SCÈNE III
MERLIN, seul.
Ali! Démons impitoyables! Si jamais je fais le voyage d’enfer, je vous ferai tous enrager. Je romprai les serrures des portes, j’abattrai les murs des Champs-Élisées, je brûlerai tous vos lauriers, j’ouvrirai tous les tombeaux, aün que les morts vous donnent cinq cents croquignoles ; je barbouillerai Pluton, je ferai la grimace à Rhadamanthe, je prendrai la place de Minos, j’insulterai Caron, je briserai toutes ses rames, je ferai que la mer engloutisse tous les passans, et que Caron s’engloutisse lui-même.... M’en voilà quitte, et j’ai enfin évité la barbarie de ces diablotins.
(Les Démons reviennent.)
Mais j’ai compté sans mon hôte, et je vois bien que je suis destiné à mourir sous le bâton. Il faut pourtant défendre ma peau et, par ruse ou par adresse, me tirer de ce mauvais pas. Mais comment faire?
(Merlin regarde les sauteurs qui sont sur leurs piédestaux.)
Il faut que je prenne la place d’un de ces messieurs: mais à qui m’adresser? C’est à toi que j’en veux ; ta physionomie me déplaît.
(Il lait descendre un sauteur et saule en sa place.
ET DE LA MAGIE
Ote-toi de là, et fais place à Merlin qui est plus honnête homme que toi.
(Les Démons reviennent et font mouvoir les statues en faisant des pas
figurés.)
Ma foi, je n’y sçais plus rien, et je vois bien que mes épaules ni mes bras ne sont pas suffisans pour me tirer d’affaire. Il faut encore me rompre le col. Ah! maudite magie ! maudite magie ! maudit destin !
(Ils font ici tous des sauts périlleux.)
Sautons et mourons en homme d’honneur.