Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forains
Ï1 ne saurait nous appartenir d’écrire ici l’histoire complète des spectacles forains qui firent si longtemps la joie de nos pères. La tâche serait trop lourde, et le sujet demande des développements que nous ne pourrions lui donner à cette place. On nous permettra cependant de résumer en quelques pages les principaux points de Cette curieuse histoire, et de rappeler certains faits essentiels nécessaires pour l’intelligence des pièces qui composent ce recueil.
Le choix des pièces formant notre Théâtre de ld Foire a été fait de manière à montfeT quels furent les divers moyens employés par les acteurs pour se faire comprendre du public, malgré des difficultés et des obstacles sans cesse renaissants. Nous tenons aussi à bien constater que ces farces, ces scènes le plus souvent improvisées, ces pièces informes et quelquefois ridicules, ont donné naissance au vaudeville et à l’opéra comique. Le premier représente
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l’esprit français avec sa gaieté et son originalité ; le second est ce genre mixte qui tient de la comédie par l’intrigue et les personnages, et de l’opéra par le chant dont il est mêlé.
Dans les pages qui vont suivre, on verra que ces deux sortes de spectacles ont eu, comme la comédie française, leur temps de barbarie, leur enfance et leurs jours de gloire. Peut-être serait-on fondé à supposer que l’apparition de l’opérette doit amener la décadence des genres de spectacle qui l’ont précédée. Cependant nous aimons à croire que l’on reviendra à l’opéra comique ; le génie musical et la gaieté de la nation française ramèneront certainement un genre qui a fait si longtemps le charme de nos théâtres.
Mais avant de parler des spectacles forains, il n’est peut-être pas sans importance de faire connaître les lieux où les acteurs donnaient leurs représentations, en concurrence avec les théâtres privilégiés.
Ün historien de Paris , Piganiol dé la Force, s’exprimait ainsi dans la seconde moitié du dixliuitième siècle : « Il se tient tous les ans quatre foires à Paris : celle du Temple, celle aux jambons, celle de Saint -Germain et celle de Saint -Laurent. » Or^ cette énumération n’est pas complète. Piganiol a oublié de mentionner la foire de Saint- Clair et la foire Saint-Ovide .
Disons un mot de chacune de ces foires, avant de parler des troupes d’acteurs qui se formèrent à diverses époques pour donner des représentations et qui attirèrent presque constamment la foule.
La foire aux jambons ou an lard , dont on ignore l’origine, se tenait le mardi saint seulement, et elle devait se limiter au parvis Notre-Dame. Plus tard, elle se répandit dans toutes les rues qui aboutissaient à cette place, et occupa ainsi tout le tour de la cathédrale. On l’ouvrit alors le jeudi saint, et on la nomma la foire du Jeudi absolu. — On y vendait surtout de la charcuterie amenée des environs ou des provinces voisines ; mais, comme les marchands ne trouvaient pas qu’elle durât assez longtemps, ils obtinrent qu’elle fût prolongée le vendredi et le sàmedi saints.
Cette foire appartenait à l’archevêché et au chapitre de Notre-Dame*
La foire du Temple formait l’un des revenus du grand-prieur de France ; l’ouverture s’en faisait dans la Cour du Temple* le 28 octobre* jour de saint Simon et saint Jude. On v trouvait de la mercerie ; mais on allait surtout s’y approvisionner de manchons et de fourrures pour la saison d’hiver. Les femmes de la campagne y apportaient des nèfles* et le commerce de Ces fruits était d’autant plus considérable que les valets se faisaient un malin plaisir de les jeter aux nouveaux venus, au milieu des huées de la foule et avec des moqueries ou des injures. Cet usage, qui amenait souvent des rixes et des scènes scandaleuses, était tellement connu des Parisiens, que l’on avait coutume d’envoyer au Temple ceux que l’on voulait tourner en ridicule, en leur disant : « Ya-t’en au Temple quérir des nèfles! » On disait également aux gens dont la parole était douteuse : « Que me donneras-tu ? Des nèfles ! »
La foire Saint- Ovide fut d’abord établie sur la place Vendôme, puis de là transférée sur la place
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Louis XY. Toutes les boutiques y étaient rangées circulairement et ornées d’une décoration uniforme , aVec une galerie dans le pourtour, sous laquelle on se promenait à l’abri.
Cette foire durait un mois, à partir du 14 août, et elle était célèbre par le grand nombre de boutiquiers qui venaient y débiter leurs marchandises. On y voyait aussi des danseurs de corde et des bateleurs.
Voici l’histoire de l’établissement de cette foire.
On sait qu’en 1662,1e 22 août, l’ambassadeur français à Rome, Charles, duc de Créqui, fut insulté par les troupes corses au service de la cour pontificale. À la nouvelle de cet attentat, commis contre son représentant, Louis XIV se montra justement indigné et demanda une satisfaction proportionnée à la grandeur de l’offense. Le pape voulut quelque temps encore braver le roi ; mais, enfin, il dut céder et consentir à diverses conditions humiliantes pour lui, entre autres à ce qu’une pyramide fût élevee visà-vis l’ancien corps de garde des Corses, avec une inscription portant que la nation corse était à jamais déclarée incapable de servir dans Rome et dans tout l’État ecclésiastique.
Le duc de Créqui était revenu à Rome pour être témoin de la réparation accordée au roi de France, et Alexandre VII, voulant alors témoigner à l’ambassadeur son affection personnelle, lui fit présent du corps de saint Ovide, qu’il avait fait tirer des Catacombes. Le duc accepta avec reconnaissance le don du souverain pontife, et s’empressa de le transmettre, en 1665, aux religieuses Capucines de la place Vendôme, qui solennisèrent la fête du saint, le 31 août.
Fières de posséder cette sainte relique, les religieu-
ses l’exposèrent à la vénération des fidèles, pendant l’octave de la fête, et un concours extraordinaire dé peuple s’empressa de visiter l’église. L’année suivante, ce concours attira quelques marchands de jouets, de pain d’épice et de pâtisserie ; puis vinrent les trafiquants de chapelets et autres objets religieux ; puis encore des lingers, des merciers, des bijoutiers; enfin, quand la foire Saint-Ovide fut reconnue et autorisée à vivre un mois, à partir de la veille de l’Assomption, des traiteurs établirent des tentes sous lesquelles les gens de la campagne, qui venaient faire leurs dévotions à saint Ovide, trouvaient à boire et à manger.
Cet état de choses dura jusqu’au jour où un entrepreneur vint donner une certaine régularité à la foire, en 1764. Il fit construire, pour les boutiques des marchands, des loges de charpente qu’il rangea symétriquement autour de la place, tandis que la statue était entourée d’autres loges destinées aux danseurs de corde, aux joueurs de marionnettes, aux cafés et aux traiteurs. Cet entrepreneur renouvela ainsi son établissement jusqu’en 1771, où la foire Saint- Ovide fut transférée sur la place Louis XV, aujourd’hui place de la Concorde. Malheureusement, un incendie considérable détruisit toutes les baraques, boutiques et salles de spectacle dans la nuit du 22 au 23 septembre 1777, et les gens qui y étaient établis éprouvèrent des pertes considérables.
On vit alors se produire pour la première fois un acte de bienfaisance qui a souvent été imité depuis. Nicolet, le directeur du théâtre des Grands danseurs, Audinot, directeur de l’Ambigu-Comique, et, après ceux-ci, d’autres directeurs de théâtre donnèrent des représentations au profit des incendiés.
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Mais on ne put, malgré tout, faire revivre la foire Saint-Ovicle. Cette foire, qu’une relique avait fait naître et que le feu détruisit, fut supprimée par un arrêt du Conseil.
On ne connaît rien de positif sur l’époque de l’établissement de la foire Saint- Clair , si ce n’est qu’elle doit aussi son origine à une relique.
Vers le milieu du quatorzième siècle, l’abbaye de Saint-Victor reçut, dit-on, quelques reliques du corps de saint Clair, évêque. Elle jugea à propos de les exposer à la vénération des fidèles, et des indulgences furent accordés à ceux qui les visiteraient pendant l’octave de la fête du saint. Chaque année donc, à partir du 18 juillet, jour où l’on solennisait. la Saint- Clair, le peuple accourait en foule vers l’abbaye, et des marchands^Venaient y vendre leurs boites, leurs poupées, leurs gâteaux et leurs bijoux. Peu à peu, l’espace compris entre l’abbaye et l’hôpital de la Pitié 11e suffit plus à ces industriels. Leurs boutiques, leurs étalages s’étendirent le long des rues Saint- Victor, Copeau, de Seine et du Jardin-du-Roi : enfin ils gagnèrent même les rues des Fossés-Saint-Victor et des Fossés-Saint-Bernard.
C’est ainsi que se forma, sans aucune autorisation connue, la foire Saint-Clair, consacrée seulement par l’usage, et qui pourtant n’a cessé d’exister qu’à la fin du siècle dernier.
Arrivons à une foire dont tout le monde connaît l’importance, et qui fut pendant fort longtemps trèsfréquentée par les Parisiens : nous voulons parler de la foire Saint-Laurent.
Louis VI, dit le Gros, avait accordé aux prieur et religieux de Saint-Lazare une foire dont l’institution fut confirmée par Louis le Jeune. Philippe-Auguste
s’en empara, la transféra an lien dit Champeaux, où furent plus tard établies les Halles; mais, pour dédommager les religieux, il leur fit don d’une rente de 30 livres parisis, qu’il ne tarda pas à reprendre, en leur concédant une autre foire qui prit le nom de foire Saint-Laurent.
Elle se tenait le long du chemin de Saint-Denis, et ne durait primitivement qu’un jour, le 10 août, jour de la fête du saint. A peine le soleil était-il couché, vers sept heures et demie, que les sergents du Châtelet se précipitaient sur les loges qu’ils faisaient vider et enlever au plus vite , sans crainte de recourir aux moyens les plus violents pour faire déguerpir les marchands.
En 1344 et 1345, Philippe de Valois crut faire beaucoup en permettant aux frères et sœurs de l’hôpital Saint-Lazare de tenir la foire jusqu’à une heure avancée delà nuit ; mais cela ne suffisait pas aux religieux. Ils réclamèrent et obtinrent que la durée de la foire serait de huit jours francs. Au quinzième siècle, elle fut encore prolongée et ne se tenait plus au mois d’août. Nous savons en effet, par une ordonnance du 3 août 1465, rendue par Louis XI, pour l’abolition des droits fiscaux, que cette foire durait dix-sept jours, « après la fête de la Toussaint. »
Ainsi placée à une époque avancée de l’année, la foire Saint-Laurent pouvait difficilement prospérer. Elle subit même diverses interruptions qui purent faire supposer qu’elle n’existait plus. Les prêtres de la Mission, successeurs de la maison de Saint- Lazare, essayèrent alors de la faire revivre, et ils recoururent à l’autorité du roi qui, au mois d’octobre 1661, confirma le don de la foire fait à ces prêtres et leur permit de la transférer « en un lieu
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et place quelconque de leur demeure. » En conséquence, ils consacrèrent à cette destination un champ de six arpents environ qu’ils firent établir convenablement ; ils y tracèrent des rues bordées de beaux marronniers et construisirent de nombreuses boutiques qui furent facilement louées, car les marchandises exposées en vente à la foire étaient exemptes de tous droits.
Un écrivain du dix-septième siècle, Colletet, qui publia, en 1 666, un poëmeen vers burlesques intitulé : le Tracas de Paris, nous fait un tableau peu flatteur de ces foires, où l’on voyait des marchands de jouets, de pâtisseries, de limonades, d’ustensiles de ménage et d’étoffes; et où les filous, les escrocs, et les filles de mauvaise vie se mêlaient au peuple dans les cabarets et les théâtres de marionnettes. Mais tout en donnant la préférence à la "foire Saint-Germain sur la foire Saint-Laurent, il dit :
Celle-ci pourtant a sa grâce,
Elle est dans une belle place,
Et ses bâtiments bien rangés Sont également partagés.
