‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forainsChapitre 30 sur 331 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ARLEQUIN, le CHEF des EUNUQUES, TROUPE

d’ESCLAVES.

Lo Chef des Eunuques revient avec six esclaves qui dansent autour du fauteuil où le roi s’est assis en les attendant. Elles agacent toutes Arlequin d'une manière différente. Il leur fait des mines en petit-maître. Puis il tire son mouchoir pour le jeter à celle qu’il choisira. Dans le temps qu’il veut le jeter à'I’une, il est tenté de le jeter à l’autre ; ce qui lui fait dire :

ARLEQUIN

Air : Lanturlu.

Quand l’une m’agace,

Quand j’en suis blessé,

A l’autre je passe,

Comme un insensé :

Le choix m’embarrasse :

Je suis un irrésolu.

Lanturlu, lanturlu, lanturlu.

Enfin Arlequin met deux esclaves à part. Les autres aussitôt se retirent. Il balance quelque temps, puis il se détermine. L’esclave qui n’a pas eu la préférence sort. Mais à peine a-t-il fait un choix qu’il s’cn’repent ; ce qu’il exprime par ce couplet :

ARLEQUIN, à la favorite.

Air : On dit qu’Amour est si charmant.

Vos beaux yeux forcent votre Roi A suivre une amoureuse loi.

Belle Iris, recevez ma foi,

En me donnant la vôtre .

(A part.)

Palsambleu! J’aurais, je le crois, Mieux fait de prendre l’autre.

ARLEQUIN, ROI DE SERENDIB

Air : Tu croyais en aimant Colette.

(A la cantonade.)

Tôt, tôt, tôt, qu’on dresse une table,

Qu’on me la couvre de perdrix.

(A la favorite.)

Buvons. Prenez, mon adorable,

L’esprit des dames de Paris.

l’esclave favorite.

Air : Réveillez-vous , belle endormie.

Je ne dois songer qu’à vous plaire ;

Mais, hélas ! Seigneur, je crains bien Que l’amour de la bonne chère .

arlequin .

Allez. Gela ne gâte rien.

Air : Quel plaisir de voir Claudine.

Je porterai mon hommage De la table à vos beaux yeux ;

Ne craignez point ce partage ;

J’en aimerai trois fois mieux.

Pendant ce temps là, les Officiers s’occupent à dresser une table. Ils la couvrent d'une nappe et y mettent deux couverts. Cela fait, Arlequin prend l'esclave par la main, la place à un bout de la table, et va se mettre à l’autre Ils prennent chacun un couteau, puis tout à coup, à l’imitation de Corésus et Callirhoë, qu’on jouoit en ce tems-là (t), ils se donnent la foi par ce couplet parodié de cot opéra.

ARLEQUIN ET L’ESCLAVE FAVORITE, ensemble.

Air : Folies d'Espagne.

Sur ces couverts, sur cette nappe blanche, Sur cet autel redoutable aux poulets,

(1) Lafosse avait donné en 1703 une tragédie intitulée : Corésus et Callirhoë. Elle n’avait eu aucun succès ; mais l’Opéra, plus heureux, venait de faire représenter, le 27 décembre 1712, une tragédie lyrique Callirhoë qui avait été goûtée du public. Les paroles étaient de Roy et la musique de Destouches (André).

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