SCÈNE IV
ALMANZINE, ACHMET.
ACHMET, se jetant aux pieds d’Almanzino.
Air : Dans un couvent bien heureux.
Quoi ! de ma témérité,
Oubliant mon injustice,
Vous voulez être complice !
Quelle générosité !
Pouvez-vous, ô cœur de reine !
Pour moi vous mettre en danger ?
Est-ce ainsi que votre haine Prend plaisir à se venger ?
Aih : Quand on a prononcé ce malheureux oui.
Je n’ai pas cru devoir écouter ma colère Contre un fils qui s’immole au repos de son père. Votre vertu, malgré le péril que je cours,
A su m’intéresser à conserver vos jours.
ACHMET ET ALMANZINE.
AGHMET.
N’attribuez pas à ma vertu ce qui n’est qu’un effet de mon désespoir. Mon père est dans la même erreur que vous.
Air : Petits oiseaux , rassurez-vous.
Il est charmé de mon bon cœur.
Il croit qu’en fils et frère tendre,
Au sérail je ne viens me rendre Que pour lui conserver ma sœur.
C’est l’amour et sa violence Qui m’ont conduit dans ces terribles lieux ;
Et bien loin d’y venir offenser vos beaux yeux,
Hélas ! j’y viens pleurer l’effet de leur puissance.
ALMANZINE.
Vous n’y pensez pas. Vous oubliez que je suis cette même esclave en qui vous avez trouvé tant de défauts.
Air : Petite Irunette aux yeux doux.
Se peut-il qu’un cœur amoureux Insulte l’objet qui l’engage.
Par mille discours dédaigneux ?
AGHMET.
Oui, c’est quelquefois son langage.
Air : Vous voir Chions, et vous aimer.
Voir vos appas, en être épris.
Ce fut pour moi la même chose ;
Et si j’en rabaissai le prix,
Mon amour seul en fut la cause.
Voir vos appas, en être épris,
Ce fut pour moi la même chose.
Quand je préférois les charmes de Zélica aux vôtres, ce n’étoit que pour obliger mon père à la choisir pour Soliman.
Hélas !
ALMANZINE, à part.