ACTE I, SCÈNE I
DA.WVILLE.
Et je te soutiens , moi, que le sort le plus doux , L'état le plus divin , c'est celui d'un époux * Qui, long-temps enterré dans un triste veuvage, Rentre au lien chéri dont tu fuis l'esclavage. 11 aime, il ressuscite, il sort de son tombeaur~\ Ma femme a de mes jours rallumé le flambeau. Non, je ne vivais plus : le cœur froid, l'humeur triste, Je végétais , mon cher , et maintenant j'existe. Que de soins ! quels égards ! quels charmans entretiens ! Des défauts , elle en a ; mais n'as- tu pas les tiens ? / Tu crains pour mes amis les travers de son âge? J'ai deux fois plus d'amis qu'avant mon mariage J Ma caisse dans ses mains fait jaser les railleurs ! Je brave leurs discours ; je suis riche , et d'ailleurs Une bonne action que j'apprends en cachette Compense bien pour moi les rubans qu'elle achète. Hortense a l'humeur vive; et moi ne Tai-je pas? Nous nous fâchons parfois ; mais qu'elle fasse un pas , Contre tout mon courroux sa grâce est la plus forte , Je n'ai pas de chagrin que sa gaîté n'emporte. Suis-je seul ? elle accourt ; suis-je un peu las ? sa main, M'offrant un doux appui , m'abrège le chemin. J'ai quelqu'un qui me plaint quand je maudis ma goutte, Quand je veux raconter , j'ai quelqu'un qui m'écoute.
Je suis tout glorieux de ses jeunes attraits; Ses regards sont si vifs!... son visage est si frais!... Quand cet astre à mes yeux luit dans la matinée , Il rend mon front serein pour toute la journée; Je ne me souviens plus des outrages du temps : J'aime, je suis aimé, je renais, j'ai vingt ans.
BONKARD.
Quel feu!
BANVILLE
Je veux fêter le jour qui nous rassemble; Au bonheur des maris nous trinquerons ensemble, Oh! je t'y forcerai. Tu soupes, me dis-tu? Admire dans ma femme un effort de vertu : Les soupers sont proscrits, et vraiment c'est dommage; Je veux qu elle ait l'honneur d'en ramener l'usage. Rien n'est tel pour causer que le repas du soir. A table entre nous deux elle viendra s'asseoir. Bientôt, cher receveur, vous la verrez paraître, Et vous accepterez quand vous l'allez connaître. Oui, vous que rien n'émeut, vous aurez votre tour : Bonnard , monsieur Bonnard , vous lui ferez la cour.