I. Madame Leclerc, Louis, le cousin Pierre, Manon
LE COUSIN PIERRE. J51
LOUIS
Le perroquet de ma tante!
MADAME LECLERL.
Est-ce possible ! (au cousin pierre.) Ah ! ceci dépasse la mesure...
LE COUSIN PIERRE, tranquillement.
Je voulais voir si je ne m'étais pas perdu la main..,
MANON
Alors, c'est exprès!...
LOUIS, avec animosité.
Et pour reconnaître l'hospitalité de ma tante'
MANON , exaspérée.
Mais, c'est donc un sans cœur, un sauvage?
LE COUSIN PIERRE
Plaît-il?
MANON, hors d'elle.
Oui, je dis que vous êtes un vrai Hérode, puisque vous massacrez comme ça des innocents !
LE COUSIN PIERRE
Eh bien! eh bien! je le ferai empailler!
MANON, hors d'elle.
Empailler! Et vous croyez que c'est la même chose,.
monsieur! — Est-ce que vous voudriez être empaillé, vous, monsieur?— Est-ce que ça rendra la vie à Jacquot, monsieur? — Une bête qui parlait mieux que moi; qui mangeait de tout; qui était on peut dire de la famille, et que madame soignait elle-même 1
MADAME LECLERC
Il m'avait été laissé par ma sœur.
LOUIS, au cousin Pierre, avec animositi.
Et vous le saviez, car je vous l'ai dit hierl
LE COUSIN PIERRE, appuyant sur las mot».
Ah!... « Si vous faites d'un perroquet une affaire de sentiment! »
MANON
Et pourquoi donc pas, s'il rappelait la défunte*
LE COUSIN PIERRE
Parce qu'il était aussi bavard qu'elle?
MADAME LECLERC, avec force.
Ah! c'est trop!
LOUIS, s'avançant vers le cousin Pierre, avec emportement.
Vous oubliez que vous parlez de ma mère, monsieur!
MADAME LECLERC, avec dignité.
J'ai pu supporter jusqu'ici vos étranges paroles, vos impolitesses, tout, jusqu'à votre dernière brutalité; elles ne s'adressaient qu'à moi; mais celle qui n'est plus là pour se défendre, et que je regretterai éternel
LE COUSIN PIERRE. 853
lement, ma chère sœur, la mère de Louis (eiib attira ia jeun.
6»rçon dans ses bras aw attendrissement), VOUS ne l'iûSUltereZ paS
devant moi, je vous le défends.
LOUIS, très—ému, embrassant madame Leclere.
Et moi, je ne veux pas que ma tante ait à souffrir plus longtemps de vos insolences.
LE COUSIN PIERRE
Hein 1 qu'est-ce que ceci veut dire ?
LOUIS, »*ec force et sensibilité.
Ceci veut dire que vous vous êtes conduit chez elle comme à bord d'un corsaire; que, depuis une heure, tout le monde a eu à souffrir de vos paroles ou de vos actions, et que vous n'êtes digne de vivre près de ma bonne tante, ni par votre esprit, ni par votre caractère, ni par votre cœur.
MADAME LECLERC, l'arrêtant et l'attirant à elîa.
Assez, cher Louis... — C'est à moi de m'expiiquer avec monsieur; laisse-nous!...
LE COUSIN PIERRE, changeant complètement de ton.
Non... Pardon, ma cousine... tout à l'heure, je m'ex-. cuserai près de vous, comme je le dois... — Mais, permettez que je réponde d'abord à M. Louis... Puisque nous en sommes à nous dire nos vérités, j aurai d'abord un petit compte à régler avec lui...
louis.
Parlez, monsieur!
LE COUSIN PIERRE, d/ua ton sérieux.
Et d'abord, veuillez me dire en quoi l'impolitesse de mes manières a pu vous choquer, vous qui m'avez accueilli ici en lisant le journal, et qui avez applaudi à la maxime que chacun devait agir a sa fantaisie, sans s'inquiéter des autres?
LOUIS, déconcerté.
C'est-à-dire...
LE COUSIN PIERRE, d'un ton ea.orû plu» gra»«.
Vous m'avez trouvé égoïste et insolent : mais qu'ai- ;e fait depuis ce matin que vous ne fassiez tous les jours? N'avez- vous donc pas remarqué que chacune de mes actions était justifiée par une des maximes dont vous aviez accompagné les vôtres? Je n'ai fait que vous montrer à vous-même 1
LOUIS, trouve.
Je n'ai pas voulu...
LE COUSIN PIERRE, loujourj plu» m
Écoutez jusqu'au bout, monsieur! Ma conduite envers Manon vous a révolté; quelle a été la vôtre envers l'amie de votre tante, Madame Gallois? Vous m'accusez de n'avoir pas respecté dans votre mère une parente morte ; avez- vous mieux respecté dans madame Leclerc une Darente vivante ? Depuis ce matin, mes actes et mes paroles vous indignent : que penser alors des vôtres? J'ai été inconvenant avec des égaux, vous vou*
LE COUSIN PIERRE. Soi
êtes montré insolent avec des supérieurs! lequel de nous deux vous semble avoir donné la plus mauvaise idée de son esprit, de son caractère et de son cœur?
LOUIS, très-trounle.
Mon cousin... il me semble... Je pourrais... vous
dire... OU plutôt... (Avec an mouTeœeni »ubil de franchise et do *e2«i-
diité.) Non, jenai rien à dire... j'ai tort... j'ai tort!
LE COUSIN PIERRE, loi pénal U
Bien, mon ami; bien, mon cher Louis; puisque vous le reconnaissez, mon but est atteint ; oublions le passé et tâchons d'en profiter pour l'avenir. Dans tout ceci les véritables victimes ont été Manon, à qui je demande pardon de mes impertinences, et ma chère cousine, auprès de laquelle je ne sais comment me réhabiliter.
MADAME LECLERC, loi donnant la main.
Ah! vous n'en avez pas besoin; maintenant je com* prends tout; vous avez voulu montrer à Louis où conduisait l'oubli du devoir, et comnent l'écolier occupé de son seul plaisir devenait plus tard le viveur égoïste qu'on méprise et qu'on hait.
LOUIS, prenant la ma;n du cousin Pierrs.
Oui, croyez bien que la leçon ne sera point perdue, et que je vous en remercie du fond du cœur.
LE COUSIN PIERRE
Remercie plutôt Lycurgue, mon cher enfant, car I •'écouverte du moyen lui appartient. Pour dégoûter les
jeunes Spartiates de l'ivrognerie, il leur montrait des esclaves dans la dégradation de l'ivresse.