Le temps qui nous l’a destinée Est le plus beau temps de l’année.
Louis XIY, en effet, ne s’était pas borné à autoriser le rétablissement de la foire. 11 avait fait plus ; il avait décidé qu’elle durerait trois mois entiers et dans la plus belle saison, depuis le 28 juin jusqu’au 29 septembre.
La foire Saint-Laurent était établie dans le haut de la rue du Faubourg-Saint-Denis, presque en face des bâtiments appartenant aux prêtres de la Mission.
Elle occupait tout l’espace compris entre les rues du Faubourg-Saint-Denis et du Faubourg-Saint-Martin, ayant au sud le couvent des filles de la Charité et l’église Saint- Laurent, et au nord une caserne pour les gardes-françaises, avec des jardins qui s’étendaient jusqu’à l’hôpital du Saint-Nom de Jésus.
L’ouverture de cette foire se faisait régulièrement tous les ans, le 28 juin, veille de Saint-Pierre, parle lieutenant général de police, et elle durait jusqu’à la Saint-Michel. On y jouissait des mêmes spectacles qu’à la foire Saint-Germain ; mais on y trouvait aussi beaucoup trop souvent des gens disposés à se livrer à tous les excès delà débauche. C’est pourquoi Colletet disait :
C’est le lieu de la goinfrerie,
Le lieu de la galanterie,
Où le temps se peut bien passer,
Si l’on veut argent débourser.
Quand la ville de Paris fit embellir les boulevards du Nord, et qu’elle permit à tous les bateleurs et acteurs des spectacles forains de s’y établir et d’y donner leurs représentations, la foire Saint-Laurent fut entièrement abandonnée. Ce fut au grand regret d’un certain public, mais aussi à la satisfaction de la plupart des habitants qui n’avaient plus, pendant trois mois, le bruit de la foule et le spectacle des rixes et des désordres d’une population ivre, trop souvent en lutte avec les archers chargés de l’exécution des ordonnances du lieutenant civil.
La foire Saint-Laurent était, il faut le dire, la foire du peuple, des ouvriers parisiens qui venaient y oublier leursfatigues et quelquefois leurs misères. Celle
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qui se tenait, au contraire, sur la rive gauche de la Seine, était surtout la foire des désœuvrés, des domestiques, des valets, des élèves de l’Université. Elle était parfois aussi fréquentée la nuit par les grands seigneurs, et il n’était pas rare d’y rencontrer des gens de la cour ; on la nommait la foire Saint- Germain. Colletet, que nous avons eu déjà l’occasion de citer, la compare à la foire Saint-Laurent et dit :
Rien n’égale, pour le certain,
Ici celle de Saint-Germain.
Elle est beaucoup plus précieuse,
Elle est beaucoup plus spacieuse;
Et chaque boutique ou maison Est couverte en toute saison.
Un mot sur l’origine de cette foire.
Depuis un temps immémorial, l’abbaye de Saint- Germain des Prés jouissait du droit de foire. D’où lui venait-il? Quel était le temps de la durée de la foire, et à quelle époque s’ouvrait-elle ? Ce sont là autant de questions auxquelles il serait difficile de répondre.
Le premier acte dans lequel il en soit fait mention est une charte de l’an 1176, par laquelle l’abbé Hugues et ses religieux cèdent la moitié des revenus de la foire au roi Louis le Jeune. Cette charte ne nous dit pas où elle se tenait, maiselle nousapprend qu’elle commençait quinze jours après Pâques et qu’elle durait trois semaines.
Un siècle plus tard, en 1278, deux écoliers ayant été tués au Pré aux Clercs par des domestiques de l’abbaye, l’Université, qui jouissait alors d’une autorité sans bornes, obtint de Philippe le Hardi un arrêt
SUR LES SPECTACLES FORAINS. Il
dont la sévérité offre peu d’exemples. Les religieux de Saint-Germain furent condamnés à payer des sommes importantes aux familles et à fonder deux chapelles de 20 livres parisis de rente chacune. Pour racheter cette rente, ils durent céder au roi le reste de- leurs droits sur la foire, que Philippe le Hardi transféra aux halles, ou plutôt qu'il supprima.
Plus tard, quand l’abbaye eut subi des pertes considérables dans ses revenus, par suite des guerres essuyées sous les règnes de Charles Ylet de Charles VII, Geoffroy Floreau, qui fut le dernier abbé régulier, demanda à Louis XI la permission d’établir dans le faubourg une foire au profit de l’abbaye de Saint- Germain, et cette autorisation lui fut accordée par lettres patentes signées au mois de mars 1482.
En vertu de ces lettres, la foire devait commencer le 1er octobre et durer huit jours ; mais, sortes réclamations des religieux de Saint-Denis, qui prétendaient que cette nouvelle institution faisait du tort à leur foire du Lendit, la foire fut transférée au lendemain de la Saint-Martin (13 novembre).
Ceci avait lieu au mois d’octobre 1484 ; mais bientôt après les choses furent encore une fois changées.
Un instant, Charles VIII autorisa la tenue de cette foire en deux temps, savoir le lendemain de la Saint- Mathias, 24 février, et le 13 novembre. C’est ce qui a fait dire que l’abbaye de Saint-Germain possédait deux foires. Mais, à la prière des religieux, le roi de France ne tarda pas à remettre la foire à son ancienne date, et il en fixa définitivement l’époque et la durée. L’ouverture devait en être faite le 3 février, au lendemain de la Chandeleur, qui est le premier jour vacant après l’octave de la Saint-Vincent, patron titulaire de l’abbaye de Saint-Germain, et
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elle devait durer jusqu’au carême. Cependant, on la prolongea bientôt jusqu’à laPassion, puis jusqu’au dimanche des Rameaux, c’est-à-dire jusqu’à la semaine sainte.
La foire Saint-Germain se tenait dans le voisinage de Saint-Su lpice, à l’extrémité de la rue de Tournon. C’était une foire franche. Non-seulement les marchands, mais encore ceux qui n’étaient pas maîtres, pouvaient y vendre sans crainte d’être inquiétés par les jurés de la ville. Il est à remarquer toutefois qu’il n’était pas permis d’y vendre des livres ni des armes. Outre les boutiques des marchands, dont le nombre était considérable, il y avait au préau de la foire Saint-Germain diverses salles de spectacles, où les acteurs jouaient leur répertoire.
Cette foire, qui attirait une foule énorme, devenait souvent le théâtre de grands désordres. Fermée pendant les troubles de la Ligue, elle fut rouverte sous Henri IY, et Pierre de l’Estoile raconte qu’en 1605 « se commirent à Paris des meurtres et excès inouïs procédans des débauches de la foire dans laquelle les pages, laquais, escoliers et soldats des gardes firent des insolences non accoutumées, se battant dedans et dehors, comme en petites batailles rangées » .
11 existe une estampe médiocre du dix-septième siècle, représentant la foire Saint-Germain avec ses divisions par rues qui se croisent. On y voit les places où se tiennent les divers marchands ; mais ce qu’il y avait de particulièrement remarquable pour cette espèce de petite ville, c’est qu’elle était recouverte tout entière par une toiture qui passait pour un chefd’œuvre. C’était un objet d’admiration dont on devait la construction au cardinal-abbé Guillaume Y Briconnet, qui l’avait fait élever en 1511. Malheu-
reusement, un incendie consuma la foire dans la nuit du 16 au 17 mars 1762, et ces belles constructions si justement admirées furent détruites. On les remplaça l’année suivante par de nouvelles baraques ou boutiques élevées sur l’ancien territoire, divisé en huit rues qui se coupaient à augle droit. Mais les marchands démodés, de jouets, de sucreries ; les bijoutiers, les cafés, les cabarets, lesmaisons dejeuetmême les spectacles forains n’attiraient plus la foule comme autrefois. La foire Saint-Germain avait perdu tout son prestige, toute sa splendeur primitive. Piganiol exprime, à ce propos, son chagrin en ces termes :
« C’étoit, dit-il, un des plus singuliers et des plus brillants spectacles que Paris pût offrir aux habitants et aux étrangers. Tout ce qu’il y avoit de personnes de considération, de la première noblesse, souvent des princes et des princesses, venoient s'y rendre tous les soirs ; et les rues de la foire étoient si pleines que l’on pouvoit à peine s’y promener. Ce qui faisoit principalement l’éclat surprenant de ce spectacle, c’étoit l’illumination de toutes les boutiques, dont ces rues étoient bordées, et où l’on jouait aux dés les nippes, les bijoux et toutes les nouveautés qui y étoient étalées. Les cafés n’étoient pas moins brillants par le grand nombre de ceux qui venoient y boire toutes sortes de vins de liqueurs. Ce singulier spectacle est entièrement aboli depuis plusieurs années, et c'est celui que les étrangers et les citoyens regrettent avec plus de raison » .
Dès l’année 1 786, la foire Saint-Germain avait cessé d’exister. Mais, jusqu’à ses derniers jours, elle avait conservé quatre salles de spectacle, connues sous les noms suivants : les Variétés amusantes, l’Ambigu- Comique, les Grands Danseurs et les Associés. Les
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acteurs de ces divers théâtres jouaient tantôt dans leurs salles des boulevards, et tantôt dans celles de la foire.
11 est certain que la création de ce vaste bazar, qui fut connu sous le nom de Galeries du Palais- Royal, porta un coup funeste à la foire Saint-Germain et à toutes les autres. Cependant nous ne saurions partager les regrets de Piganiol. La turbulence et la confusion des fêtes foraines ne convenaient déjà plus, vers la fin du siècle, à la masse de la population. On commençait à s’éloigner de ces lieux de débauche où affluaient les escrocs, les joueurs de profession, les mauvais sujets de tous les états et les femmes de mauvaise vie. Aujourd’hui plus que jamais, la gravité de notre époque veut de l’ordre et de la décence jusque dans ses distractions. Les plaisirs n’y perdent rien et la morale y gagne.
L’emplacement de l’ancienne foire Saint-Germain est actuellement occupé par un grand marché. Il n'est peut-être pas sans intérêt d’en connaître l’origine.
Au mois de mai 1398, Charles VI avait donné à son oncle Jean, duc de Berry, tout ce qui restait de l’ancien hôtel de Navarre, masures et jardins. Un an plus tard, le 2 avril 1399, ce prince céda tout ce territoire auxreligieux de Saint-Germainenamortissement d’une rente de 9 livres, 9 sols, 4 deniers, qu’il devait pour son hôtel de Nesle. C’est sur ce vaste emplacement, considérablement réduit plus tard, que fut établie la foire et qu’on a élevé de nos jours le marché Saint-Germain.
On aura remarqué sans doute que les foires dont nous venons de parler avaient toutes été concédées à des religieux pour lesquels elles constituaient un excellent revenu. Cet état de choses avait frappé les
écrivains du siècle dernier. Piganiol de la Force s’en était ému, et Sauvai, qui nous a laissé une bonne Histoire des antiquités de la ville de Paris, disait en 1724:
« De toutes les foires que nous avons à Paris, il n’y en a pas une qui n’appartienne à des ecclésiastiques, et qui ne soit tenue près de quelque église ; et même, à la réserve de celle de Saint-Germain, toutes se sont tenues et se tiennent encore des jouis de fête, non pas de quelque fêle simple ou d’apôtre, mais le jour de la Nativité de la Yierge, et même les trois derniers jours de la semaine sainte, sans songer que c’est les profaner par un trafic honteux, entre autres d’oignons, d’andouilles, de jambons, de lard ; et cela par ordre de nos rois et à la prière du chapitre de Notre-Dame et des religieux de Saint-Germain et de Saint-Denys en France, en vertu de plusieurs bulles des papes » .
