ACTE II, SCÈNE IV
ACHMET
Mais enfin, le malheur que je voulois prévenir est arrivé. Je ne puis plus vous enlever au sultan ; et quand je le pourrois, votre cœur sans doute n’y consentiroit pas.
ALMANZINE, à part.
Fatale destinée !
ACHMET
Am : Par hasard, sur la fougère.
Aussi d’aucune espérance,
Je ne flatte mon amour ;
Je n’attends que l’assistance De la mort, dans ce séjour.
Du trépas l’image affreuse,
Pour moi n’a rien que de doux,
Puisque ma flamme amoureuse N’est plus un secret pour vous.
ALMANZINE.
Am : Les Triolets .*
Deviez-vous me tirer d’erreur !
J’aurois passé des jours tranquilles.
Vous allez faire mon malheur.
Deviez-vous me tirer d’erreur !
Le sultan, pour gagner mon cœur,
Va prendre des soins inutiles.
Deviez-vous me tirer d’erreur :
J’aurois passé des jours tranquilles !
ACHMET
Am : Iris, devenez plus sage.
Grands Dieux ! est-il donc possible Qu’Achmet à ses tendres ardeurs,
Ait su vous rendre sensible ?
ALMANZINE.
Ne le voit-il pas à mes pleurs ?
ACHMET ET ALMANZINE.
ACHMET
Vous m’aimez ?
ALMANZINE.
Plus que moi-même.
ACHMET
Est-il un mortel plus heureux !
Quoi ! vous m’aimez !
ALMANZINE.
Je vous aime.
Nous sommes à plaindre tous deux.
ACHMET
Non, non, belle Almanzine. Ce que vous m’apprenez change bien la face de nos affaires. L’espérance tout à coup vient ranimer mon courage. Je me flatte de pouvoir bientôt vous tirer du sérail.
ALMANZINE.
Ciel ! cela se pourroit-il ?
ACHMET
Oui. Mon père est adoré des troupes. Je l’engagerai, par- une lettre, à exciter un soulèvement, à la faveur duquel nous nous sauverons tous deux.
ALMANZINE.
Quoi ! vous croyez que le grand vizir voudra bien...
ACHMET
N’en doutez pas. Sa tendresse pour moi peut aller iusque-là. Mais, en attendant, j'appréhende une chose.
ALMANZINE.
Que redoutez-vous ?
ACHMET
Air : Je ne suis ne ni roi, ni prince.
Je crains la flamme violente