‹ Théâtre de la foire; recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent, précédé d'un essai historique sur les spectacles forainsChapitre 4 sur 331 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

GRÉSINDE, MERLIN.

GRÉSINDE.

M’apportez-vous quelque bonne nouvelle?

MERLIN

Entre deux.

GRÉSINDE.*

Comment ! Zoroastre n’est pas guéri de son extravagante passion?

MERLIN

C’est-à-dire qu’il est gâté, plus empesté et plus amoureux que jamais de votre belle et charmante fressure (1).

(1) Fressure, pris au figuré et très-familièrement, veut dire ici le cœur, le foie ou s’excitent les désirs.

ET DE LA MAGIE

GRÉSINDE.

Dis-moi, mon cher Merlin, est-il possible que tu m’abandonnes, et que tu ne lasses pas tous tes efforts pour me délivrer de cet importun?

MERLIN

Voulez-vous que je vous parle net : — Mon maître est mon maître, et ses démons sont plus diables que les miens. Quand je prends la liberté de lui dire qu’il vaudroit mieux qu’il aimât une magicienne qu’une bergère, parce que, ce me semble, la garniture en seroit mieux assortie; si vous étiez témoin, aimable Grésinde, des contorsions et des grimaces que mon magicien fait, vous- en seriez surprise; et si je m’obstine à vouloir vous servir, les coups de bâton se mettent de la partie, et je suis régalé comme un enfant de bonne maison.

GRÉSINDE.

Gela n’est rien; prends patience jusqu’au bout : je ne serai point ingrate.

MERLIN

Mes épaules sont à votre service autant qu’il leur plaira ; mais quand elles seront bien lasses et bien fatiguées, vous trouverez bon, s’il vous plaît, que je me dispense de parler en votre faveur.

(Quatro sauteurs en démons paraissent.)

GRÉSINDE.

Dieu! que vois-je! miséricorde! Amour, prends pitié de mes douleurs, et sauve-moi de tomber entre les mains de Zoroastre que je bais plus que la mort.

MERLIN

Ali! ma foi,. me voilà étrillé comme il faut. Ce sont les domestiques de mon maître, qui lui servent d’espions, et qui vont en votre présence me donner de fortes et vigoureuses assurances de cette vérité. Que je

LES FORCES DE L’AMOUR

serai lieureux, s’ils ne me rompent que deux ou trois côtes !

(Los dénions le battent en faisant des pa9 figurés.)

Ah! messieurs, doucement, je vous prie; comme

camarade, épargnez la bastonnade . Songez à vous,

bergère, mon maître vous invite ce soir à un divertissement qu’il vous a préparé; faites-lui bonne mine ; contraignez-vous, et si le cœur ne vous dit rien pour lui, dussé-je être assommé, je vous servirai de mon reste.

(Les Démons sortent.)

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