Qu’il nous soit permis d’ajouter à ces considérations de l’historien que ces grandes réunions avaient été instituées dans l’intérêt du commerce, mais que, détournées de leur but, elles avaient fini par être seulement exploitées au profit du plaisir, du désordre et de la licence. C’était donc à ce dernier point de vue surtout qu’il était scandaleux de voir l’Église en exploiter le privilège.
Voyons maintenant comment se forma le théâtre de la foire et quelle fut sa destinée.
Tout le monde sait que les bateleurs succédèrent aux histrions sous la première race de nos rois. Vinrent ensuite les troubadours et les trouvères qui re-
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présentaient des scènes accompagnées par les jongleurs en chaulant avec leurs instruments. Puis enfin, sous le prétexte de célébrer la fête des saints, on re ■ présenta des farces jusque dans les églises et, sous le nom de la fête des fous, on se livra aux bouffonneries les plus sacrilèges, en même temps qu’on chantait les chansons les plus obscènes.
A leur retour des lieux saints, certains pèlerins se mirent à réciter publiquement dans les carrefours des cantiques sacrés. De riches particuliers, qui savaient allier le plaisir à la dévotion, attirèrent d’abord ces pèlerins chez eux, tandis que d’autres s’associaient pour leur faire construire un théâtre sur lequel ils venaient réciter ou chanter leurs cantiques.
Peu de temps après, les cantiques furent mis en action sous le nom de Mystères , que l’on représenta dans un lieu spécial, au bourg de Saint-Maur. Le peuple de Paris se porta en foule vers ce spectacle. L’était un pèlerinage qu’il accomplissait ainsi ; mais comme l’enthousiasme menaçait de dégénérer en fanatisme, le prévôt de Paris jugea prudent de défendre, le 3 juin 1398, « le mystère de la Passion ni aucuns jeux de personnages, soit de vie des saints ou autrement, sans le congé du roi. »
Disons à ce sujet que nos rois, malgré les guerres qu’ils avaient à soutenir, n’étaient pas ennemis des distractions. Ils avaient auprès d’eux, attachés à leur personue, des baladins qui exécutaient, dans certaines circonstances, différents divertissements tels que ballets, pantomimes et concerts.
Cependant, les acteurs des mystères étaient désespérés de ne plus pouvoir représenter la vie et la mort de Jésus-Christ. Ils réclamèrent auprès de la cour, et pour déterminer le gouvernement en leur faveur, ils
érigèrent leur association en confrérie. Le roi Charles VI voulut alors voir le spectacle des Confrères de la Passion. Il en fut si satisfait que, pour témoigner son contentement, il leur accorda, au mois de décembre 1402, « cette fois pour toutes et à toujours perpétuellement, autorité, congé et licence de faire jouer quelque mystère que ce soit, soit de ladite Passion et Résurrection on autres quelconques, tant de saints comme de saintes.... »
Les confrères-acteurs avaient fondé le siège de leur confrérie dans la grande rue Saint-Denis, à l’hôpital de la Trinité, appartenant aux religieux Prémontrés, et destiné à recevoir les pèlerins ou les pauvres voyageurs qui arrivaient trop tard pour entrer dans la ville. Us obtinrent qu'une vaste salle leur fût concédée, et ils y donnèrent leurs représentations, dont le succès fut si grand, qu’on fut obligé, dans les églises, d’avancer l’heure des vêpres, afin que le menu peuple pût assister à ces amusements vers lesquels il courait en foule.
Le public se lassa pourtant de la gravité des mystères. Il fallait varier les spectacles, et les confrères n’hésitèrent pas à s’adjoindre pour leurs jeux les Enfants Sans Souci, jeunes gens aimant l’indépendance et le plaisir, qui venaient de se constituer en ‘société sous l’autorité de l’un d’eux, créé Prince des Sots. Ces joyeux compagnons inventèrent des farces qui furent heureusement mêlées aux mystères, et ces divertissements nouveaux, dans lesquels les acteurs s’attachaient à personnifier les vertus et les vices, continuèrent à attirer, pendant quelque temps encore, la multitude au théâtre de la Trinité.
Obligés de quitter, ên 1540, l’hôpital, dont toutes les dépendances allaient être affectées au service
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des malades, les Confrères de la Passion transportèrent leur théâtre à l’hôtel de Flandre , démoli en 1543 par François Ier, et où ils restèrent, par conséquent, trois ans à peine ; puis ils achetèrent une partie de l’hôtel de Bourgogne, qui tombait en ruines depuis la mort de Charles le Téméraire, tué au siège de Nancy en 1477. « C’étoit, selon les écrivains du temps, un masure de 17 toises de longueur sur 16 de largeur, qui avoit une issue dans la rue Neuve-
Saint-Francois et une autre dans la rue Mau- »
conseil. »
Ce fut là que s’installèrent définitivement les Confrères de la Passion, dont les privilèges furent confirmés par le' Parlement, le 17 novembre 1548, à la condition expresse pourtant, « de ne jouer à l’avenir que des sujets profanes, licites et honnêtes, et de ne plus entremêler dans leurs jeux rien qui eût rapport aux mystères et à la religion. »
Bientôt ils louèrent leur théâtre à une troupe de comédiens qui s’étaient vraisemblablement formés depuis que l’on jouait des farces. Nous devons constater, en effet, qu’à côté des Mystères, dont on commençait à se lasser, les clercs de la Basoche avaient imaginé de jouer des Moralités. D’abord les représentations des basochiens furent assez rares ; puis elles se multiplièrent, et les moralités devinrent bientôt des satires tellement mordantes, que l’on crut devoir plusieurs fois rappeler les clercs à la décence et à la raison. On leur enjoignit de respecter les mœurs et de ne plus attenter à la réputation des personnes dont ils prenaient les traits ; enfin, on leur interdit de représenter aucune pièce, à moins qu’elle n’eût été examinée et permise par le Parlement.
C’est à cette époque que remonte donc l’origine
de la censure ; c’est aussi de ce temps que date la décadence des sociétés de la Basoclie et de la Sottise, aussi bien que celle des Confrères de la Passion. Réduits à traiter seulement des sujets profanes, et ne pouvant plus mêler les farces les plus indécentes avec les mystères de la religion, ils ne surent représenter que des scènes grossières, mal conduites et mal dialoguées. On les goûtait d’autant moins, que Jodelle venait de composer alors et jouait luimême ses premières tragédies imitées des Grecs, avec prologues et chœurs. Il les avait fait représenter devant le roi Henri II, d’abord à l’hôtel de Reims, puis au collège de Boncour. Des acteurs se formèrent bientôt. On en vit même quelques-uns, venus de la province, qui se hasardèrent à jouer dans une salle 'louée par eux à l’hôtel de.Cluny, près des Mathurins.
Cette nouveauté eut un succès étonnant; mais il fut momentané, car, sur la plainte des confrères, le Parlement rendit, le 6 octobre 1584, un arrêt qui força les comédiens à se retirer.
La fermeture du théâtre de Cluny n’empêcha pas d'autres acteurs de tenter à leur tour la fortune ; ils furent chassés comme les premiers. On vit alors venir de Venise des comédiens italiens qui se firent connaître sous le nom de Gli Gelosi (les Jaloux de bien faire). Mais, plus habiles que leurs prédécesseurs, ils se mirent au service du roi et donnèrent leurs représentations d’abord au château de Blois, puis à l’hôtel de Bourbon, à Paris. Les pièces que joua cette troupe ne furent d’abord que des impromptus, remplis par la fantaisie, et composés selon les données invariables de la tradition. C’étaient le seigneur Pantalon et le Docteur, Arlequin
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et Colombine. On y représentait la bonhomie plus que facile des pères, le libertinage des fils, la friponnerie des valets, la passion amoureuse des filles ; et tout cela faisait rire, parce qu’on était fatigué des farces grossières jouées par lès Confrères de la Passion. Cependant, ceux-ci firent encore valoir leurs privilèges auprès du Parlement, qui, le 10 décembre 1 588, rendit un arrêt faisant défense « à tous autres, tant François qu’italiens, de jouer la comédie et d'avoir aucun théâtre, sous peine d’amende et de prison ».
En présence de ces obstacles sans cesse renaissants, il fallait chercher un moyen d’offrir ail public un divertissement qu’il aimait, le genre de spectacle qu’il désirait tout particulièrement, et ce moyen fut trouvé par des comédiens venus de la province. Profilant des franchises de la foire Saint-Germain, ils élevèrent un théâtre dans cette foire, en 1595, et ils y donnèrent des représentations qui furent aussitôt, fort suivies, malgré quelques oppositions. Une sentence du 5 février 1596 les autorisa même à jouer leurs pièces, à la condition de payer chaque année deux écus aux Confrères de la Passion.
Après l’origine de la censure que nous venons de signaler, il faut placer ici l’origine des spectacles forains de Paris. C’est aussi vers ce temps que les confrères se décidèrent à céder leur privilège à une troupe de comédiens qui s’établit à l’hôtel de Bourgogne, mais les confrères se réservèrent le droit d’y occuper deux loges.
Qu’on ne s’y trompe pas pourtant. Nul n’aurait osé jouer, dans les premiers temps, ce que nous appelons une véritable pièce de comédie sur le théâtre de la foire. On y vit d’abord des sauteurs et deséqui-
libristes, puis des animaux sauvages, des ouïs, des tigres, des lions, et des animaux domestiques, chiens savants, chats ou singes dressés à faire une foule de tours. On alla même voir à la foire Saint-Germain « des rats danser en cadence sur la corde au son des instruments, étant debout sur leurs pattes de derrière, et tenant de petits contre-poids, de même qu’un danseur de corde ».
Nous n’avons pas à nous occuper ici des théâtres qui s’élevèrent successivement dans Paris, tels que le théâtre du Marais, construit en 1600, celui de la rue M i chel-le-Comte , établi en 1632, ou bien encore l’illustre Théâtre, sur lequel débuta Molière. Nous ne voulons parler que des spectacles forains, et nous signalerons tout d’abord l’apparition du fameux Jean Brioché sur le théâtre de la foire Saint-Germain. Il fut le premier qui mit en vogue les marionnettes en plein vent, et en 1646, il ouvrit son théâtre, où il faisait jouer ses acteurs avec une adresse merveilleuse. De la foire Saint-Germain il transporta son théâtre à la foire Saint-Laurent, sur le pont Neuf, sur les boulevards, et partout il amusa le public. Cependant, après quelques années, un certain nombre* de bourgeois surpris, épouvantés de la figure, des gestes et des discours de Polichinelle, accusèrent Brioché de magie. Le malheureux entrepreneur fut emprisonné, et il allait être condamné, quand il obtint son élargissement, après avoir expliqué au magistrat le mécanisme de ses marionnettes.
En 1 657 , le lieutenant civil d’Aubray accorda une nouvelle autorisation à un sieur Datelin, entrepreneur de danses et de marionnettes; puis, le 31 janvier 1668, le lieutenant général de police de la Reynic fit délivrer une autorisation semblable aux
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sieurs Archambault, Jérôme Artus et Nicolas Ferou qui annonçaient, à côté du jeu des marionnettes, les spectacles les plus surprenants.
