SCÈNE IV
GRÉSINDE, ZOROASTRE, MERLIN.
ZOROASTRE, abordant Grésinde.
Je vous suis obligé, aimable bergère, de votre visite; c’étoit à moi à vous aller rendre mes devoirs, pour vous renouveler Toffre de mes services et de mon cœur; mais vous sçavez que mes occupations me dispensent de sortir de cette retraite que les Dieux ne m’ont accordée pour mon séjour qu’à la condition que je n’en sortirais jamais : trop heureux, puisque vous avez choisi le même lieu pour y passer solitairement vos jours, et je le serais tout à fait, si vous vouliez faire la félicité de Zoroastre,
GRÉSINDE.
Je vous suis obligée de tous ces sentiments, mais contentez-vous de mon estime; et puisque vous m’avez conviée à me faire voir le divertissement que vous m’avez préparé, je viens pour y prendre part, et j’amène avec moi des bergers qui, par leurs pas, tâcheront à vous donner par avance des marques de ma reconnaissance.
(Quatre sauteurs en bergers dansent une entrée.)
ZOROASTRE
Rien n’est si agréable ; mais mon amour et mes res-
ET DE LA MAGIE
pects ne pourront-ils point fléchir la dureté de votre cœur?
(Un Danseur danse une entrée, les bergers en dansent une nouvelle, ensuite un sauteur en Arlequin danse une gigue.)
MERLIN, bas à Grésinde.
Tenez ferme, ou rendez-vous. Choisissez, car, par ma foi, vous allez voir beau jeu; et surtout gardezvous bien de manger de notre souper.
GRESINDE, à Zoroaslrc.
Faites-moi donc voir ce que vous m’avez préparé.
Le magicien fait apporter une table, et, avec sa baguette, fait des conjurations et des cercles; ensuite il lève trois gobelets qui sont sur cette table, les montre et les remet; en les relevant, il en sort trois singes qui font quantité de sauts et se rangent au côté du théâtre. Il reprend le gobelet du milieu, le montre, et le remet; il le relève, et il en sort un pâté, duquel on voit voler quantité de serpents ailés. Il donne ensuite un coup tle baguette sur la table. Deux Démons enlèvent la table, et il paroitun nouveau Démon, qui fait des sauts périlleux avec les Singes ; ces sauts épouvantent la bergère qui semble forcée de se rendre.
. GRÉSINDE.
C’en est assez, je vois bien qu’il faut que je cède à la force, et puisque, pour éviter ma mort, il faut se rendre, je vous prie de chasser vos Démons, et donnez-moi le temps de vous parler.
ZOROASTRE, s’adressant aux Démons.
Rentrez dans vos cachots; allez, je suis content; la bergère est adoucie, et je suis trop heureux.
(Les Démons et los Singes font de nouveaux sauts et s'en vont.)
MERLIN, riant.
Cela s’appelle, en bon françois, se faire aimer à coups de bâton.
ZOROASTRE
Eli bien, bergère, que faut-il que j’espère ?
08 LES FORCES DE L’AMOUR
GRESINDE.
Tout ce que vous voudrez. Je ne vous demande que deux heures pour me remettre de ma frayeur. Je m’en vais dans ma cabane, et je reviens.
ZOROASTRE
Dieux! Que je suis content! Merlin, accompagne ma bergère, et ne la quitte pas.
(Quatre sauteurs en Polichinelles forment une entrée qui finit ce second
intermède.)
FIN DU DEUXIÈME INTERMÈDE
ET DE LA MAGIE