SOLIMAN, ALI
ALI
Air : Malheureuse journée.
La détestable race !
O ciel ! vit-on jamais Une pareille audace !
Les coupables sujets!
Je frémis, par avance,
Des tourmens rigoureux Qu’une juste vengeance Garde à ces malheureux.
SOLIMAN
Mets-toi à ma place.
Air : Le démon malicieux et fin.
Parle, Ali. De toi quel traitement Recevroient l’ingrate et son amant ?
ALI
Mon rival, ainsi que sa maîtresse, N’éprouveroient qu’un léger châtiment.
De l’amour excusant la foiblesse,
Je les ferois étrangler seulement.
Air : Mathurin , mon compère.
Et dis-moi quel supplice,
Trop équitable Ali,
Pourroit de ta justice,
Attendre Amulaki.
ALI
Pour le punir de sa double offense,
Puisque vous m’ordonnez de parler,
Je croirois montrer trop de clémence,
Si je ne le faisois qu’empaler.
SOLIMAN
Dans mon premier ‘mouvement, peu s’en est fallu que je n’aie été aussi cruel que toi. Mais la justice et la raison m’ont parlé pour ces infortunés. Je ne vois plus en eux des coupables.
Air : La jeune abbesse de ce lieu.
Je ne vois dans Amulaki Qu’un père à qui sa fille est chère ;
Et dans Achmet qu’un étourdi,
Qu’un fol amour rend téméraire.
D’Almanzine, hélas ! j’aurois le cœur,
S’il n’eût brûlé d’une autre ardeur.