Il est bien difficile de trouver des renseignements certains sur le genre de pièces que jouaient ces sauteurs et danseurs de corde, au temps où Ton représentait des tragédies et des comédies de Cyrano de Bergerac, de Rotrou, de Corneille, de Boisrobert, de Scarron, de d’Ouville, de Quinault, de Duryer et même de l'inimitable Molière. Le divertissement comique le plus ancien que l'on 'connaisse est celui qui fut représenté au jeu de paume d’Orléans
pendant la foire Saint-Germain de l’année 1678,
C’était une espèce de pièce intitulée : Les Forces (le V Amour et de l& Magie , inventée par Maurice Voudrebeck et Charles Alard, Parisien, On y trouvait un assemblage bizarre de plaisanteries, de sauts périlleux, de machines et de danse. « Le tout était exécuté par une troupe de vingt-quatre sauteurs de tous les pays et les plus illustres qui aient jamais paru en P'rance, »
Nous donnons cette pièce en tête de notre recueil. A vrai dire, c’est plutôt le livret d’un scénario sans intrigue, destiné surtout à montrer la souplesse et l’agilité des acteurs; mais, si imparfait que soit ce scénario, il doit rester, sinon comme modèle, du moins comme souvenir. Il servira à faire comprendre le goût populaire et le genre de pièces qu’on représentait sur les foires à la fin du dix-septième siècle.
A ingl ans après, on ne comptait pas moins de trois troupes de danseurs de corde et de sauteurs exploitant alternativement les foires Saint-Germain et Saint-Laurent : la troupe des frères Alard, celle de
Maurice et celle d’Alexandre Bertrand. Ces diverses troupes donnaient leurs représentations dans des loges qui devaient être fort incommodes. « Les loges, en ce temps, disent les frères Parfait, n’étoient point faites en forme de salles de spectacles, comme elles l’ont été depuis. Une loge étoit un lieu fermé avec des planches, où l’on dressoit des échafaudages pour les spectacles, une corde tendue pour les danseurs, et une estrade élevée d’un pied et demi tout au plus pour les sauteurs, mais sans ornements et sans décorations. A la fin de chaque foire, on enlevoit tout ce qui étoit dans la loge pour s’en servir à la prochaine foire. »
La troupe d’Alexandre Bertrand avait tenté d’ajouter, en 1697, aux exercices de danse de corde, une petite pièce représentée par des marionnettes, lorsqu’aumois demai decette même année, lacomédie italienne fut fermée par ordre du lieutenant général de police. Les acteurs avaient annoncé la première représentation d’une pièce intitulée : la Fausse Prude. Soit, comme on le disait alors, que les Italiens eussent voulu mettre en scène la marquise de Maintenon, soit pour tout autre motif resté secret, le théâtre des Italiens fut fermé, et ceux-ci furent obligés de sortir de France.
Les entrepreneurs de jeux de la foire Saint-Laurent se hâtèrent de profiter de la circonstance. Ils engagèrent des acteurs et firent aussitôt représenter divers fragments de pièces italiennes. Le public, qui regrettait les Italiens, y courut en foule pour voir et applaudir les copies.
On commença vers cette époque à construire des salles de spectacle en forme, de véritables théâtres avec loges et parquet.
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Ën 1698, les troupes d’ Alard, de Maurice et de Bertrand se mirent à leur tour à représenter des scènes italiennes qui furent aussi bien accueillies que celles de la précédente foire. Le public se divertissait beaucoup à leurs spectacles variés. Mais il n’en était point ainsi des comédiens-français, qui portèrent leurs plaintes au lieutenant général de police. « Ils remontrèrent que les danseurs de corde et sauteurs, bornés de tout temps à leurs simples exercices, s’étoient licenciés depuis un an jusqu’au point de faire construire des salles de spectacle pour y jouer des pièces de théâtre avec le secours de différents acteurs de province ; que cette innovation devoit être reprimée, attendu qu’elle portoit atteinte au privilège exclusif que le roi avoit accordé à ses comédiens. » Ils concluaient à des dommagesintérêts et à la démolition des théâtres forains.
Alard et les autres directeurs de troupes ne manquèrent pas d’alléguer les privilèges des foires ; mais ils n’en furent pasmoins condamnésà 1,500 livres de dommages et intérêts, et en outre, il leur fut fait défense de représenter aucune farce ou comédie. Les condamnés en appelèrent au Parlement de cette sentence et continuèrent leurs spectacles.
Vers le même temps, Maurice Vondrebeck mourut, et sa veuve, jolie, grande, bien faite et douée d’un esprit qui réparait en elle ce que la naissance et l’éducation lui avaient refusé, contracta, le 24 décembre 1699, avec Alard, une association pour l’exploitation des théâtres de la foire. Au nom de cette association, elle loua pour cinq années, le 6 avril 1701, le jeu de paume d’Orléans, au coin de la rue desQuatre-Vents, et ses acteurs, sujets choisis, y attirèrent la foule. Mais la foire Saint-Laurent de cette même année 1701
sük les Spectacles forains. 23
ne lut pas moins belle. La troupe de Bertrand y attira tout Paris par une nouveauté destinée à trouver bientôt des imitateurs. C’était une pièce en trois actes de Fuzelier qui, depuis, en composa tant d’autres. Elle était intitulée : Thésée , ou la défaite des Amazones , et avait trois intermèdes dans lesquels on retrouvait les Amours de Tremblotin et de Marinette .
De leur côté, les comédiens-français ne cessaient de poursuivre les entrepreneurs des théâtres forains. Ils obtinrent même une nouvelle sentence de police en leur faveur; mais, comme l’affaire était encore pendante au Parlement, celane causa aucun trouble dans les spectacles delà foire. Toutefois, les directeurs songeaient à se prémunir contre un arrêt qui leur serait défavorable, et ils cherchèrent un moyen de tourner les difficultés qui pourraient surgir. Ils agirent ainsi avec prudence, car, le 26 juin 1703, le Parlement confirma les sentences de police rendues contre les théâtres forains.
Les directeurs commencèrent par jouer des scènes détachées, qui cependant formaient une sorte de sujet; puis iis eurent recours à mille artifices pour se mettre à l’abri des poursuites des comédiens. Le public, qui, de tout temps, a aimé à se tourner vers les opprimés, soutenait les acteurs forains. De leur côté, les comédiens, de plus en plus irrités, formaient de nouvelles plaintes ; mais tous les efforts, toutes les persécutions ne servaient qu’à augmenter l’attrait des spectacles forains. La Comédie-Française avait pour elle son privilège ; le théâtre de la foire était soutenu par le sentiment populaire.
Le 15 janvier 1704, le lieutenant général rendit une nouvelle sentence en faveur des comédiens ; mais un second appel au Parlement suspendit encore une fois
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l’exécution de cette sentence. Et ce qu’il y a de remarquable, c’est que les oppositions faites aux entrepreneurs de spectacles forains n’empêchaient nullement ceux-ci de former de nouvelles troupes, prises souvent parmi les acteurs de province.
C’est ainsi que l’on vit Dolet entrer dans la troupe de Bertrand avec laquelle il joua, en 1705, à la foire Saint-Germain, une seconde pièce de Fuzelier: le Ravissement d'Hélène, le siège et V embrasement de Troye. Cette pièce, en trois actes et trois intermèdes, valut un nouveau succès à l’auteur et, par conséquent, une ample recette à l’entrepreneur. On la reprit l’année suivante ; mais son succès fut interrompu par deux sentences du lieutenant général de police, en date des 19 février et 5 mars 1706, qui firent « défenses à la veuve Maurice, Alexandre Bertrand et antres farceurs de représenter sur leurs théâtres aucun spectacle où il y aurait des dialogues », Le dernier de ces arrêts les condamnait, en outre, à 300 livres dédommagés et intérêts envers les comédiens-français et à 20 livres d’amende envers le roL Enfin, dans le cas d’une nouvelle contravention, le lieutenant de police autorisait les comédiens à faire abattre les théâtres de la veuve Maurice et autres4
Ces dernières sentences, si dures qu’elles .fussent, n'arrêtèrent pas les entrepreneurs de théâtres forains. Ils en firent appeler cette fois par le sieur Dufresnoy, receveur des revenus de l’abbaye, et bientôt le cardinal d’Estrées, abbé de Saint-Germain, intervint lui-même dans la cause, le 22 février 1707, pour soutenir les libertés et franchises de la foire. Mais le Parlement repoussa les requêtes du cardinal, aussi bien que celles de son receveur.
11 fallait se résigner et subir la loi. Les acteurs fo-
rains ne se hasardèrent pins à faire des dialogues sur la scène ; mais ils jouèrent des pièces en monologues, c’est-à-dire qu’un seul acteur parlait et que les autres faisaient des signes de démonstration pour exprimer ce qu’ils voulaient dire. C’est alors que la troupe de Dolet et Laplace joua, sous cette forme, à la foire Saint-Germain, Arlequin écolier ignorant et Scaramouche pédant scrupuleux.
Pour ne pas sortir de leur monologue, les entrepreneurs avaient même imaginé de faire rentrer dans la coulisse l’acteur qui venait de parler. Celui qui restait sur la scène parlait à son tour, puis il se retirait pour faire place à celui qui était dans les coulisses. Quelquefois les mêmes acteurs se parlaient, mais seulement dans la coulisse ; enfin, d’autres fois, l’acteur parlant répétait tout haut ce que son camarade lui avait dit tout bas.
Cette manière de jouer était, on le voit, fort peu gracieuse ; il arrivait pourtant qu’elle devenait quelquefois assez plaisante à force d’être ridicule. Aussi, les comédiens-français, jaloux des succès obtenus par les acteurs des petits théâtres, irrités surtout de voir le public s’éloigner d’eux pour courir à la foire, voulurent à tout prix leur interdire la parole.
« Si, disaient-ils dans une nouvelle requête présentée au Parlement, si le monologue, qui est défendu aux danseurs de corde, leur étoit permis, et qu’ils eussent des gens d’esprit pour les composer, de bons acteurs pour l’exécution, ils ne laisseroient pas de faire des scènes très-agréables, telles que celles de V Amphitryon que Molière a tiré de Plaute, où Sosie est introduit parlant à sa lanterne, pour laquelle il se répond à luimème sous le nom d'Alcmène ; celle de Scapin , où le
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même Molière fait jouer à Scapin huit ou dix personnages différents ; et celle du Grondeur , où un valet rend compte par signes de la conversation des personnes dont il a compris les pensées par leurs gestes et parle mouvement de leurs visages. Il seroit absurde de dire que ces sortes de scènes ne font pas partie d’une comédie, puisqu’elles en sont même l’ornement et, par conséquent, elles sont défendues aux danseurs de corde . »
Le Parlement, qui n’aimait sans doute pas le tapage que l’on faisait dans les foires, écouta encore une fois les plaintes des comédiens. Non-seulement il défendit à Dolet, Laplace et Bertrand de jouer des pièces ou des scènes, mais il les condamna à de fortes amendes, ordonna que le lieu où ils faisaient leurs représentations serait fermé et leur théâtre abattu et complètement démoli.
Cet arrêt très-grave, très-précis, avait été rendu le 21 mars 1708. Les acteurs forains en tinrent pourtantsi peu de compte que, le 3 août de la même année, deux huissiers dressaient procès-verbal du spectacle auquel ils avaient assisté. Dès lors, ce procès-verbal fut suivi de nouvelles requêtes des comédiens auxquelles les acteurs forains répondirent par de nouvelles oppositions, puis, enfin, le Parlement rendit, le 2 janvier 1709, un arrêt confirmatif des premiers.
Nous ne saurions raconter ici toutes les ruses qu’employèrent Dolet et Laplace pour se soustraire aux persécutions des comédiens. Constatons toutefois que, le samedi 20 février, deux huissiers, suivis d’un menuisier et d’ouvriers portant haches, scies, marteaux et autres outils, se présentèrent au théâtre de la foire Saint-Germain et firent procéder en leur présence à la démolition d’une partie de la salle.
