‹ Théâtre de la jeunesseChapitre 86 sur 92 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LOUIS, assis au fond; Madame LECLERC, LE COUSIN PIERRE; celui-ci regarde un instant Louis et madame Leclerc.

LE COUSIN PIERRE, à part.

Allons! je ne m'étais pas trompe sur le petit cousin... Il a besoin d'une leçon... Voyons si elle lui profitera... (Haut, en regardant îe couvert.) Ah ! ah ! il paraît que nous allons déjeuner...

MADAME LECLERC, se retournant et d'une toîi encore irwiblée.

Oui... en effet... nous vous attendions !

LE COUSIN PIERRE, d'un ton bni?que, qu'il garde jusqu'à la fin.

Vous aviez tort, cousine; moi, je n'attends jamais. (Aperceront Louis.) Eh 1 voilà le petit... Il m'a l'air en bonne santé.

MADAME LECLERC, à Louif.

On vous parle, monsieur!

LOUIS, sans te. leTer et continuant à lire le journal qu'il a pri&i

J'entends bien, ma tante.

LE COUSIN PIERRE

Eh bien, ça prouve qu'il n'est pas sourd, (voyant mux»

«atrsr avec des côtelettes et une omelette.) Allons, à table, et VlVc

la joie!

MADAME LECLERC, au cousin Pierre, en lui avançant une chaise près de la table servie.

Voici votre place, mou cousin.

LE COUSIN PIERRE. Il s'asseoit et regardé Louis.

AU ça! mais votre élève ne déjeune donc pas ?

LOUIS, sèchement.

Je n'ai pas faim.

LE COUSIN PIERRE, se serrant.

Il paraît qu'il se nourrit de journaux.

MADAME LECLERC , cachant mal son mécontenlem-nt.

En tout cas, il pourrait comprendre qu'une salle à manger n'est pas un cabinet de lecture.

LOUIS, rejetant le journal sur le guéridon.

J'avais cru que la Gazette était là pour qu'on s'en servît.

LE COUSIN PIERRE. «37

MADAME LECLERC, comme plus haut.

Mais nous y sommes également, monsieur, et j'aime à croire que notre compagnie vaut celle du journal.

LOUIS

Pardon, je pensais qu'on avait le droit de choisir...

MADAME LECLERC, éclatant.

Vous manquez à votre cousin, monsieur!

LE COUSIN PIERRE

A moi? du tout, du tout! Que le diable me torde le cou si je prends garde à lui! qu'il lise, qu'il dorme, qu'il chante, qu'il pleure, je m'en soucie autant que des vieilles lunes! Liberté, libertas! (Tendant «on assiette.) Encore un peu d'omelette, ma cousine.

LOUIS, se levant, à (.art.

A la bonne heure !

MADAME LECLERC, très-embarrassés.

Mais, mon cousin, songez...

LE COUSIN PIERRE, l'interrompant.

Je songe qu'on ne vit qu'une fois et qu'il faut en profiter. — Passez-moi donc le jambon. — Aussi, voyezvous, je suis pour qu'on ne gêne personne.

LOUIS, à part.

Eh bien! en voilà un qui est raisonnablepi s'approche de la table *.)

«. Madame Leclerc, Louis, le consin Pierre.

MADAME LECLERC, très-embarrassée.

Vous voulez plaisanter...

LE COUSIN PIERRE

Non, je ne plaisante pas 1 II faut que chacun vive à sa fantaisie et ne fasse que ce qui lui plaît ! Voilà mon opinion politique! (nnt.) Ehl eh! eh! (a loom.) Et je parie que c'est la tienne, farceur!

LOUIS

Tout à fait, mon cousin! Je ne vois pas pourquoi on se contrarierait pour les autres; pourquoi on s'imposerait toujours des devoirs!

MADAME LECLERC, TÏTemenu

Louis, puisque vous ne déjeunez pas, allez faire la commission dont je vous ai chargé...

LOUIS

Ma tante!...

LE COUSIN PIERRE

Un instant donc, il faut que nous fassions connaissance. — Il a l'air un peu vaurien, le petit cousin, (b.

frappe sur l'épaule de Louis en riant) Eh! eh! eh! — Eh bien, tant

mieux, à son âge j'étais un vrai démon l

MADAME LECLERC, étonnes,.

Vous! mais au contraire, je me rappelle que von» étiez si attentif, si obéissant, si plein d'égards...

LE COUSIN PIERRE. 839

LE COUSIN PIERRE

Laissez donc! c'est le lointain qui embellit les choses, mais je n'ai pas oublié tous les mauvais tours que je jouais à ma bonne femme de mère.

LOUIS

Qui ne s'en fâchait pas?

LE COUSIN PIERRE

Quelquefois; mais bah ! je m'en battais l'œil! — Elle avait beau crier, j'allais toujours. — Moi, d'abord, je ne me suis jamais occupé de ce qu'on disait... — Pardon, cousine, est-ce que vous n'auriez pas un peu de cognac ?

MADAME LECLERC, à LoL-ia.

Louis, allez en chercher.

LE COUSIN PIERRE, le retenant.

Du tout... reste, mon garçon, la servante est là. — Holà, Manon t

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