ACTE II, SCÈNE II
LE PEINTRE
Air : Quand le péril est agréable.
Depuis cent ans, dans cette ville,
Je peins les princes trait pour trait.
Sachez que j’ai fait le portrait Du premier Roi de Tile.
ARLEQUIN
Air : Amis, sans regretter Paris.
Bon-homme, je crois en effet Que vous l’avez pu faire ;
Vous pourriez bien même avoir fait Celui du premier père.
Le Peintre dresse son chevalet, et pose la toile dessus. 11 place dans un fauteuil Arlequin, qui se lève aussitôt, et se tient les pieds en liant. Le Peintre met ses lunettes, et s’apercevant de la situation où est Arlequin, il lui fait signe dese tenirdebout auprès de lui. Arlequin, dès quele Peintre a le dos tourné, lui tourne aussi le dos, en se mettant la tête en bas, et se tenant sur les mains. Le Peintre vient pour l’examiner, et pose la tête entre les jambes d’Àrlequin, qui lui fait tomber son chapeau et ses lunettes. Le Peintre le fait mettre derrière son chevalet, de sorte qu’Arlequin a le menton sur la table. Il fait tomber son turban sur la main du Peintre. Cependant, malgré tous les lazzis d’Arlequin, la toile étant enduite de blanc d’Espagne, le Peintre ne fait que la frotter, et le portrait d’Arlequin, qui est dessous, se découvre. Il le montre au nouveau Roi, en lui disant d’un air de confiance :
LE PEINTRE
Air : La faridondaine.
Vous voyez qu’il ne manque rien,
Seigneur, à mon ouvrage;
A cent ans, je peins aussi bien Qu’à la fleur de mon âge.
ARLEQUIN
Je suis content de toi, barbon.
LE PEINTRE , s’applaudissant.
La faridondaine, la faridondon
ARLEQUIN, ROI DE SERENDIB
ARLEQUIN
De moi tu le seras aussi,
Biribi,
A la façon de barbari,
Mon ami.
LE PEINTRE
Air : Laire - la, laire lan-laire.
J’aurais besoin de vos .bienfaits.
ARLEQUIN
Au premier jour je te promets Une pension viagère.
LE PEINTRE, branlant la tête, en s’en allant.
Laire-la, laire lan-laire,
Laire-la, laire lan-la.