Sans perdre un temps précieux en plaintes vaines, Dolet et Laplace donnèrent aussitôt des ordres pour faire rétablir tout ce qui avait été détruit ou brisé. Les ouvriers firent même une telle diligence que, le lendemain à dix heures du matin, de nouvelles affiches, répandues dans Paris, annonçaient que le théâtre de la foire donnerait ses représentations comme parle passé.. Chacun voulut s’assurer de la réalité de ce rétablissement qui tenait du prodige, et la curiosité, autant que le désir de vexer les comédiens, valut au théâtre une recette vraiment extraordinaire.
On peut juger de la colère, de la rage des comédiens par le fait suivant. L’exécution avait eu lieu le samedi ; le dimanche, les acteurs forains avaient rouvert leur théâtre ; et le lundi matin, vers neuf heures, un huissier se présentait de nouveau au jeu de Dolet et Laplace. Accompagné d’ouvriers en nombre suffisant, il fit cette fois procédera la destruction complète de la salle ; puis il laissa, dans le bâtiment, douze archers qui y tinrent garnison pendant plusieurs jours et se chauffèrent amplement avec les débris des chaises, des banquettes, des loges et du parquet.
Tout était perdu, et cependant les acteurs forains refusaient de se soumettre. Dépouillés de tout, ils portèrent alors leurs plaintes devant le grand conseil qui s’empressa d’y faire droit, en condamnant, le 14 mars 1709, les comédiens à leur payer 6,000 livres de dommages et intérêts.
Forts de cet arrêt, les entrepreneurs firent travailler nuit et jour au rétablissement de leur théâtre dont les portes ne tardèrent pas à s’ouvrir. Mais en reparaissant sur cette nouvelle scène, les acteurs avaient changé leur genre de spectacle. Ils représentèrent des
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pasquinades, des parodies dans lesquelles ils contrefaisaient les meilleurs acteurs de la Comédie-Française, les Romains, comme on les appelait alors. «Ils les faisoient reconnaître, non-seulement par les caractères qu’ils représentoient au théâtre, mais encore en copiant leurs gestes et les sons de leurs voix. Cette dernière manière de les prendre se faisoit en prononçant d’un ton tragique des mots sans aucun sens, mais qui se mesuroient comme des vers alexandrins. »
Ces représentations étaient donc plutôt la parodie des acteurs que la parodie des pièces, et le public se pâmait de rire à ces bouffonneries, pendant que de nouvelles procédures étaient entamées. Le Parlement mit un terme â cet état de choses, le 17 mars 1710. Il confirma ses arrêts précédents, cassa celui du grand conseil et condamna aux dépens tous les entrepreneurs de spectacles de la foire Saint-Germain, tels que Charles Dolet, Antoine Laplace, Alexandre Bertrand, Christophe Selles et autres danseurs de corde.
A la suite de cet arrêt, les engagements pris avec les acteurs des différentes troupes furent annulés, et quelques-uns de ces derniers allèrent jouer la comédie en province.
Nous n’avons pas voulu interrompre le récit de la lutte des comédiens contre Laplace, Dolet et au très, parce que nous tenions à dire tout de suite quel en , avait été le résultat. Mais on nous permettra de revenir à l’année 1708, époque à laquelle on peut placer l’origine de l’opéra comique.
Quelques écrivains ont voulu faire remonter cette
origine à l’année 1641, où parut la Comédie des Chansons contenant les amours d’Alidor et de Sylvia ; mais rien 11e prouve que cette pièce, attribuée à Charles Beys, soit le premier ouvrage à ariettes qui ait paru en France. Et même, en procédant ainsi, il faudrait remonter jusqu’à l’année 1581, et regarder alors comme la première oeuvre de ce genre le Ballet comique de la Roy ne, qui fut joué aux noces du duc de Joyeuse.
C’est donc à l’année 1708 seulement que l’on place en général l’origine de l’opéra comique, et certainement aussi celle du vaudeville. On va voir comment prirent naissance ces genres si français, qui firent pendant longtemps les délices des foires Saint-Laurent et Saint-Germain.
Nous avons vu qu’après la mort de Maurice Vondrebeck sa veuve s’était associée à Alard pour l’exploitation des spectacles forains. Leur association réussit d’abord assez bien ; mais quand Alard et la veuve Maurice virent la lutte engagée par les comédiens-français contre les troupes de Bertrand et celle de Dolet et Laplace, ils jugèrent que ces derniers finiraient par succomber et qu’on les poursuivrait à leur tour. Dans cette prévision, et pour se mettre à l’abri, ils voulurent tenter une voie nouvelle et obtinrent du sieur Guyenet, alors directeur de l’Académie royale de musique, un traité qui les autorisait à exécuter sur leurs théâtres des changements de décoration, à faire intervenir des danseurs dans leurs ballets, et même des chanteurs dans leurs divertissements.
Ges diverses additions aux scènes pantomimes mirent pour quelque temps les associés à l’abri des poursuites. D’ailleurs, ils avaient fait des frais consi-
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dérables pour leurs spectacles. Les pièces qu’ils jouaient étaient devenues de véritables comédies, mêléesde changements à vue, de décorations nouvelles, de machines, de musique et de ballets. C'est ainsi qu’ils firent représenter deux pièces de la composition de Dominique, le principal acteur de la troupe : Arlequin Atys, comédie en trois actes avec des agréments de chant et de danse, et Arlequin gentilhomme par hasard , également en trois actes.
Tout semblait marchera souhait pour leur entreprise, lorsque la veuve Maurice se remaria, et Pierre Guyenet, peu jaloux de tenir sa parole, profita de la circonstance pour retirer à Alard la permission qu’il lui avait donnée de faire chanter sur son théâtre. Ainsi privé du droit de parler, dépossédé du droit de chanter, celui-ci dut inventer un nouveau genre de spectacle, et il créa, en 1710, les pièces à la muette. Mais comme les gestes remplaçaient difficilement la parole, il imagina bientôt l’usage de cartons sur lesquels on imprimait, en gros caractères et en prose très-laconique, tout ce que le jeu des acteurs ne pouvait rendre. Ces cartons étaient roulés, et chaque acteur en avait, dans sa poche droite, le nombre qui lui était nécessaire pour son rôle. A mesure qu'il avait besoin d’un carton, U le tirait, l’exposait aux yeux des spectateurs et le mettait ensuite dans sa poche gauche.
Ce système d’écriteaux en prose 11e fit, pour ainsi dire, que passer : il était gênant et souvent incompréhensible pour le public. On substitua donc à la prose des couplets sur des airs connus ; l’orchestre jouait l’air de ces couplets, et des gens placés au parquet et à l’amphithéâtre chantaient et engageaient ainsi les spectateurs à les imiter.
Les améliorations sc suecédaientavec rapidité. Dès l’année 1712, les acteurs forains ne présentaient plus eux-mêmes de cartons aux spectateurs. On faisait descendre du cintre du théâtre l’écriteau contenant le couplet avec le nom du personnage qui devait le chanter, et chaque couplet était imprimé sur une toile gommée dont les extrémités étaient soutenues par deux jeunes garçons habillés en amours. Ce nouveau système avait le double avantage de mettre les spectateurs en état de lire plus à leur aise et de laisser aux acteurs la liberté de leurs mouvements.
Nous ne saurions raconter, dans la modeste étude que nous avons entreprise, comment les troupes foraines se formaient et se défaisaient. On comprendra facilement que certains entrepreneurs engageaient des acteurs et composaient ainsi leurs troupes d’arlequins et de sauteurs plus ou moins remarquables. Ceux-ci se faisaient admirer par leur souplesse, par leur grâce, et après avoir attiré la foule à un théâtre, ils passaient à un autre théâtre, où ils trouvaient plus d’avantages et où le public les suivait. A ceux de nos lecteurs qui voudraient connaître la composition de ces diverses troupes, nous signalerons les Mém oires pour servir à V histoire des spectacles de la foire , auxquels nous avons beaucoup emprunté, et où les frères Parfait ont rassemblé des détails intéressants sur les acteurs et actrices des spectacles forains.
A l’ouverture de la foire Saint-Germain de 1713, il se présenta un fait curieux : l’abbé de Saint-Germain avait concédé, moyennant la somme de 46,000 livres, tout le préau de la foire à un seul entrepreneur, un certain acteur de l’ancienne troupe italienne.
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nommé Jean-Baptiste Constantini, mais particulièrement connu sous le nom d’Octave. D’abord acteur assez aimé, puis inspecteur des barrières de Paris, Octave s’était imaginé d’entreprendre un spectacle en son nom. Il avait composé sa troupe d’excellents sujets, pris en général dans la troupe d’Alard, et avait ainsi brillamment inauguré ses. représentations.
L’année suivante, quand il devint maître de toute la foire, Octave n’avait pas seulement une troupe, il en avait formé deux. Get état de choses troubla les espérances des autres directeurs, qui, ne pouvant réclamer, entrèrent en composition avec lui, en payant la moitié du prix du bail, soit 20,000 livres.
Quatre troupes d’acteurs se présentèrent donc à la foire Saint-Germain de 1713.
La première fit représenter une pièce en trois actes de Le Tellier intitulée : le Festin de Pierre , qui était surtout remarquable par ses divertissements. Elle fut souvent reprise depuis et toujours applaudie.
Sur le second théâtre on représenta Arlequin au Sabbat , pièce également en trois actes, de la composition de Romagnesi, alors acteur de la troupe. La musique était du sieur de Lacroix, et le ballet du sieur Froment.
Ces deux troupes étaient placées sous la direction d’Octave.
Une troisième troupe, formée par le sieur et la dame Saint-Edme, avait préparé à grands frais, sous le nom d 'Arlequin Grand-Visir , une pièce entrois actes qui n’eut aucun succès.
Mais plus heureuse fut la quatrième troupe, dirigée par Catherine Baron, veuve d’Étienne Baron, ancien comédien de la troupe du roi, et fille de Maurice Von-
drebeck. Sa troupe joua Arlequin , roi de Serendib, pièce en trois actes, dont le succès ne fut pas un instant douteux.
Nous publions cette pièce, afin de montrer ce que pouvait être ce genre de spectacle représenté en écriteaux. Elle mérite d’autant plus d’être lue qu’elle fut composée par Lesage, le célèbre auteur des jolis romans le Bachelier de Salamanque , Gril Blas de Santillane , le Diable boiteux et Guzman d' Alfarache. Lesage, qui a composé un très-grand nombre de pièces pour les théâtres forains, peut être considéré sinon comme l’inventeur de l’opéra comique, du moins comme le premier écrivain qui ait donné une espèce de forme à ce genre de spectacle.
Au momeut de l’ouverture de la foire Saint-Laurent, qui, nous l’avons dit, se tenait pendant les mois de l’été, Octave avait employé le même moyen qu’à la foire Saint-Germain. Il y tint ses deux théâtres et gagna des sommes considérables.
Vers la fm.de cette même année, le 30 octobre 1713, les époux Saint-Edme et la veuve Baron se vengèrent du tort que leur avait fait Octave en formant, pour neuf ans, une société autorisée à exploiter le chant et le ballet, en vertu d’une concession à eux faite par les syndics des créanciers du sieur Guyenet, ancien directeur de l’Opéra, décédé le 30 août 1712.
Leurs deux troupes s’annoncèrent donc à la foire Saint-Germain suivante, l’une, celle de la veuve Baron, sous le nom & Opéra-Comique de Baxter et Saurin ; l’autre, celle des époux Saint-Edme, sous le nom A! Opéra-Comique de Dominique.
