SCÈNE Xi Y
COLETTE
Vous me verrez toujours la même.
Si vous voulez que je vous aime D’amitié, je vous en réponds ;
Mais de l’amour, non, non.
LÉANDRE
Ah ! c’en est trop, cruelle ! Vous me poussez à bout. Eh bien...
Air : Vous me Vavez dit , souvenez-vous-en.
Votre ordre est exécuté :
Je reprends ma liberté.
Je ne suis, dans ce moment,
Puisqu’il ne faut plus être votre amant,
Je ne suis, dans ce moment,
Que votre ami seulement.
COLETTE
J’en suis ravie.
LÉANDRE
Non, que votre ami, au pied de la lettre.
COLETTE
A la bonne heure.
LEANDRE, avec agitation.
J’ai déjà gagné sur moi de n’avoir pour vous qu’une simple, qu’une tranquille amitié.
COLET-TE
C’est fort bien fait.
LÉANDRE
Je ferai encore mieux. Je vais porter à une autre la tendresse que j’avois pour vous.
A vous permis.
COLETTE
LES AMOURS DÉGUISÉS
LÉ AN DRE
Air : Nanon dormoit sur la verte fougère.
De mon amour - Vous triomphez, Colette,
Et, dès ce jour,
De la jeune Lisette Je deviendrai l’amant.
COLETTE, saisie.
J’en ai... j’en ai... j’en ai... bien du plaisir, vraiment.
LÉ ANDRE
Adieu. Je vais chercher mes nouvelles amours.
(Il fait trois ou quatre pas, comme pour s’en aller.)
COLETTE
Bon voyage... (Ello'rôvo un moment et rappelle Léandre.) Mais, attendez, Léandre, attendez.
LEANDRE, revenant.
Qu’y a-t-il ?
COLETTE
Cela ne doit pas vous empêcher d’être mon ami, au moins.
LÉANDRE
Vraiment , non. Je n’ai pas dessein de cesser de l’être.
(Il fait encore quelques pas comme pour sc retirer.)
COLETTE, après avoir rêvé, le rappelle encore.
Mon cousin, encore un mot.
LEANDRE, froidement.
Que vous plaît-il ?
COLETTE, troublée.
Je ne sais plus ce que je voulois vous dire... Ah! voici ce que c’est. Prometlez-moi que vous serez toujours plus attaché à Colette par votre amitié qu’à Lisette par votre amour. Je vous demande cela, au moins.