ACTE II, SCENE III
En m'unissant à vous par un nœud solennel !
AMÉLIE
Nous unis.... nous ! le sort qui me fut si cruel ' |
Permettrait.... Mais, seigneur, la pitié vous égare; Un invincible obstacle à jamais nous sépare : L'ombre de Conradin , sanglant , percé de coups , Terrible, vous repousse et se place entre nous.
MONTFORT
Ah! ne m'opposez pas cette injuste barrière; Jeune encor, de la croix je suivais la bannière, Quand Charles par ce meurtre a souillé ses lauriers.
AMÉLIE. i
Vous partagez l'empire avec les meurtriers !
MONTFORT
Vos pontifes sacrés poussent trop loin l'audace; De leurs conseils jaloux je reconnais la trace; Des ténèbres du cloître ils dirigent vos pas; Qu'ils tremblent!...
Arrêtez, et ne blasphémez pas !
Celui dont vous bravez la majesté céleste Refuse ses autels à cet hymen funeste.
Mon père me transmet sa sainte volonté ; J'entends , j'entends la voix de Conrad irrité; 11 maudit les bourreaux de sa triste famille,
Et désigne un époux plus digne de sa fille.
MONTFORT
Un plus digne 1... et quel est ce rival odieux?
AMÉLIE
Lorédan doit s'unir au sang de mes aïeux.
MONTFORT
Lorédan! se peut-il?
AMÉLIE
D'où naît votre surprise ?
Avant qu'il vous connût ma main lui fut promise.
MONTFORT
A Lorédan? qu'entends-je!
AMÉLIE
Il a reçu ma foi....
MONTFORT
Vous l'aimez , vous !
AMÉLIE
Seigneur...
MONTFORT
Il l'emporte sur moi.
Vous l'aimez!... il semblait insensible à vos charmes. Lorédan, mon ami, lui , mon compagnon d'armes, Mon frère!... pour me perdre il m'avait obéi.... Il était mon rival.... l'ingrat... je suis trahi!...