Malheureusement, l’union ne put exister longtemps parmi les associés. Persuadés qu’ils étaient trompés par la veuve Baron, devenue dame de Baune par un
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second mariage (1), les époux Saint-Edme rompirent leur traité le 18 décembre 1715. Toutefois ils convinrent verbalement le même jour, avec leur ancienne associée, que celui qui obtiendrait de l’Opéra la permission de chanter en ferait profiter l'autre aux conditions précédemment arrêtées.
Ce fut la dame de Baune qui obtint cette autorisation au prix de 25,000 livres ; mais elle refusa de la partager, sous prétexte qu’elle avait dû payer un potde-vin de 8,000 livres dont elle réclamait la moitié.
Le temps de l’ouverture de la foire approchait, et les époux Saint-Edme durent subir les conditions qui leur étaient imposées. L’acte en fut passé le 29 janvier 1716; mais à peine la dame de Baune l’eut-elle signé qu’elle voulut le rompre. Ne pouvant en venir à bout directement, elle offrit aux syndics de l’Opéra, non plus 25,000, mais 35,000 livres pour avoir seule le droit de donner, pendant les foires, des spectacles mêlés de chants, de danses et de symphonies sous le nom d’opéra comique.
Ces conditions étaient trop avantageuses pour ne pas être acceptées parles créanciers de Guyenet. Les syndics, peu scrupuleux, en appelèrent au conseil dü roi, et le 26 novembre suivant, ce conseil les autorisà à rompre tous les tfaités passés jusqu’à ce jour.
Alors s’engagèrent des procès sans nombre entre les époux Saint-Edme et la danie de Baune. Disons bien vite que celle-ci resta victorieuse, mais à la con-
(1) Catherine Vondrebeck, fille de la Maurice , comme on l’appelait généralement, était devenue veuve d’Étienne Baron, le 9 décembre 1711. Deux ans plus tard, elle épousa en secondes noces Pierre Chartier de Baune, conseiller au Châtelet. Elle avait eu de son premier mari deux filles qui furent assez médiocres comédiennes; l’une fut connue sous le nom de mademoiselle de la Traverse, l’autre se faisait appeler mademoiselle Desbrosses.
dition de payer un dédit de 15,000 livres aux époux Saint-Edme.
Les foires de Paris avaient cruellement souffert de cette lutte. On n’y représenta que des parodies sans esprit et sans intérêt. En outre, les théâtres forains perdirent un acteur excellent, Dominique, qui passa dans la troupe des comédiens italiens, où il débuta, dans un rôle de Pierrot, le 11 octobre 1717 (1).
L’année 1718 s’ouvrit d'une manière fâcheuse pour la dame de Baune. Son âpreté au gain, ses nombreux procès et les sommes qu’elle avait dû verser pour conserver le privilège de l’Opéra-Gomique avaient mis un grand désordre dans ses linances. Non-seulement elle s’était vue dans la dure nécessité de vendre sa terre de Saint-Sauveur, pour acquitter ses dettes, mais elle avait encore engagé les terres de Baune, de Presle et de la Précherie, appartenant à son mari.
Tandis quelle essayait de reconstituer une troupe, les syndics de l’Opéra régirent eux-mèmes le spectacle. Mais les époux Saint-Edme, réduits à ne jouer que des pièces en écriteaux, surent pourtant attirer la foule en faisant représenter trois comédies de Lesage : 1° Arlequin Orphée le Cadet , pièce en trois actes, qui contenait une satire vive et fine de l’Opéra-Comique ; 2° Arlequin valet de Merlin , en un acte, avec un prologue ; 3° le Château des lutins , pièce également en un acte, avec un prologue, où l’Opéra-Comique et l’Opéra n’étaient nullement ménagés.
(1) Pierre -François Biancolelli, fils du fameux Dominique, dont il prit le nom, avait rempli avec succès le rôle d' Arlequin, tant en province qu’aux foires de Paris. Il parut, pour la première fois, sous l’habit de Pierrot, avec la troupe italienne qui jouait sur le théâtre de l’hôtel de Bourgogne ; mais il ne tarda pas à quitter ce rôle pour reprendre celui d 'Arlequin.
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La clame de Banne, voyant les affaires prospérer entre les mains des époux Saint-Edme, leur proposa un traité que ceux-ci furent assez bons pour accepter. On put croire alors que l’Opéra-Comique allait définitivement s’installer à la foire. Malheureusement, il était trop tard pour que la dame de Baune pût réparer ses pertes, et elle reconnut avec douleur qu’elle était ruinée. Son mari fit un abandon général de tous ses biens, et ils partirent tous deux pour la Louisiane, d’où iis revinrent au bout de quelques années. Pour en finir avec cette femme ambitieuse, intrigante et intéressée, disons qu’elle se vit réduite à accepter une modeste place d’ouvreuse de loges à ce même Opéra-Comique dont elle avait rêvé d’être la seule directrice.
Jamais les foires n’avaient été plus brillantes qu’à cette époque ; mais cette heureuse fortune leur fut préjudiciable. D’un côté, les comédiens-français voyaient avec peine qu’on abandonnât leur théâtre pour suivre les spectacles forains, et ils s’en plaignirent. D’autre part, on disait que les dernières pièces représentées étaient de fort mauvais goût. Ces deux causes réunies amenèrent la suppression de l’Opéra- Comique. Là signification en fut faite aux entrepreneurs à la suite du succès de la Princesse de Carizme , pièce de Lesage, que la duchesse d’Orléans avait fait jouer sur le théâtre du Palais-Royal, le G octobre 1718. Pendant la représentation, le duc d’Orléans, qui savait le sort réservé aux artistes, ne put s’empêcher de dire : « L’ Opéra-Comique est semblable au cygne qui ne chante jamais mieux que lorsqu’il est près de mourir. «
Les spectacles forains furent fermés en 1719. L’année suivante, quelques troupes essayèrent de repa-
raitre; mais elles ne parvinrent pas à attirer l’attention, et ce fut en 1721 seulement que l’on put assister, à la foire Saint-Laurent, à la résurrection momentanée de rOpéra-Comique. Le privilège en avait été donné, le 21 juillet, à une troupe dont Lalauze était directeur. Celui-ci ouvrit son théâtre le 28 du même mois, et il se félicitait déjà de la manière dont il était accueilli par le public, lorsqu’une concurrence sérieuse vint troubler ses espérances. Les comédiens italiens, peu satisfaits de leurs recettes à l’hôtel de Bourgogne, quittaient leur théâtre pour venir tenter la fortune à la foire Saint-Laurent. Pour comble d’infortune, une troisième salle s’ouvrit le même jour que celle des Italiens, et la troupe qui y donnait ses représentations était sous la direction de Francisque, lequel prenait la liberté de faire parler sur son théâtre.
Les premiers efforts de Lalauze furent dirigés contre Francisque, dont il fit fermer la salle le 18 août; mais la joie de son triomphe fût de courte durée. Francisque était habile, puissamment soutenu, et il fit si bien que, quatre jours après, il était en mesure de rouvrir son théâtre. Et il ne se bornait plus à parler, il était autorisé à chanter. Dans le court espace de temps qui s’était écoulé entre sa chute et sa réapparition, il avait dépossédé Lalauze du privilège de l’Opéra-Comique.
On vit alors, chose étrange, les comédiens français et italiens se liguer pour écraser les théâtres forains, dont le public goûtait chaque jour davantage les représentations amusantes, et ainsi réunis, ils parvinrent à faire supprimer un genre de spectacle qui avait le don de plaire à tout le monde.
Désespérés et se sentant incapables de lutter plus
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longtemps, les acteurs se dispersèrent pour aller jouer la comédie en province, et les entrepreneurs ne purent montrer que des marionnettes et des curiosités à côté des danseurs de corde, dont on admirait toujours l’adresse, l’agilité et la souplesse.
Notons en passant un fait qui mérite d’ètre signalé : c’est que la lutte engagée pour obtenir le privilège de l’Opéra-Gomique eut un résultat inattendu : elle créa le droit des pauvres, ce droit qui n’a cessé de subsister et dont les abus ont été si souvent signalés. Le 21 juillet 1721, il fut ordonné qu’il serait prélevé sur le produit des représentations de l’Opéra-Comique un sixième en faveur de l’Hôpital général de l’Hôtel- Dieu.
Quand la foire Saint-Germain s’ouvrit, au commencement de l’année 1722, les troupes foraines en étaient réduites aux expédients. Elles ne donnaient plus que des scènes de parades, avec leurs exercices et les danses de corde. Les acteurs ne pouvant ni chanter, ni parler autrement qu’en monologue, Fuzelier, Lesage et Dorneval avaient refusé de composer des pièces dans ces conditions. Ce fut alors qu’on vit paraître un auteur qui ne tarda pas à acquérir une grande réputation : nous voulons parler de Piron. Il n’avait jusque-là travaillé que pour les marionnettes, mais il sauva la situation, en portant à Francisque une pièce en trois actes, dont le sujet était fort ingénieux, quoiqu’on ne pût faire paraître qu’un seul acteur à la fois sur la scène. Cette pièce, intitulée Arlequin Deucalion, fut représentée le 25 mars, et le public l’accueillit favorablement. De nos jours, elle se lit encore avec plaisir.
Mais le spectacle qui eut le plus de succès, celui qui attira tout Paris à cette foire, il faut bien le dire,
ce furent les marionnettes de Laplace. Jamais on n’avait vu un tel enthousiasme pour les marionnettes, et cela se comprend ; elles étaient mises en mouvement par les trois spirituels auteurs des spectacles forains. Plus animés par la vengeance que par l’intérêt, Fuzelier, Lesage et Dorneval avaient loué une salle au préau de la foire, sous le nom de Laplace ; puis ils avaient acheté une douzaine de marionnettes. Avec ces seuls personnages, ils représentèrent Pierrot Romulus , parodie d’une assez médiocre tragédie de La Motte-Houdart, et le Remouleur d’amour , pièce en un acte ; le tout précédé d’un prologue intitulé : V Ombre du cocher poëte .
Le succès de ce spectacle fut étonnant. Il se soutint pendant toute la durée de la foire Saint-Germain, piais il fut moins brillant à la foire Saint-Laurent, où l’on pouvait aller voiries comédiens italiens, et surtout Francisque, qui se moquait de la Comédie-Française, en faisant manœuvrer, non plus des petites marionnettes, mais des marionnettes de grandeur naturelle qui figuraient fort bien les personnages.
À la foire Saint-Germain de 1723, on vit paraître, sous la direction de Restier, qui revenait de province, une troupe dont les pièces et le genre de spectacle attirèrent assez vivement l’attention. Les acteurs jouaient une pièce chinoise fort originale, mêlée d’un jargon qui excitait le rire de tous les spectateurs. Cependant, les amateurs allaient surtout au théâtre de Laplace pour y applaudir une remarquable danseuse qui ne tarda pas à obtenir une grande célébrité. Nous voulons parler de la gracieuse et charmante demoiselle Petitpas. Fille d’un serrurier de Paris, elle débuta dans la troupe de Dolet en 1723, et, quatre ans plus tard, elle entrait à l’Académie royale de mu-
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sique, où elle resta jusqu’au jour de sa mort, qui arriva trop tôt, en 1739.
Quant à la foire Saint-Laurent de cette même année 1723, elle n’eut d’autre spectacle que celui que donnèrent les comédiens italiens. Mais, il fautle reconnaître, s’ils représentèrent quelques pièces assez faibles, ils en jouèrent une dont le succès fut trèsgrand. C’était une parodie d 'Inès de Castro, écrite en vers par Legrand : elle avait pour titre Agnès de Chaillot, et l’on peut affirmer qu’elle était la meilleure et la mieux réussie en son genre.
