‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forainsChapitre 248 sur 331 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

ARLEQUIN, Mmc DOUCET.

MADAME DOUCET

Je ne conçois pas ce que l’Amour peut avoir à démêler avec madame Doucet qui, sans contredit, est la femme de Paris la plus édifiante.

ARLEQUIN

Où est donc cette édifiante madame Doucet?

MADAME DOUCET

Vous la voyez.

Air : Comme un coucou que V amour presse.

Je suis fort. riche douairière.

ARLEQUIN

A votre air, je m’en aperçois.

MADAME DOUCET

Pour une femme régulière,

Le Marais ne cite que moi.

LES AMOUItS DÉGUISÉS.

ARLEQUIN

Je vous en fais mon compliment.

MADAME DOUGET.

Air : Quel plaisir d’aimer sans contrainte !

Ali ! peut-on traîner à Cytlière,

Femme si droite, si sévère !

ARLEQUIN

Votre petit cœur n’est, je gage,

Pas si prude que le visage.

MADAME DOUGET.

Vous n’êtes pas bon physionomiste.

Air : Lanturlu.

Je fuis l’esclavage Du dieu des Amours ;

Dans un doux veuvage,

Je passe mes jours.

ARLEQUIN

C’est être bien sage.

MADAME DO UC LT

Je n’aime que la vertu.

ARLEQUIN

Lanturlu, lanturlu, lanturelu.

(A part.)

Voici quelque amour hypocrite.

MADAME DOUGET.

J'ai surtout une extrême sensibilité pour les malheurs d’autrui. J’ai retiré chez moi Damis, jeune homme aimable et vertueux, qui étoit dans une indigence... Il n’avoit pas d’habit.

Air : Ah! quel plaisir, lorsqu' après mille alarmes.

Ah ! quel plaisir de couvrir la misère D’un jouvenceau sans argent et tout nu !

SC K NE VIH.

MADAME DOUCET

Le pauvre enfant manquoit du nécessaire.

ARLEQUIN

Il a chez vous trouvé du superflu.

MADAME DOUCET

Je le rencontrai chez une vieille dame de mes amies, dont il alloit implorer le crédit pour avoir un emploi. Dans l’abattement où le mettoit sa mauvaise fortune, il avoit un air triste, mais touchant : de longs cheveux blonds négligés, mais beaux. Enfin, c’étoit une belle fleur qui séclioit sur pied, faute de suc alimentaire.

ARLEQUIN

Vous arrivâtes là, comme une pluie après trois mois de sécheresse.

MADAME DOUCET, déclamant.

Voilà comme Damis vint s’offrir à ma vue.

Je l’avoûrai, d’abord mon âme en fut émue,

Et ma vertu frémit de cette émotion ;

Mais voyant que c’étoit pure compassion,

Aussitôt je formai le dessein charitable

l)e tendre à ce jeune homme une main secourablo.

ARLEQUIN

C’est une belle chose que la pitié.

MADAME DOUCET

Je l’ennnenai chez moi, je le fis mon intendant, et je n’ai pas sujet de m’en repentir.

Air : Faire V amour la nuit et le jour.

Cet aimable blondin Donne à son ministère Les heures du matin.

Et s’occupe à me faire Sa cour

; Le reste du jour.

LES AMOURS DÉGUISÉS

ARLEQUIN

Et vous recueillez avec usure le fruit de votre pitié.

MADAME DOUCET

Vous badinez, je pense.

Oli ! je n’ai garde, en vérité,

Et votre régularité

Lon Ion la, derirelte,

M’inspire un respect infini.

Lon lon la, deriri.

Allez, madame la pitoyable, allez à la revue. Vous n’y serez pas de trop.

MADAME DOUCET

L’imbécile ! Il prend ma pitié pour un amour déguisé.

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