‹ Théâtre de M. C. DelavigneChapitre 244 sur 327 · ACTE I, SCÈNE I. ., i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. ., i

Il aurait dû lever cet impôt sur son père :

Mais comme ils sont brouillés , c'est en moi qu'il espère ;

Il faut vingt mille francs : peux-tu me les prêter?

DANVILLB. \S

C'est ma femme, monsieur , qui va vous les compter : Elle est mon trésorier.

BON FARD

C'est superbe ! et d'avance Je lui veux de ma place offrir la survivance. — I

Ta femme!... Ah! mon ami, que tes goûts ont changé 1 Que je t'ai vu plus sage à mon dernier congé ! Tu t'occupais alors de tes travaux champêtres , À l'ombre des pommiers plantés par tes ancêtres , . Debout avant le jour, doucement tourmenté Du démon vigilant de la propriété, y Tu pâlissais de crainte au bruit d'une visite , A tirer des perdreaux tu bornais ton mérite, Ta joie à faire en paix bonne chère et grand feu , Et ton piquet du soir, quand j'avais mauvais jeu. Te voilà citadin ! le luxe t'environne ; Un gros suisse est là-bas qui défend ta personne, Et tout cela, pourquoi ? ta femme l'a voulu.

BONNARD

Hortense ! elle me laisse un pouvoir absolu ; Mais elle y voit très-clair; quand on a ma fortune,

i86 L'ECOLE DES VIEILLARDS.

Une capacité qu'elle croit peu commune,

Sans prétendre à Paris au rang d'un potentat , { Dans un poste honorable on peut servir 1 Etat.

L'espoir qu'elle a conçu me semble légitime, \ Et je lui sais bon gré d'une si haute estime.

Toi-même, qu'en dis-tu ?

BONNARD

Rien.

DANVILLE

Parle franchement.

/ Sur une chose à faire on dit son sentiment;

C'éàt d'abord mon système , et , quand la chose est faite . i J'ai pour système aussi de la trouver parfaite. /Mais tiens , Paris abonde en amis obligeans 9

yui se font un doux soin de marier les gens.

Ils m'avaient découvert une honnête personne,

Savaçtp comme un livre , aimable, toute bonne ;

Au cousin d'un ministre elle tenait de près ;

Ces chers amis pour moi l'avaient fait faire exprès ,

Eh bien ! j'ai refusé.

DANVILLE

D'où vient ?

BONNARD

Elle est jolie,

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