ACTE III, SCÈNE VI
ALI
C’est Almanzine et Attalide.
SOLIMAN
Quelle audace ! (a Pierrot.) Malheureuse ! tu m’as fait un faux rapport.
PIERROT, se troublant.
Non, je vous jure, foi d’honnête femme... Mais, c’est qu’apparemment... Oui dà. . quelque pêcheur les aura secourues... Ce n’est pas ma faute.
ALI, au sultan.
Voyez comme elle se trouble.
PIERROT
Air : Je ne suis pas assez beau.
Les voyant flotter sur l’eau,
Oh ! oh !
Le pêcheur en diligence Leur a mené son bateau.
ALI, se moquant.
Oh ! oh !
Mais j’y vois de l’apparence, panier a tant de circonférence, (1)
(1) C’est principalement dans les annales dramatiques qu’il faut chercher les vestiges des modes du temps passé. Lesage, Fuzelier, Legrand et quelques autres écrivains critiquaient surtout les paniers à l’époque oit l’on jouait Achmet et Almanzine. Les paniers n’étaient autre chose que les vertugadins du xvi® siècle ressuscités, mais avec plus d’ampleur. « Ce sont, disait le Nouvelliste universel du 21 août 1724, des cloches de toile que les femmes portent sous leurs jupes, et dont leurs pieds semblent être les battants. » Incommodes dans les rues, incommodes dans les carrosses, incommodes à table et dans les salons, les paniers étaient surtout incommodes pour les personnes qui les portaient, car les femmes ne pouvaient marcher en compagnie sans être ridicules, et elles ne pouvaient non plus ni s’asseoir, ni monter, ni descendre, sans faire des grimaces qui dénotaient presque toujours la gène et souvent la souffrance.
Leur
ACHMET ET ALMANZINE.
Qu’il leur peut fort bien, je pense,
Avoir servi de radeau.
pierrot et ALI.
Oh! oh! oh!
ALI, au sultan.
Donnez-vous dans ce panneau ?
La scélérate ! Tu vas recevoir le digne salaire de ta fourberie.
PIERROT, sc jetant aux pieds de Soliman.
.Air : Nanon dormoit.
Pardonnez-moi,
Seigneur, je suis coupable ;
Mais, par ma foi,
Je suis bien excusable.
Je vais de bout en bout,
Je vais [ter) vous informer de tout.
SOLIMAN
Eh bien, parlg, Mais sois sincère, si tu veux exciter ma pitié.
PIERROT, précipitamment.
Vous saurez donc que, ce matin, lorsqu’on a amené Almanzine chez le crand vizir, Achmet son fils s’est d’abord amouraché d’elle, et elle de lui.
SOLIMAN
Ah ! voilà donc la cause de sa résistance.
pierrot.
Amulaki est venu vous la présenter. Achmet, ne pouvant se passer de la voir, et sachant que le vizir n’étoit pas bien aise qu’Attalide fût ici, s’est servi de l’occasion pour faire consentir son père à une ruse qui lui est venue dans l’esprit.