ACTE IV, SCÈNE I
C'est une horreur , mon cher, c'est une indignité. Il croit qu'elle est baronne et même auteur comique, Que nous représentons son œuvre dramatique.
BELROSE.
Voyez-vous!... Mais alors je ne puis concevoir Que cette noble veuve ose jouer ce soir.
MADAME BLINVAL-
Autre mystère. On dit que votre ami Granville L'a vue , a dit trois mots ; à ses ordres docile , Elle joûra.
BELROSE , à part.
J'y suis. Motus sur l'inspecteur.
MADAME BLINVAL
Mais , pour se délivrer d'un fâcheux spectateur , Elle a lait grand fracas du danger qu'elle affronte. Tomber devant mylord, elle en mourrait de honte. Le public jouira du fruit de ses travaux , Si mylord pour ce soir veut bien quitter Bordeaux , S'enfermer ici près, dans ce petit domaine... Où nous avons dîné le jour de ma migraine, Honteuse d'une chute ou fière d'un succès , Elle ira lui porter sa honte ou ses regrets. Mais la pièce sifflée ( et c'est ce qu'elle espère ) , Tous deux, le lendemain, partent pour l'Angleterre. Notre Anglais s'est soumis, non sans de grands débats;
Il cède, il promet tout , sa foi ne suffit pas ;
On veut le voir partir , on ferme la portière,
Et puis , fouette , cocher ! A peine à la barrière ,
Mille noires terreurs assiègent son cerveau !
Si Ton ne donnait pas le chef-d'œuvre nouveau!...
Les acteurs balançaient, il faut qu'il les décide;
Il n'y peut plus tenir. Soudain on tourne bride ,
Et mylord dans Bordeaux, en prenant un détour,
Comme un conspirateur rentre au déclin du jour.
Il court chez l'un, chez l'autre, il promet, il supplie;
Parle au nom du public, des beaux-arts , de Thalie,
De la postérité , triomphe, et fait si bien
Qu'on va jouer Victor, qui n'y comprendra rien.
BELROSE.
Eh quoi! vous n'avez pas, d'un esprit charitable, A Pembrock , en douceur, conté toute la fable?
MADAME BLUffVAL.
J'ai fait mieux ; je prépare une scène d'effet, Qui doit être pour lui du plus vif intérêt. Mylord est connaisseur ; la belle circonstance Pour juger du talent des actrices de France! Il voulait repartir, et je l'ai retenu : De nous signaler tous le moment est venu , Ai-je dit, la victoire est sûre, incontestable ; Mais prêtez-nous vous-même une main secourabte-