SCENE II
Petit boudrillon,
Boudrillon, dondainc,
Petit boudrillon,
Boudrillon, dondon.
LE JEUNE CHÊNE
Oh! si je ne suis pas encore reçu oracle, je suis d bois dont on les fait.
PREMIER CHÊNE
Vous raisonnez comme un sapin. Il faut que vous ayez été enté sur quelque marronnier d’Inde.
LE JEUNE CHÊNE
Oui dà! je raisonne, et tout aussi bien qu’un liomme.
PREMIER CHÊNE
Le bel éloge ! Un arbre se piquer de raisonner comme les hommes qui raisonnent comme des bûches.
DEUXIÈME CHÊNE
Par ma foi, ce petit drôle-là s'ingère quelquefois de rendre des oracles, oui!
PREMIER CHÊNE
Ce sont des oracles bien fagotés.
LE JEUNE CHÊNE
Qu’ai-je donc dit de si impertinent?
deuxième chêne*
Vous avez conseillé, par exemple, à une jeune fille d’épouser l’agioteur qui la recherchoit, l’assurant qu’elle feroit une bonne affaire. Elle vous a cru, et elle n’a pas de pain à présent.
LE JEUNE CHÊNE
Et n’aviez-vous pas dit vous-même quelques jours auparavant à cet agioteur qui vint vous consulter sur son destin :
Il sortira de toi de très-grandes richesses?
LA FORÊT DE- DODONE
PREMIER CHÊNE
Mais, petit benet, ne sentez-vous pas dans cette réponse l’équivoque prophétique?
DEUXIÈME CHÊNE
Vous avez encore dit tout crûment à un procureur qu’il étoit cocu.
IÆ JEUNE CHÊNE.
Est-ce que cela n’est pas vrai?
PREMIER CHÊNE
Pardonnez-moi; mais un oracle qui sait son métier doit couvrir par une honnête amphibologie des vérités trop odieuses.
DEUXIÈME CHÊNE
Vous mériteriez bien que le maître-clerc vînt vous abattre pour servir de mai à la Bazoche (1).
LE JEUNE CHÊNE
Mais....
PREMIER CHÊNE
Mais, mats, vous êtes un sot. Il faudroit vous élairuer la langue. Retirez-vous dans ce coin-là, et écoutez pour apprendre.
(Le jeune chêne se retire à cùté. Le premier continue do parler au second.)
J’ai le cœur serré, mon compère, de nous voir presque entièrement abandonnés. Ah ! les hommes d’aujourd’hui ne s’attachent plus qu’à l’écorce du bonheur ! Ils ne prennent plus conseil que d’eux-mêmes.
(1) Le 1er niai était jadis, dans beaucoup de villages, un jour férié. Les paysans avaient la coutume de planter un arbre qu’on appelait lo mai. 11 y eut même des centrées ou cet usage devint une obligation féodale. A Paris, diverses corporations, entre autres celle des orfèvres, offraient un mai à Notre-Dame; et les Bazochiens, ou clercs de la Bazoche, plantaient chaque année un arbre dans la cour du Palais; c’est pourquoi cette cour avait aussi reçu le nom de cour du Jlui.