I.É0NEL
Eh bien, ouvrex donc le billet.
(1 est passé le temps où j'eusse couvert chaque ligne, chaque mot de mes baisers.
liONBL.
Allons, ouvrez... pas d'enfantillage.
JOURNÉE II, SCÈNE il. 237
€'est pour toi seul que je le lis.
LÉONEL.
Pour moi. . et pour vous. Car enfin , vive DIeuI ce serait au»i pousser le mépris trop loin.
DON JUAN , après avoir ouvert le billet. Voilà qui est bon !
LÉONEL.
Quoi donc?
C'est un sonnet Vraiment î
LéONEL.
Le voici. {Lisant.) « Tu veux, ingrat, me faire mourir à force de rigueur et de mépris, ei tu me condamnes sans m'entendra. Mais il faut que tu connaisses à la fois mon amour et la vérité. — Il n'est pas juste que tu m'.ifllii^es sans motif. Puisque d'autres soins occupent déjà ta pensée, et que d'ailleurs mon honneur t'a confié d'autres gages, je te sicrilie également ceux que je t'envoie. Puissent-ils calmer tes ennuis! Sache-le, les hommages des princes ne sont à mes yeux que d<>s illusions et des chimères ; et quand même je les aurais subjugués comme tu le crois, tu ne devrais pas te plaindre, puisque avec ces trophées je me mets à tes pieds. »
LÉONEL.
Quelle humilité I — Cette femme a tous les talents et toutes les grâces.
De là vient son malheur et le mien.
LÉON EL
Le sonnet respire l'amour, et l'on Toit bien qu'il est l'ouvrage d'une femme. Mais comment denieurez-Yous si froid , si inflexible, lorsqu'elle vous appelle? Ne vous renvoie-t-elle pas dans ce coffre les gages que vous lui avez donnés ?
Pour que je lui renvoie les siens. C'est une politesse intéressée.-- Oui, cruelle» je te les renverrai.
LÉON EL
Ouvrez donc un peu,
DON JUAN, ouvrant le coffret.
Ciel! que vois-je?
LÉONEL.
Qu'est-ce donc?
11 me semblait que le billet parlait d'autres gages. Regarde.. , les reliques du grand maître et le souvenir de l'infant I
LÉO.NKL.
Ahl trop heureux amant! que voulez -vous de plu«T
Que vois-je encore?... la chaîne du roi!
LÉON EL
Une telle conduite répare tout. Allez, allez, monseigneur, allef TOir Dorothée, reconnaissant et repentant.
DON Jl AN.
Le tour est assez adroit: mais je ne sais trop aI je uui9 (■■ ^ fier.
LéONEL.
Ce serait par trop ingrat, et vous mériteriez.....
Eh bien, nous irons ensemble. Ah! dame enchanteresse, que ta as sur moi d'empire!
Enlre CIIACON.
CUACON.
Mon maître? où est-il?
Qu'y a-t-il donc î
CHACON
Écoutez.
Parle.
CUACON.
Aimez, servez, vanlez, adorez votre Belle de Belzébuth. Moi, je viens de passer dans sa rue, et... mais non, il vaut mieux me taire.
Sot que tu es ! ne sais-tu pas que quand on a commencé de parler, on ne peut pas rester en chemin ? Et puisque tu as coramenoé»
achève.
CUACON.
Ohl ce n'est rien... c'est peu de chose.
N'importe. Achève.
CHACON
Depuis quinze jours que nous n'avons paru sous ses fenêtres, ell« vous a si bien oublié, elle a si bien mis le temps à profit, que je viens de voir, devinez quoi... Kh bien! je viens de voir à présent m^me, à sa porte, des eiïets, des paquets, des voitures de transport. Ah! la cruelle! la perfide!
Que dis-tu?
CHACON
Et des r.iuteuiis, des lapis, des tentures, des meubles de soie, det lits dorés...
Cela D est pas possible.
CIIACON.
Et, de plus, des tableaux, des banquettes, des chenets, des broches, et mille autres ustensiles de cuisine.
0 ciel ! il est aisé de voir d'où vient tout cela. Y a-t-il moyen de souffrir ces outrages? — Tu vois, Léonel , comme sa conduite est d'accord avec ces belles protestations de dévouement.
LÉONEL.
Que le ciel me préserve de semblables perfidies 1
Comment un frère, qui passait pour homme d'honneur, et une tante jusque-là respectable, peuvent-ils permettre que l'infant vienne étaler un luxe scandaleux dans cette maison dont la vertu faisait toute la richesse ! Ah ! vil intérêt , que tu as de pouvoir icibas! Ah ! cruelle I ne devais-tu pas être fière de la simplicité de ta maison! Et crois- tu que je n'aurais pas pu moi aussi couvrir tes murs de soie et de brocart?— Des lits, des fauteuils... il paraît que ces gens-ci vont s'établir dans la maison.
Quand j'aperçus les broches, je me sentis rougir comme un poulet rôti. Malédiction î me dis-je à part moi, ne valait-il pas mieux un mari noble, riche et bien né?
Tant mieux!... Va, je n'en mourrai pas.— Quelle femme y a-t-il à Séville, avec laquelle je puisse rire, ra'amuser, et faire enrager l'infidèle?
LÉONEL.
Ehl mon Dieu ! dans sa rue même demeure Marcèle.
Tu as raison. — La connais-tu, Chacon?
CHACON
Vous n'avez qu'à préparer un billet. Elle est belle, charmante, et avec elle vous aurez une vengeance ti es -agréable. Je l'ai vue plusieurs fois vous regarder d'un œil ami, et je sais qu'elle attend avec impatience que vous lui demandiez la permission d'aller lui rendre visite.
Je ne voudrais pas la voir de jour.
LÉONEL.
Le plus tôt ne sera-ce pas le mieux ?
Non. La cruelle croirait que je sollicite; et je veux qu'elle me voie accueilli aux heures réservées.
téONEl..
C'est jus(c; pns do billet. Mais je crois que vous devriez faire à Marccle un cadeau des bijoux que Dorothée vous a renvoyés. El si eeiie-ci rient à les voir, elle enragera.
Elle les verra; car elles se rencontrent à l'église les jours de fête.
LIONEL
Voilà, seigneur, une belle vengeance.
Ce soir vous viendrez tous deux avec moi ; et afin que les choses aillent plus vite, je la comble de cadeaux.
LIONEL
Alors vous serez bientôt vengé.
CUACON.
Quant à moi, toujours prêt à vous servir; et si Marcèle vous platt, que la Belle aux yeux d'or s'en aille à tous les diables!
UswrtMt.