‹ Théâtre de la jeunesseChapitre 27 sur 92 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Les MÊMES,madame DE ROCEÎSCOEFsortant de la chambre à gauche, en habit de gardeuse de dindons; madame DE LO- RIE l'X sortant un peu après de la chambre à droite, dans le même costume 2.

MADAME DE K0CENC0EF, à part, sans voir paonne.

Madame de Lorieux est partie, je serai seule héritière.

i. Madame Robin, Jeanneton, Gertrude.

2. T,es deui costumes, quoique de mem» nature, doivent différei pou» la couleur et les détails. Une des deuï femmes peut avoir un chapeai de pastoure, l'autre un» coiffe ; il faut que toutes deu» aient des jupon* très-courts.

JEA.NNETON, l'apercevant.

Tiens! une autre pastoure! Est-ce qu'elle vient aussi chercher une place?

MADAME DE LORIEUX, paraissant à droite, à part.

N'oublions pas que ce déguisement va nous rapporter cinq cent mille francs 1

JEANNETON, l'apercevant, à part.

Encore une autre! Ahl çà, mais c'est donc ici le rendez-vous des gardeuses de dindons?

(Madame Robin est an fond, le dos tourné, et montrant des papiers à Gertrude, qui fait des signes d'étonnement; Jeanneton est un peu remontée, de sorte que madame de Rocencoëf et madame Lorieax occupent seules le devant de la scène; tontes deui s'avancent sans s'apercevoir d'abord.)

MADAME DE LORIEUX, reconnaissant madame de Rocencoëf.

Que vois-je!

MADAME DE ROCENCOËF, reconnaissant madame de Lorieu».

Madame de Lorieux !

MADAME DE LORIEUX.

Ab! quelle perfidie!

MADAME DE ROCENCOEF.

C'est une trahison !

GERTRUDE ej MADAME ROBIN, se retournant.

Au!

MADAME ROBIN, riant.

J'en étais sûre i 1

GERTRUDE

Qu'est-ce que c'est que ces deux mardis-gras ?

C'est ainsi que vous tenez vos promesses, madame?

MADAME DE ROCENCOEF.

Voilà donc le cas qu'il faut faire de votre parole V

MADAME DE LORIEUX.

Vous espériez m'exclure du partage I

MADAME DE ROCENCOEF.

Vous vouliez me dépouiller !

MADAME DE LORIEUX.

Mais j'ai rempli les conditions, madame.

MADAME DE ROCENCOEF.

Moi aussi, madame.

MADAME DE LORIEUX.

J'ai une coiffe de toile.

MADAME DE ROCENCOEF.

J'ai des sabots I

1. Madame de Rocencoëf, madame Robin, Gertrade, Jeannstos, madame de Lorieui.

Et je danserai la bourrée.

MADAME DE ROCENCOEF.

Je la danse, madame l

Pas avant moi, madame!

Toutes deux se mettent à danser ridiculement la bourrée en cnsntant. Gertrude et Jeanneton se tordent de rire.

Madame Robin se tient dans le fond et rit plus modérément. Elle t'avance enfin vers madame de Rocencoëf et madame de Lorieai.

MADAME ROBIN

Assez, mesdames, de grâce!

MADAME DE ROCENCOEF.

Vous êtes témoin, madame, que j'ai obéi au testament.

MADAME DE LORIEUX.

Comme moi!

MADAME DE ROCENCOEF

L'héritage m'appartient.

MADAME DE LORIEUX.

C'est-à-dire que j'en aurai ma part.

JEANNETON

Ah ! bah ! par ainsi c'est pour de l'argent qu'elles se sont déguisées comme ça, ces pauvres dames, et qu'elles nous ont donné le bal ? Mais alors, c'est comme les sau-

leurs de corde qui sont venus au village et qui dansaient

cour des gros sous !

MADAME DE ROCEXCOEF et MADAME DE LORIEUÎ.

Comment

G6RTRUDE.

Ces dames prennent plus cher, voilà la différence.

MADAME DE ROCENCOEF.

Impertinente I

GERTRUDE, à demi-voix, à Jeannelon.

Et avec ça que pour s'exclure du partage elles s'étaient menties l'une à l'autre.

JEANNETON

C'est-il possible! (Avec conviction.) Ah ben! par exemple, je ne suis qu'une pauvre fille, j'ai jamais fréquenté que les» volailles de maître Godureau, et je sais lire que dan? les almanaehs, mais j'ai pas oublié ce que m'a dit notre curé, et plutôt que de mentir j'aimerais mieux manger des croûtes dans de l'eau claire, et aller nu-pieds par les chemins... j'aimerais mieux... tout... et même n'importe quoi I

MADAME ItOBIX.

Bien, Jeanneton, tu es une honnête fille, (ironiquement. Mais ces dames, vois-tu, ont plus d'esprit que toi; elles ont trouvé que rien ne devait coûter pour être héritière de madame Pâturai dans le cas où, selon son testament, elle ne laisserait aucun parent! En conséquence, elles ont pris le costume de ferme, et elles ont dansé la bourrée pour nousl... je les en remercie au nom de

mon amie (prêtant jeannaon), et je ieur présente la seule et légitime héritière1.

ÏBÀNNETON.

Moi !

MADAME DE ROCENCOEF et MADAME DE LOP.IEUX; en même temps que leanneton.

Elle!

GERTRUDE, en même temps qiie les précédentes.

Jeanneton!

MADAME ROBIN

Le hasard vient à l'instant même de me faire découvrir dans cette enfant une petite-nièce de madame Pâturai.

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