

Je le rencontrai chez une vieille dame de mes amies, dont il alloit implorer le crédit pour avoir un emploi. Dans l’abattement où le mettoit sa mauvaise fortune, il avoit un air triste, mais touchant : de longs cheveux blonds négligés, mais beaux. Enfin, c’étoit une belle fleur qui séchoit sur pied, faute de suc alimentaire.

Vous arrivâtes là, comme une pluie après trois mois de sécheresse.

AIADAAIE DOUCET, déclamant.

Voilà comme Damis vint s’offrir à ma vue.

Je l’avoûrai,, d’abord mon âme en fut émue,

Et ma vertu frémit de cette émotion ;

Mais voyant que c’étoit pure compassion,

Aussitôt je formai le dessein charitable De tendre à ce jeune homme une main secourable.

ARLEQUIN

C’est une belle chose que la pitié.

AIADAME DOUCET.

Je l’emmenai chez moi, je le fis mon intendant, et je n’ai pas sujet de m’en repentir.

Am ; Faire V amour la nuit et le jour.

Cet aimable blondin Donne à son ministère Les heures du matin.

Et s’occupe à me faire Sa cour

Le reste du jour.

LES AMOURS DÉGUISÉS

Et vous recueillez avec usure le fruit de votre pitié.

MADAME DOUCST.

Vous badinez, je pense.

ARLEQUIN

Oh ! je n’ai garde, en vérité,

Et votre régularité

Lon Ion la, derirette,

M’inspire un respect infini.

Lon lon la, deriri.

Allez, madame la pitoyable, allez à la revue. Vous n’y serez pas de trop.

MADAME DOUGET.

L’imbécile ! Il prend ma pitié pour un amour déguisé.

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