‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forains (volume 2)Chapitre 3 sur 408 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

MERLIN , seul.

Amour, amour, chien d’amour, coquin d’amour, maraud d’amour, quoi! Jamais de repos! Dieux! faut-il , être né sous une planette si malheureuse, pour être né valet, et valet d’un maître plus diable que le diable: qui ne passe sa vie et son tems qu’à lire des grammaires, qui n’a pour divertissement que des sorciers. Pour son manger, les ragoûts sont friands : vipères, crapauds et crocodiles. Ce ne seroit que demi-mal ; mais il est, par-dessus ces belles qualités, amoureux. Il aime une bergère; mais il n’a pu jusqu’ici percer le cœur de cette pauvre brebis. Elle n’a, ma foi, pas tout le tort, car si une fois il s’en étoit rendu le maître, elle n’entendroit pour toute musique que liurlemens ; ses beaux yeux ne verroient que Démons,

LOS FORCES DE L’AMOUR

que Furies et qu’Enfer, et ses belles dents d’ivoire ne seraient occupées qu’à ronger des aspics et des couleuvres. La seule pensée m’en lait frémir, car il me semble que je suis entouré de ces messieurs.

(Un crapaud paroît.)

En voilà un qui me prie à dîner : Ah 1 monsieur le crapaud, je vous remercie de tout mon cœur; je n’ai nul appétit.

(Un démon paroît en tourbillon.)

En voici un autre qui m’invite à la promenade.... Monsieur Astaroth, je vous rends mille grâces ; mon médecin m’a défendu l’exercice.

- (On voit un sautoui' qui semble voler d’un bout à l’autre.)

En voici un autre : c’est un des valets de chambre de mon maître. J’ai trop tardé, il faut chercher Grésinde et m’acquitter de la commission que le magicien m’a donnée.

(Il fait un saut.)

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