SCÈNE I
Une chambre dam l'hAtellerie de Lacindo.
Entrent LUCINDO et TRISTAN.
LUCINDO.
Ne nous tourmentons pas de cela, Tristan. Que nous importent les gens oui entrent chez elle ou qui en sortent? Ce sont sans doute ses parents.
TRlSi'AN.
Pour moi, que ce capitaine espagnol soit ce qu'il voudra, je sais bien que depuis plus d'un mois qu'elle vous comble de présent» •ans rien recevoir de vous, vous devez être rassuré contre ses ruses.
3i L'HAMEÇON DE l'Ill'MCt.
mais non pas contre l'inconslancc {\c son amour. Celui qui ne donne rien est mal venu à se plaindre ou même à se montrer jaloux; ce n'est <jucn donnant que l'on obtient des droits sur une fetnme ; et alors l'inj^ratitude qu'elle témoignerait serait une horrible trahison, un véritable adultère... Mais il faut aussi considérer que vous vous êtes attaché à elle peu à peu, que vous l'aimez, cl que vous ne prendriez pas aisément votre parti si elle venait a vous traiter avec indilTérence. Je suis bien ronvaiiieu, au contraire, que si vous soupçonniez qu'elle s'éloigne de vous par intérêt, vous vous obstineriez à la conserver, et que vous seriez capable de lui donner en un jour ce que vous ne lui avez pas donne en un mois. i.uciNno.
Mon avis est, Tristan , que jamais IMiénice ne me laissera pour un autre. Elle n'aime jias, elle, par intérêt.
TRISTAN
Prenez garde! l'amour qui s'opiniàtre est un hérétique qui foulerait aux pieds les vérités les plus saintes, cl celui qui se Ge à une femme risque beaucoup.
i.ucixno.
Ai-jc eu tort? Est-ce ma faute? I.a beauté n'est elle pas une sorte d'autorité légitime a laquelle il faut que ti>us les hommes ici-bas se soumettent? Les sept sages de la Grèce n'ont pas élé à l'abri des séductions de la femme en qui ils ont (romé de l'esprit, de l'at- Irail el du désintéressement. Diogène et 'limon lui-même, qui était si farouche el si sauvage, se sont rendus, par reronnaissance et par amour, à l'aiïection qu'on leur témoignait. Moi, j'ai résisté asseï longtemps , et si mon cœur a cédé à la lin. c'est que j'ai vu la sincérité de Phénice.
TRISTAN
Vous commencez à me persuader.
LUCI.NDO.
Elle a dissipé mes soupçons.
TIllSTA>f.
Je me suis trompé, j'en conviens.
LUCINDO.
Je n'avais qu'à me retirer dans le principe.
TRISTAN
Voua éliez près du feu, et il vous a communiqué sa chaleur.
LUaNUO-
Pense bien à cela mûrement, et tu avoueras qu'à moins d'inconstance, un homme ne peul pas se détacher d'une femme qui ne demande rien. Pour moi, je permets volontiers à toutes les femmes qui me feront des cadeaux sans en exiger, de me tromper tant qu'il leur plaira; el je ne reproche pas à celle ci de recevoir