L’année 172iLest importante dans l’histoire du théâtre de la foire en ce qu’elle marque une nouvelle apparition de l’Opéra-Comique. Restier, Dolet et Laplace, s’étant associés, avaient commencé par donner, à la foire Saint-Germain, certaines pièces en vaudevilles mêlés de prose, quand on apprit tout à coup qu’un nouveau venu arrivait muni du privilège de l’Opéra-Comique. C’était un sieur Honoré, maître chandelier de Paris. Tout fier d’avoir fourni, pendant plusieurs années, des lumières aux théâtres, il s’était tout à coup senti capable de diriger une entreprise de spectacles et, ayant acquis le privilège si recherché, il s’était empressé de former une troupe.
Honoré s’établit dans la salle précédemment occupée par les comédiens italiens à la foire Saint-Laurent, et obtint d’abord un succès de curiosité d’autant plus grand qu’il avait engagé de jeunes et jolies actrices. Cependant Dolet et Laplace avaient transporté leur théâtre dans le petit préau de la foire Saint- Laurent, et ils y faisaient jouer des pièces de Lesage
sua LES SPECTACLES FORAINS.
et Dorneval, qui n’étaient qu’une critique perpétuelle de l’Opéra-Gomique. Honoré, furieux, leur fit interdire la parole ; mais ils continuèrent à représenter en écriteaux les mêmes pièces, auxquelles ils en ajoutèrent de nouvelles, assaisonnées de critiques plus vives et plus mordantes encore.
On aime à voir cette lutte de la liberté contre le privilège. Elle intéresse d’autant plus que l’on songe aux ruses sans nombre qu'il fallut inventer, au talent qu’il fallut déployer pour créer de nouveaux genres de spectacles.
Les foires de l’année 1725 n’offrirent rien de remarquable. On jy joua des pièces de Fuzelier, de Bailly et de Piron; mais nous n’en voyons pas une qui mérite d’être signalée. L’année suivante , le cardinal de Bissy ayant commencé la construction d’un marché sur des terrains dépendant de la foire, Honoré fut obligé de faire élever un nouveau théâtre dans un jeu de paume de la rue de Bussy. Malgré toute sa diligence, il ne put commencer ses représentations avant le 19 février et, pour comble d’infortune, il trouva un rival redoutable dans un acteur anglais, nommé John Rinner.
Cet étranger avait une troupe de sauteurs et de danseurs fort habiles et, à côté de son spectacle de marionnettes, il fit jouer un joli ballet, les Stratagèmes de V Amour, puis la Grand’mère amoureuse, parodie en trois actes de l’opéra AAtys. La bonne exécution de ces deux pièces attira la foule au jeu de paume de la rue des Fossés-de-Monsieur-le-Prince, où John Rinner donnait ses représentations.
Parmi les spectacles forains qui signalèrent la foire Saint-Laurent de l’année 1726, le public rechercha surtout les exercices de la troupe de Restier. Gepen-
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dant rOpéra-Gomique attira également l’attention par diverses pièces accompagnées de chants et de danses, entre autres par les Pèlerins de. la Mecque, dont la première représentation eut lieu le 29 juillet, et qui, grâce à la mise en scène, furent joués sans interruption pendant six semaines.
Les succès partiels obtenus par Honoré ne lui permettaient pourtant pas de couvrir les énormes dépenses qu’il avait faites. Ses affaires se trouvèrent même tellement embarrassées à la fin de la foire de 1727, qu’il se vit contraint de céder le reste de son bail à un sieur Pontau ; mais celui-ci n’enusaqu’à la foire Saint-Laurent de l’année 1728.
Ce fut à cette foire que l’on représenta, pour la première fois , Aclimet et Almanzine , opéra comique de Lesage, Fuzelier et Dorneval, dont la réussite fut telle, que les princes et princesses de la cour voulurent tous successivement le voir. On le joua sans interruption depuis le 30 juin jusqu’au 5 septembre. Hans les divertissements de cette pièce, on admirait surtout un acteur nommé Nivelon, aussi remarquable par son adresse que par son agilité. Quand il paraissait, la salle éclatait en bravos; elle applaudissait avec un égal enthousiasme la jeune danseuse Sallé, dont les débuts eurent lieu dans la même pièce, et qui ne tarda pas à être engagée à l’Académie royale de musique.
Pendant cinq ans, il n’arriva aucun événement remarquable, si ce n’est que de nouveaux auteurs, tels que Panard, Fagan et de Boissy, vinrent alimenter l'Opéra-Comique. Constatons aussi que les propriétaires des loges situées dans l’enclos et sous le couvert de la foire Saint-Germain se plaignirent devoir diminuer chaque année l’importance de la foire. Ils
attribuaient le défaut de location de leurs boutiques à la démolition des anciens spectacles établis dans le préau, et demandaient, en conséquence, rétablissement d’une salle de spectacle dans l’enceinte et entre les deux halles couvertes de la foire.
Un arrêt du conseil, faisant droit à cette requête, autorisa la construction d’une nouvelle salle, qui fut presque toujours occupée depuis par des troupes de sauteurs et de danseurs de corde.
L’Opéra-Comique du sieur Pontau n’en continuait pas moins à donner ses représentations au jeu de paume de la rue de Bussy, construit par Honoré. Mais Pontau se trouva à son tour dans la nécessité de céder son privilège à un sieur Devienne, qui l’exploita à la foire Saint-Laurent de l’année 1732. Malheureusement pour lui, il n’entendait rien à une direction théâtrale, et il fallut que Pontau consentit à reprendre l’administration de la troupe. Celui-ci était un homme entendu dans son métier. 11 savait choisir ses acteurs, varier son répertoire et attirer la foule par le soin qu’il apportait dans les accessoires et les divertissements. Voyant Devienne incapable d’administrer, il avait repris son privilège et put rouvrir son théâtre, le 26 juin 1734, à la foire Saint- Laurent. Il resta ainsi directeur jusqu’à la fin de l’année 1742, époque à laquelle son privilège passa entre les mains de Jean Monnet.
Durant un certain nombre de foires, tout alla assez bien, et l’on put ajouter au catalogue des auteurs, à côté des noms de Piron et de Panard, ceux de Laffichard, d’Allainval, Valois d’Orville, Carolet, Lagrange, et enfin Favart , qui donna entre autres pièces la Servante justifiée, en 1740, et la Chercheuse ( l'esprit , dont la première représentation eut lieu le 2U février 1741.
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Malgré tant d’éléments de réussite, ou peut-êtrè parce qu’il se croyait assuré du succès, Pontau se négligea, et il laissa tomber son spectacle dans un si grand avilissement, que la bonne compagnie n’osait plus y mettre les pieds. La livrée y était en possession du parterre ; elle décidait du sort des pièces, sifflait les acteurs, et quelquefois même ses maîtres, quand ils s’avançaient trop, selon l’usage du temps, sur le devant de la scène. Les loges des actrices étaient ouvertes à tout le monde, et la décence n’y était pas toujours respectée.
Les autres spectacles de la foire profitèrent, comme on le pense bien, de cet état de choses, et l’Opéra-Comique fut moins fréquenté que les jeux des marionnettes ou les danseurs de corde. Parmi ces derniers, on allait surtout voir ceux qui s’étaient établis, en 1735, dans la salle élevée entre les deux halles couvertes de la foire Saint- Germain. On la nommait la troupe hollandaise, et elle faisait, sous la direction de Restier et Lavigne, des exercices d’une hardiesse et d’une agilité vraiment surprenantes.
Voulant lutter avec avantage contre ses heureux concurrents, Pontau commença par ramener le bon ordre dans son théâtre, établi depuis l’année 1735, au cul-de-sac des Quatre-Vents. Joignant ensuite la danse au chant, il compléta sa troupe d’acteurs choisis, et, à la foire Saint-Germain de 1739, il fit paraître une troupe anglaise dont les exercices et les tours de force parurent dépasser tout ce qu’on avait vu jusqu’alors.
Pontau croyait avoir ainsi triomphé de tous ses concurrents; mais il ne tarda pas à être désabusé. A la foire suivante, de nouvelles affiches annoncèrent les
prochains exercices de la grande troupe étrangère des danseurs de corde , sauteurs et pantomimes .
La mode était aux étrangers, et chacun cherchait à surpasser son voisin par quelque excentricité. Ainsi, après la troupe hollandaise, on avait vu la troupe anglaise, et maintenant on voyait apparaître la grande troupe étrangère qui promettait, comme les précédentes, de faire des merveilles. Le spectacle de ces nouveaux acteurs fut ouvert le 3 février 1740, par une pantomime appelée les Dupes , ou Rien ri est difficile en Amour. On y applaudit surtout un nommé Latour, chargé du rôle d’ Arlequin, qu’il remplit avec un égal succès dans une autre pièce : la Fête anglaise , ou le Triomphe de l'hymen , dont la première représentation eut lieu le 14 mars suivant.
Cette grande troupe étrangère joua l’année suivante Arlequin et Colombine captifs ; mais, cette fois, le succès qu’elle obtint n’empècha pas la foule d’aller applaudir la Chercheuse d'esprit de Favart, cette charmante pièce qui obtint, dès son apparition, un succès justement mérité, et qui resta longtemps au répertoire.
Les choses étaient en cet état, lorsque Monnet obtint du sieur de Thuret (1), directeur de l’Académie royale de musique, le privilège primitivement concédé à Pontau. Il fit l’ouverture de son Opéra-Comique le 8 juin 1743 à la foire Saint-Laurent, et se préparait à s’installer à la foire suivante, lorsque le
(1) Après la mort de Guyenet, les créanciers avaient touché les revenus de l’Opéra replacé sous la direction de Francine, gendre de Sully. Celui-ci s’étant retiré en 1728, le sieur Destouches, inspecteur général et surintendant de la musique du roi, lui succéda pendant quelques années. Enfin, le 30 mai 1733, un arrêt du conseil d’État rétablit le privilège de l’Académie royale de musique en faveur de Louis-Armand-Eugène de Thuret, ci-devant capitaine au régiment de Picardie.
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directeur de l’Opéra fit résilier son bail et prit le théâtre en son propre nom, sans donner à Monnet aucune indemnité ni aucun dédommagement pour les avances qu’il avait faites.
C’est à ce théâtre que l’on donna, le 18 mars 1744, Acajou , opéra comique assez faible de Favart, mais dans lequel un acteur ridiculisait tellement le jeu et la déclamation des comédiens-français, que ceux-ci firent de nouveau interdire la parole à tous les entrepreneurs de spectacles. Les artistes forains se consolèrent en chantant, et ils le firent d’une manière fort originale. Acajou fut mis tout entier en vaudevilles pour la foire Saint-Laurent. « On n’avait rien changé aux passages qui blessoient les comédiens, on s’étoit borné à les noter, et les notes indiquoient parfaitement les inflexions et les éclats de voix des acteurs tragiques. » Ainsi arrangée, cette pièce eut une grande vogue, qu’elle dut certainement moins à son mérite réel qu’au trouble qu’elle causa.
N’oublions pas de constater ici que l’on vit débuter à ]a foire Saint-Germain de cetle année 1744 celle qui allait bientôt devenir madame Favart. Fille d’un père et d’une mère musiciens, attachés à la chapelle du roi de Pologne, Justine du Ronceray avait alors dix-sept ans ; elle débuta comme danseuse sous le nom de mademoiselle Chantilly.
Après toutes leurs tribulations, les spectacles forains pouvaient espérer des jours tranquilles. Il n’en fut point ainsi ; car, en 1745, pour une raison qui nous est inconnue, l’Opéra-Gomique fut encore une fois supprimé, et pendant près de sept ans on ne put voir aux foires que des spectacles dans le genre de ceux des premiers temps : danses de corde, pantomimes, marionnettes et animaux savants.
