ACTE ni, SCÈNE III
Les grands, environnés d'esclaves fanatiques, Travaillent au succès de leurs sourdes pratiques. Procida m'est suspect ; sachez que cette nuit La mer sur un esquif dans le port Ta conduit.
AMÉLIE
Je tremble !
MOtfTFORT.
Procida ?
GASTON
Sur un avis fidèle , De son retour prochain j'attendais la nouvelle; Vous auriez tout appris , si de tels intérêts Enchaînaient un moment vos désirs inquiets. Mais quel frein opposer à leur impati'ence? J'ai su, réduit par vous à garder le silence , Entourer le palais d'amis sûrs et prudens, Un d'eux l'a reconnu sous d'obscurs vêtemens : ^1 Par mon ordre arrêté, devant vous on l'entraîne. , ^
AMELIE.
le le perds !
MOffTFORT.
Sur ces bords quel dessein le ramène ?
GASTON
Sans doute un grand complot , prêt à s'exécuter , Avait besoin d'un chef pour oser éclater.
72 LES VEPRES SICILIENNES.
Des pièges qu'il nous tend démêlons l'artifice; La vérité jaillit du plus léger indice : Pour le convaincre, un mot, un seul témoin suffit. Coupable, il doit péfrir....
AMÉLIE , dans le plus grand trouble , à Montfort.
Rendez-moi cet écrit.
GASTON
L'état vous le défend s'il nous révèle un crime.
MONTFORT, bas.
En voulant la sauver, vous nommez la victime.
s^~ AMÉLIE.
O justice éternelle! est-ce lui que j'entends?
Voilà le digne prix de mes égaremens;
Il m'arrache le jour que ma bonté lui donne.
( A Elfride. )
Ote-moi de ces lieux.... La raison m'abandoune....
Ah! le cruel! pour lui j'ai tout sacrifié;
J'ai tout trahi, mon Dieu , l'honneur et l'amitié.