ACTE V, SCENE II
IDAMORE
Alvar, je vais mourir.
ALVAR
Tant de bienfaits passés n'ont pu les attendrir?
IDAMORE
De leurs faibles esprits Akébar seul dispose. Si le glaive à la main j'avais plaidé ma cause , On l'eût vu le premier m'absoudre en pâlissant. Désarmé, que lui dire ? Il a soif de mon sang : E h bien donc, qu'il s'y plonge.
ALVAR
Instruit qu'à vous entendre Son orgueil en secret avait daigné descendre , J'ai cru que la pitié ramenait sa faveur Sur le héros déchu qu'il nomma son sauveur.
IDAMORE
Il tremblait pour l'honneur de sa noble famille : D'une flamme coupable on accuse sa fille; Lui-même la soupçonne, et, n'osant pardonner, Si j'atteste son crime il la doit condamner* . Victime du pouvoir qu'un vain peuple lui donne Par les devoirs étroits où son rang l'emprisonne. Il s'est plaint des vieillards, dont l'orgueil irrité Arrachait ma sentence à sa triste équité; Mais, sans effet pour moi , sa divine influence
Pouvait d'un bien plus cher acheter mon silence : La grâce de Zarès en devenait le prix. Pour lui, pour Néala , que n'aurais-je entrepris? Le conseil m'attendait, j'y cours; mon témoignage De leurs soupçons loin d'elle a repoussé l'outrage. Puis de la voix d'un chef qui parle à des soldats, Tel, et plus fier encor qu'au milieu des combats , «Point de grâce, ai-je dit, point de pitié : justice! « J'attends ma récompense ainsi que mon supplice. « En épargnant mon père, accordez à la fois « Sa vie à mes bienfaits et ma mort à vos lois. » Émus par ce discours, surpris , honteux de l'être , Tous cherchaient leur avis dans les yeux du grand-prêtre ; Lui, pourvu qu'il immole un rival dangereux, Que font à sa grandeur les jours d'un malheureux ? Aussi s'est-il levé , fidèle à sa promesse ; D'un père au désespoir excusant la tendresse, Du pardon de ses dieux il vient de le couvrir. Pour moi, je te l'ai dit , Alvar, je vais mourir.
ALVAR
Que deviendra Zarès sans appui sur la terre? Quels accens répondront à sa voix solitaire ?
Il n'aura plus de fils.
idamore.
Eh ! ne vivras-tu pas ?