Cependant Monnet, que nous avons vu un instant directeur de l’Opéra-Comique, obtint, le 20 décembre 1751, le rétablissement de ce genre de spectacle, et il put faire l’ouverture de son théâtre le 3 février suivant. Mais, en s’occupant du présent, il songeait à l’avenir, et, en trente-sept jours, il fit construire une salle magnifique à la foire Saint -Laurent. Cette nouvelle salle, longtemps admirée de tous les gens de goût, avait été construite par le machiniste du roi, Arnoult, et elle ne coûta pas moins de 45,000 livres.
Hâtons-nous d’ajouter que Monnet a incontestablement l’honneur d’avoir brisé les tréteaux de ses devanciers. Il a le premier donné à l’Opéra-Comique la forme d’un théâtre régulier. Cependant il n’osa pas franchir tout d’un coup l’espace immense qui se trouvait entre le genre burlesque, souvent grossier, aimé de ses spectateurs, et le genre agréable et léger que recherche la bonne compagnie. Il se vit donc contraint de permettre quelquefois sur son théâtre la bouffonnerie, la gaieté gauloise et même l’expression un peu crue. On lui en fit un reproche ; mais les circonstances et la nécessité l’excusent d'autant plus qu’il parvint insensiblement à régénérer le genre de spectacle qu’il dirigeait. Si ceux qui lui ont succédé dans cette entreprise ont été plus loin, il faut reconnaître qu’ils ont eu moins de peine, parce qu’ils ont eu moins de difficultés à surmonter.
A dater de l’année 1752, tout changea donc de face. Jusque-là, on avait presque toujours fait les couplets sur des airs connus. Monnet voulut ajouter un perfectionnement à son spectacle. Il fit composer une pièce dont la musique était entièrement nouvelle; mais, pour la faire accepter du public, qui renonce
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difficilement à ses habitudes et à ses goûts, il répandit le bruit qu’elle était l’œuvre d’un compositeur italien, tandis qu’elle avait en réalité été écrite par le musicien Dauvergne sur des paroles de Yadé. Cette pièce, dont le sujet était emprunté à un conte de La Fontaine, avait pour titre les Troqueurs. Elle réussit passablement ; mais le talent de Yadé ne fut pour rien dans ce succès. On se contenta d’applaudir la musique, qui était véritablement charmante.
Nous venons de dire, et on l’a déjà remarqué sans doute, que toutes les pièces jouées jusqu’alors n’étaient que des vaudevilles chantés sur des airs anciens et populaires. Les Troqueurs inaugurèrent un genre réellement nouveau, l’opéra comique, dont le goût allait rapidement s’étendre sur toute la France. En effet, cette pièce et quelques autres qui la suivirent firent bientôt apprécier du public les pièces à ariettes. Pendant quelque temps encore, il toléra certaines pièces à vaudevilles, mais elles furent enfin bannies d’un théâtre dont elles avaient fait la fortune.
L’Opéra-Comique fit représenter, le 14 août 1754, la Servante maîtresse , comédie en deux actes, mêlée d’ariettes parodiées de l’italien. Les paroles étaient de Baurans, la musique avait été composée par Pergolèse, et pourtant le succès fut presque tout entier dû à madame Favart, qui avait forcé l’auteur à lui communiquer son ouvrage, qui Pavait encouragé et qui avait rempli le rôle charmant de Zerbine.
Le 12 mars 1756 on donna N mette à la cour , comédie de Favart en deux actes, mêlée d’ariettes, et le 19 août de la même année eut lieu la première représentation du Diable à quatre , opéra comique en trois actes, de Sedaine, qui avait emprunté son sujet à une farce anglaise.
Grâce à l'intelligence avec laquelle il avait conduit son entreprise, Monnet put se retirer après six années d’une heureuse exploitation. Il céda pour la somme de 84,000 livres son matériel et ses droits à une société dans laquelle se trouvait l’auteur Favart, et cette société continua à exploiter dès l’année 1757, avec un très-grand succès, les foires Saint-Germain et Saint-Laurent.
Parmi les pièces qui furent créées alors, nous pouvons citer :
Le Peintre amoureux de son modèle , opéra comique en deux actes, presque tout en ariettes, par Anseaume, qui fut successivement souffleur, auteur dramatique et directeur de l’Opéra-Comique. La première représentation eut lieu le 25 août 1757.
V Amant statue, en un acte, de Guichard, avec des ariettes composées par Lusse, joué le 18 août
Le Soldat magicien, qui fut représenté le 14 août
1760, et dont on goûta fort la musique, composée par Philidor.
Le Cadi dupé , joli opéra comique en un acte, paroles de Lemonnier, musique de Monsigny, joué le 4 février 1761 .
Le Maréchal ferrant , charmante pièce en un acte représentée le 22 août 1761, et qui resta au répertoire. Les paroles étaient de Quêtant, la musique de Philidor.
On ne s’avise jamais de tout , opéra comique également en un acte, tiré d’un conte de La Fontaine par Sedaine, et dont la musique fut composée par Monsigny. Cette pièce, représentée le 14 septembre 1761 , n’était pas la première empruntée à ce même conte de La Fontaine. Vingt ans auparavant, Panard en avait
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tiré le Registre inutile, joué en 1741*à la foire Saint- Laurent.
Il est facile de comprendre qu’avec un tel répertoire TOpéra-Comique attirât la foule. Tout Paris voulait entendre la gracieuse musique de Philidor ou de Monsigny. On chantait leurs airs partout, et la vogue devint si grande au théâtre de la foire, qu’elle excita la jalousie des Italiens. Pour attirer le public, ceux-ci se mirent à donner aussi des opéras comiques sur leur théâtre, en sorte que ce genre de spectacle, si longtemps proscrit ou persécuté, avait alors deux scènes à Paris. Mais, malgré les efforts des étrangers, la foule se portait plus spécialement au théâtre de la foire. Dans ces circonstances, les Italiens proposèrent un arrangement, ou plutôt une association aux acteurs forains, qui l’acceptèrent, et en l'année 1762, TOpéra-Comique fut réuni à la Comédie-Italienne.
Favarl, qui était toujours prêt à écrire les pièces de circonstance, inaugura la réunion des deux théâtres par un à-propos insignifiant intitulé : la Nouvelle Troupe; mais il donna presque en même temps une comédie en un acte, mêlée d’ariettes, à la collaboration de laquelle madame P’avart n’était pas, dit-on, tout à fait étrangère. Il serait difficile d’exprimer la joie et l’enthousiasme qu’excita la représentation de cette pièce, qui était tirée d’un conte de Marmontel et avait pour titre : Annette et Lulin.
Après ce succès, on puisa dans l’ancien répertoire que le public paraissait revoir avec plaisir; puis on joua des pièces presque toutes empruntées aux comédies italiennes. Ces dernières furent moins bien accueillies. Alors, TOpéra-Comique abandonna ce genre pour jouer des comédies originales, présentant de jolis
tableaux, des scènes charmantes, purgées surtout des obscénités qu'on reprochait peut-être avec raison à plusieurs des pièces représentées précédemment. Aux airs trop simples et parfois rustiques du vaudeville succédèrent les chants gracieux et expressifs d’une musique nouvelle plus étudiée, plus savante et pleine d’harmonie. Il arriva ainsi que l’opéra comique et le vaudeville, longtemps confondus, se séparèrent et formèrent deux genres distincts que le public français aimait toujours et qu’il applaudit longtemps à tour de rôle. Malheureusement, aujourd’hui, le vaudeville a totalement disparu pour faire place à un genre bâtard et grossier, l’opérette.
Nous ne saurions terminer cette étude sur les spectacles forains sans dire un dernier mot des sauteurs et des danseurs de corde qui firent si long-
temps la joie et le bonheur des Parisiens.
Tandis que Pontau tenait le privilège de l’Opéra- Comique, nous avons dit qu’on vit apparaître, en 1735, à la foire Saint-Germain, une troupe nouvelle qui s’intitulait la grande troupe étrangère. Cette troupe, placée sous la direction de Restier, attira la foule pendant plus de quinze ans à ses curieux spectacles qu’elle savait varier à l’infini. Non-seulement elle se faisait remarquer par ses danses et ses exercices gymnastiques, mais encore on admirait ses pantomimes souvent exécutées par de véritables artistes.
Restier, ayant gagné une honnête aisance dans son entreprise, se retira, et sa troupe passa alors sous
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la conduite de Gaulier, dit Gaudon, dont le talent comme Arlequin était généralement reconnu, mais dont l’intelligence et la capacité comme directeur n’étaient peut-être pas suffisantes. En effet, malgré tous ses efforts, malgré la bienveillance extrême du public, il ne put soutenir son entreprise. Pour comble de malheur, il dut engager en 1760 un long procès avec le fameux cabaretier Ramponneau. Celui-ci, qui tenait aux Porcherons la guinguette du Tambour royal, fréquentée surtout par les acteurs et auteurs des spectacles forains, s’était un jour imaginé qu’il pourrait devenir acteur. Il signa à cet effet un traité avec Gaudon ; mais, désillusionné de la gloire avant d’avoir combattu, il refusa de paraître sur la scène. Un procès s’ensuivit, et Ramponneau put retourner à son cabaret, en restituant 200 livres qu’il avait reçues le jour où il avait signé son engagement.
Gaudon, qui avait un instant rêvé la fortune, se trouva ruiné ; mais le public n’y perdit rien, car bientôt on vit se former de nouvelles troupes, telles que celle de Saury, qui joignait à ses jeux ordinaires des exercices surprenants, et celle du fameux Nicolet qui, non content de montrer des animaux savants, d’exécuter les danses les plus fortes, les sauts les plus merveilleux, représentait souvent de petits drames annoncés extérieurement par de grotesques parades. Le sieur Audinot, ancien acteur de la Comédie- Italienne, avait aussi élevé en 1769 un théâtre de marionnettes à la foire Saint-Germain; mais il ne tarda pas à transporter ses comédiens de bois au boulevard du Nord, dans une salle appelée l’Ambigu- Comique, et où les marionnettes furent bientôt remplacées par des enfants qui jouaient de charmantes
comédies avec beaucoup d’intelligence. Cependant la troupe de Nicole t, la troupe des grands danseurs de corde et sauteurs du roi, comme on l’appelait, surpassait toutes les autres par la variété prodigieuse de son spectacle et les nouveautés en tous genres que le directeur faisait représenter ; elle jouissait même d’une telle popularité, que le souvenir en vit encore parmi nous après un siècle. La Comédie-Française reprochait à Nicolet, en 1785, d'avoir à sa solde trente acteurs, vingt musiciens et soixante danseurs.
En 1778, on tenta de rétablir la foire Saint-Laurent qui était abandonnée depuis l’embellissement des boulevards du Nord. On y construisit des bâtiments solides pour les boutiques et les logements des marchands. Une belle chaussée bien pavée y servait de promenoir et à chaque extrémité on avait placé, sous des guérites, des pompes prêtes à éteindre les incendies qui pourraient se produire. Dans le préau où se donnaient les spectacles, un acteur, nommé Lécluse, avait également élevé un théâtre destiné à l’opéra comique, avec l’espoir de ramener le public au souvenir des pièces de Favart et de Yadé. Malheureusement, les efforts de Lécluse furent loin d’être couronnés de succès. A. peine s’il put recouvrer les frais qu’il avait faits, et, le 12 avril 1779, il transporta son théâtre auprès des autres théâtres, à la rue de Bondy.
Quoi que l’on pût faire, la foire Saint-Laurent n’était plus fréquentée ; elle était abandonnée, aussi bien que la foire Saint-Germain que l’on n’allait plus visiter. Enfin, en l’année 1780, elles avaient toutes deux cessé d’exister.
Eugène d’Auriag.
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