ACTE III, SCÈNE Y
PIERROT
Almanzine est allée avec Attalide au balcon, où je les ai suivies. Almanzine pleuroit à chaudes larmes, en disant : Ah ! le méchant sultan !
Air : O reguinguë, ô Ion, lan, la.
Nous allons le voir arriver,
Il vient pour me faire enlever.
La peste le puisse crever !
Mais j’aime mieux perdre la vie Que de contenter son envie.
Ciel!
PIERROT
Et moi, a dit Attalide, plutôt que de me voir ici captive le reste de mes jours, je suis prête à me donner la mort. Eh bien! mourons tout à l’heure , lui a dit Almanzine.
Air : Très-volontiers, mon père.
J’approuve ce dessein,
Lui réplique A.ttalide ;
Jetons-nous dans le sein De la plaine liquide.
L’autre répond soudain :
Très-volontiers [bis), ma chère.
Dans ce lieu-ci,
Jetons-nous-y La tête la première.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Almanzine d’un côté... Pon!... Attalide de l’autre... Pouf!
SOLIMAN
Quelle fureur !
ALI
Gela est surprenant.
PIERROT
Elles ont fait leur coup si brusquement, que je n’ai pu les 'retenir.
SOLIMAN
Mon malheur se peut-il concevoir 1
PIERROT
J ai eu d’abord envie de me jeter dans l’eau après Attalide, ma chère nourriture; mais je me suis trouvée si saisie, que je n’en ai pas eu la force.
SOLIMAN
Am : Le vin a des charmes puissants.
Ingrate Almanzine, ton cœur M’a donc trouvé bien détestable,
Puisqu’aux transports de mon ardeur La mort te parut préférable !