‹ Théâtre de la jeunesseChapitre 76 sur 92 · I. C-'Ttrade, Gudule, madame de Erakofœan · texte numérisé non relu

I. C-'Ttrade, Gudule, madame de Erakofœan

on leur fera entendre raison, à ces gens ; le monde n'es/ pas si méchant.

CLAIRE

Mais s'ils veulent mettre le feu, comme ils ont menacé de le faire?

GUDULE

On les empêchera donc I

LINTA.

Songe qu'ils sont une douzaine au moins !

GUDULE

Eh bien! nous, nous serons une vingtaine... Est-ce que vous permettrez qu'on ruine nos gens par mauvaiseté, et qu'en revenant de la forêt, ils ne trouvent à k place de leur avoir que de la braise? ( sammant.) — Ah! mais non! faut pas laisser faire le mal comme ça. J'ai pas tant seulement un fagot à moi dans le pays; mais j'ai mangé le pain de ceux d'ici, et je veillerai à ce qui leur appartient. — Sans compter que ma vieille mère est en bas, et on me hacherait plutôt en morceaux que de lui toucher un cheveu. — Voyons, est-ce que vous n'avez pas de cœur pour votre famille et vos amis? — Faut avoir peur de rien quand il s'agit de ceux qu'on aime. — On travaille ferme... on les défend contre tout... et le bon Dieu est du côté des honnêtes gens. — Moi d'aclord, je garde la porte de l'auberge. (prenant

un balai et le mettant au port il'annesoVûild 111011 fusil.

Elle a raison !

LINA

Certainement.

LES PAYSANNES

Oui, oui I

CLAIRE

Faut laider.

LINA

La grande Gudule sera notre capitaine.

LES PAYSANNES

C'est ça... — Armons-nous!

(Elles prennent tout ce qu'elles trouvent, pincettes, pelle à feu. soof- Bet, chandeliers, brosse à balayer, et se réunissent; Gudule les fait ranger.)

GUDULE

A la bonne heure t ... voilà de la vaillantise ! . . . Voyons, à vos places, comme de vrais soldats. — Je vous demande pas de faire silence dans les rangs; faut pas exiger l'impossible; — mais de l'aplomb... — (D'un ton d-orat*ur.) Nous allons combattre pour nos vaches et notre batterie de cuisine; et si vous n'avez pas de drapeau, tournez l'œil vers mon balai 1

LES PAYSANNES

Nous sommes prêtes 1

GUDUDE.

Alors... (imitant u ton militaire) en avant... marche! — ran plan plan..

MADAME DE KRAKOFMAN, qui est revenue à elle insensiblement. Qu'enteD.dS-je ! le tambOUr! (Elle se lève et aperçoit ies paysanne*

en rang et qa> défilent.) Ciel ! que faites-vous? où allez-vous ?

GUDULE

Rous allons défendre nos frontières.

MADAME DE KRAKOFMAN, se plaçant devant elle» *.

Arrêtez... c'est nous qu'il faut défendre; c'est ici qu'il faut rester 1

LES PAYSANNES

Par exemple !

GUDULE, avec majesté.

Bourgeoise, si vous n'étiez pas une femme d'âge, je vous dirais que vous êtes trop égoïste. — Voyons, place!...

MADAME DE KRAKOFMAN.

Non... vous ne savez pas à qui vous parlez... (a Gertrnde.) Je vous rends responsable de tout ce qui pourra arriver à la personne renfermée là 2.

(Elle montre la chambre à droite.)

GERTRUDE, riant.

Qui ça ? la Bernoise ?

1. Madame de ILraicfrnan, GndoJe, Claire, Lina, les paysannes. Gertrnde.

ï. Gudale, Glaire, Lina, les paysannes, madame de Krakofaii, Gertrnde.

MADAME DE KRAKOFMAN.

NOIl, malheureuse 1 (La prenant par la main et baissant U yen..)

Son Altesse...

GERTRUDE, itapébite.

Plaît-il ?

MADAME DE KRAKOFMAN.

La duchesse de Banfel !

GERTRUDE

Notre souveraine !

LES PAYSANNES

Est-ce possible?

MADAME DE KRAKOFMAN.

Oui, mesdemoiselles, c'est Son Altesse elle-même, qui a voulu arriver ici sans être connue, et qui a pris ce déguisement pour se mêler à ses fidèles sujettes... J'avais promis le secret; mais dès que Son Altesse se trouve en danger...

GERTRUDE

Du tout... craignez rien.

MADAME DE KRAKOFMAN.

Mais cette bande d'ouvriers du canal ?

C'était une frime... il n'y en a pas... il n'y a personne.

LES PAYSANNES

Ah! mère Gertrude!...

GERTRUDE

Je voulais seulement les mettre à l'épreuve et voir laquelle saurait le mieux faire son devoir...

CLAIRE

Oh 1 quelle trahison I

LINA

C'est affreux !

GUDULE

Ah ! bien, tant mieux !

(Elle reporte son balai dans un coin, toutes les paysannes remettent en place les objets dont elles s'étaient armées.)

MADAME DE KRAKOFMAN.

Quelle audace! nous avoir ainsi effrayées!... avoir compromis les nerfs de Son Altesse.

Elle Ta frapper à la porte à droite.)

GERTRUDE, épouTantée.

Ah! Seigneur... si j'avais su que c'était la grandeduchesse !

CLAIRE, aux paysannes.

Et vous, qui vous êtes moquées d'elle.

Page 1