‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forainsChapitre 253 sur 331 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

été deux ans garçon dans un café où l’on ne crachoit que Phœbus. Là, les génies de la grande espèce ont fait sortir mon esprit de sa coquille, et je puis dire qu’en les écoutant, j’ai perçu les émoluments de mon attention.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Mais, vraiment, vous m’en montrez déjà un bel échantillon.

Mais venons au fait. Pourquoi les Amours vous ontils amenée ici ?

MADEMOISELLE RAFFINOT.

C’est ce que j’ignore. J’étois dans ma bibliothèque, où mon esprit, par la voiture de mes yeux, faisoit le voyage du Monde de la Lune.

Air : Ramonez-ci, ramonez -là .

Pendant que j’étois à faire Ce voyage sédentaire,

Les Amours m’ont prise, hélas !

L’un par ici, l’autre par là,

La, la, la j

Et me voici dans leurs Etats.

ARLEQUIN

Il faut bien qu’ils vous soupçonnent de vous être coiffée de quelqu’un.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Ali! je vois ce que c’est ! Dorimon, mon beau voisin, homme qui a donné beaucoup d’éducation à son esprit, vient souvent s’enfermer avec moi dans mon cabinet.

ARLEQUTN, à part.

Nous v voilà.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Nous v faisons des colleclions de termes nouveaux,

LES AMOURS DÉGUISÉS

que forgent tous les jours, sur F enclume du bon goût, les Génies conséquens et lumineux.

ARLEQUIN

Fort bien... Poursuivez.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Gomme la personne de Dorimon est un faisceau de grâces nobles et imposantes, et que j’ai, sans vanité sur les agrémens, un visage assez disciplinable, les Amours se seront imaginés que nous sommes tombés amoureux l’un de l’autre.

ARLEQUIN

Tomber amoureux ! Oh! pour celui-là, je ne Pavois pas encore entendu.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Eli ! oui ! tomber amoureux. Ne dit-on pas tomber malade ? Or, comme l’amour est une maladie, on doit dire tomber amoureux, et tomber en amour, comme tomber en apoplexie.

ARLEQUIN

Laissons-là le terme, et revenons à Dorimon.

Air : Si l’on menoit a la guerre .

Il paroit, ma bonne' dame,

Qu’avec ce joli mortel,

Vous abandonnez votre âme A son geste naturel.

C’est-à-dire, en bon françois, que je crois que vous avez de l’amour pour lui.

MADEMOISELLE RAFFINOT.

Non, je n’en ai point. Cela est décidé. Il est bien vrai qu’un sentiment d’estime vif et délicat nous uniformise l’un à l’autre.

Air : üh! ne vous estimez pas tant !

Nous nous estimons fortement.

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