SCENE I
AMÉLIE, ELFRIDE.
ELFRIDE.
Vous sortez du lieu saint , abattue et tremblante. Quel sinistre penser vous glace d'épouvante? Vous frissonnez; vos yeux, fixés sur cet écrit. Trahissent le désordre où flotte votre esprit. Ah! pour vous quel malheur faut-il que je redoute?
AMELIE.
Un autre est menacé ; tu vas frémir, écoute :
Le prêtre accomplissait les mystères divins ;
Du temple un peuple immense assiégeait les chemins,
J'arrive ; prosternée au pied du sanctuaire ,
J'implorais du Très-Haut la bonté tutélaire;
Je priais : par degrés d'affreux pressentimens
D'une terreur croissante ont pénétré mes sens.
6a LES VÊPRES SICILIENNES.
Distraite, malgré moi, soit pitié, soit faiblesse, L'image de Montfort me poursuivait sans cesse. Je le voyais trahi, fuyant, abandonné, Par lange de- la mort dans sa fleur moissonné. J'ai vu, j'en tremble encor, la céleste vengeance Sur les marbres sanglans écrire sa sentence. Peut-être à cet aspect j'avais pâli d'effroi; Un pontife du ciel s'est incliné vers moi : «Bannissez, m'a-t-il dit, cette douleur profonde. « J'en ai l'espoir, ce jour, où le sauveur du monde «S'éleva triomphant des ombres du tombeau, «Ce jour doit éclairer un miracle nouveau. «Il doit nous sauver tous. » J'écoutais en silence. Lorédan près de nous dans la foule s'avance: « Lisez ce qu'un ami vous révèle en secret; « Il y va de vos jours ! » Il dit , et disparait. Juge de quelle horreur j'ai senti les atteintes, Quand ce fatal billet a confirmé mes craintes.
«Renfermée au palais, loin des sacrés parvis,
« Attendez le lever de la prochaine aurore.
« Vos amis, quoique absens, vous protègent encore,
« Et l'un d'eux vous transmet cet important avis.
« Il doit une victime au sang de votre frère :
« L'heure approche où dans l'ombre un châtiment soudain