ACTE I, SCÈNE VII
PIERROT
Je m’en réjouis, mon enfant.
Je pêche ordinairement le long des murs du sérail, sous un grand balcon que l’on voit au bout d’une galerie, et où il vient souvent des sultanes et quelquefois le grand seigneur.
PIERROT
La pêche est donc bonne dans cet endroit-là ?
ARLEQUIN
Malepeste ! si elle est bonne ! J’y pêche de l’or, des perles et des diamans.
PIERROT
Quel conte me làis-tu là?
ARLEQUIN
Je te parle sérieusement ; et je vais te dire de quelle manière je me suis mis en possession de cette pêcherie.
Aih : Du Banquet des seqit sages.
Un soir, au clair de la lune,
En préparant mes filets,
Satisfait de ma fortune,
Je cliantois quelques couplets,
Des Mirliton , des Lanlaire,
Des Flon-fton des Lanturelu ,
Et des Vogue la galère,
Lorsque je me crus perdu.
PIERROT
Qu’arri va-t-il donc?
ARLEQUIN
J’entendis tout à coup de grands éclats de rire, qui partoient du balcon. Ouf! Aussitôt je me tais, et, plein
ACHMET ET ALMANZINE.
de frayeur, je prends mes rames, el me mets en devoir de tirer promptement mes chausses de cet endroit-là.
PIERROT
Et toi, fin !...
ARLEQUIN
Mais une grosse voix se fit entendre (c’étoit celle du sultan), qui me dit : Demeure, pêcheur, demeure ! continue à nous réjouir. Moi, je recommençai et croyant encore mieux faire,
Air : Ah! Robin , tais-toi !
En rossignol d’Arcadie,
J’entonne un dolent morceau D’un bel opéra nouveau ;
Mais une femme me crie :
Ah ! pêcheur, tais toi !
Et fi, fi, et fi, fi,
Finis, je t’en prie,
Ton air de convoi.
PIERROT
Tu repris bien vite tes vaudevilles?
ARLEQUIN
Bien entendu. Et quand j’eus achevé de chanter, pouf! il tomba dans mon bateau une bourse pleine.
PIERROT
Tête-bille !
ARLEQUIN
Dès le lendemain, je retourne au même endroit ; je chante des Brunettes...
PIERROT
Et pouf!
ARLEQUIN
Oui, j’entendis tombera mes pieds un paquet.