‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 191 sur 327 · ACTE III, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IL

GRAHVILLE.

Je suis franc : seriez- vous moins sincère? Expliquons ce refus : certain monsieur Victor A surpris votre cœur , et me fait un grand tort.

LUCILE

Je suis fière, il est vrai , de l'amour qu'il m'inspire ; Son talent...

Ah ! talent dont on ne peut rien dire , Qui n'est pas bien prouvé.

LUCILE

Qui doit l'être ce soir , Qui le sera , monsieur.

GRANVILLE

C'est ce qu'il faudra voir.

Un poète !

LUCILE

Il est loin d'être millionnaire; Alors , pour bien des gens c'est un homme ordinaire; Qu'il le soit à vos yeux , rien de plus naturel : Il n'offre pas d'écrin, d'équipage, d'hôtel : Non ; mais je l'aime.

GRATTVILLE.

Eh ! c'est cet amour dont j'enrage,

Pour qui j'aurais cent fois donné mon héritage.

8a LES COMÉDIENS.

Que vous manquerait-il si j'étais votre époux ? Si vous m'aviez aimé?

LUCILE

Je n'eusse aimé que vous.

GRAN VILLE

Grand merci pour Victor! D'une mer turbulente Il va sur un théâtre affronter la tourmente. Quelle audace! Malgré son mérite et vos vœux, Je crains fort qu'il n'échoue.

Il sera malheureux; Et je l'en chérirai , s'il se peut, davantage.

GRANVILLE

Mais , affranchi par-là du serment qui«l'engage , Votre tuteur enfin...

LUCILE

Je connais mon devoir; Mon tuteur sait aussi jusqu'où va son pouvoir, A sur mes sentimens l'autorité suprême; Mais je n'en dois , monsieur , répondre qu'à lui-même.

( Elle fait une révérence et sert. )

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