‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 140 sur 327 · ACTE V, SCÈNE IL · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL

Les lâches possesseurs endormis sur sa face ; Pour adieux, en partant, pour prix de ses trésors, Lui laissent des débris, de la cendre et des morts ; Et quelques châtimens que me garde la tombe , Si ce peuple est puni, s'il pleure , s'il succombe, J'oublirai mes revers en apprenant les siens, Et Fhorreur de ses maux finira tous les miens !

ALVAJl.

Dans quels vœux vous égare une aveugle furie!

Quels que soient avec nous les torts de la patrie,

Le fils qui la maudit, ce fils dénaturé

Prouve qu'elle était juste et meurt désespéré.

Mais vous!... Ah! croyez-moi, quand votre heure estprochaine,

Comme un poids importun déposez votre haine.

Les turbulens transports par la rage inspirés,

La soif de voir punis ceux par qui vous souffrez,

N'aident point à franchir ce pénible passage.

De ma religion le précepte plus sage

Nous apprend que l'oubli de nos ressentimens

Verse un calme inconnu sur nos derniers momens ,

Nous dit de pardonner même à qui nous immole ;'

Il en fait un devoir, et ce devoir console.

IDAMORE

Tes discours dans mon cœur font descendre la paix % Et , nouveau pour mes yeux, d'où tombe un voile épais ,

*8a LE PARIA.

Je ne sais quel espoir m'éclaire et me ranime : Je combattrais encor pour l'état qui m'opprime. Mais c'en est fait, Alvar, non, je ne dois plus voir Les étendards flottans dans les airs se mouvoir; Non , je n'entendrai plus le signal des batailles ; Je ne dois plus rentrer vainqueur dans ces murailles , Et, déposant mon glaive à l'ombre des drapeaux , Goûter près d'une épouse un glorieux repos. Demeure... Jeune, aimé, célèbre par les armes, Je sens trop que la vie avait pour moi des charmes. Prêt à me détacher de tout ce que j'aimais , De toi j'attends ma force !... Ah! si tu vois jamais Cet objet d'une ardeur si tendre et si funeste, De mes cheveux sanglans porte-lui quelque reste. Rends-lui son dernier don, ce message de mort, Ces fleurs, qui parleur deuil m'avaient prédit mon sort. Dis-lui. Mais de mon père épargnons la faiblesse: Tes larmes détruiraient l'erreur où je le laisse. Sors; je te rejoindrai plus tôt que tu ne veux, Et jusqu'au lieu fatal nous marcherons tous deux.

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