ACT. III, SCEN. IV
MARCELLE
Oui , je veux te rendre au bonheur; lois tranquille , je te réponds d'appaiser Agathe. Est-ce que tu crois que je ne connois pas toutes ces petites querelles? Je m'en souviens encore, mon ami , et je veux employer pour toi toute rexpérieuce qu'une vieille femme a toujours là -dessus. Laissemoi , laisse-moi aller parler à Agathe , j'aurai du plaisiràm'acquitterenpartie de tout ce que je te dois ; tu as arrangé mes affaires avec Giraut, je vais arranger les tiennes avec Agathe :
attends - moi , je ne tarderai pas.
( Elle veut sortir , Firmin la retient. ) F I R M I N.
Arrêtez , ma mère , arrêtez: gardei»
vous bien d'aller rien dire à Agathe , vous me causeriez la plus mortelle douleur. Agathe ne m'aime plus , puisqu'il faut vous le dire : Agathe me préfère uu rival; ce soir niéuM
i8o LE BON FILS.
elle doit l'épouser. Je ne veux de ma vie revoir Agathe , je souffre même d'en parler; et si vous vouliez me faire plaisir, nous changerions de conversation.
MARCELLE
Et tu me disois que c'étoit toi qui avois tort?
Eh oui , ma mère , j'ai eu tort dans le principe... et ensuite... il est arri* vé... Mais au nom du ciel , ne parlons plus de tout cela , vous me faites souffrir le martyre.
MARCELLE
Eh bien, mon fils, pardon, pardon , je ne t'en dirai plus rien, je ue t'en parlerai plus... Hclas ! mon dieu! qui l'auroit cru de cette petite Agathe , qui avoit l'air de t'aimer tant , qui me di.soit encore hier que , si tu changeois jamais, elle étoit sûre d'en -Hiourii?.. Pardon, encore une fois,
ACT. m, SGEN. IV. i8f
nr te fâche pas , mon ami, ne te fâche pas , voilà qui est dit ; mais je no puis m empêcher de pleurer , en son-
eoant que cette perlide Allons,
allons , voilà qui esi fini . je ne parlei^i plus de rien.
Pardonnez-moi , ma mère , il faut me parler de vous ; il faut me dire , pour me consoler, que vous m'ailuer, que vous êtes heureuse, que votre tendresse me rendra tout ce que je perds daJl* celle d'Agathe; il faut m'entretenir de ma mère, voilà le moyen de me faire oublier mes* maux.
MARCELLE
Pauvre enfant ! Eh I que te dirois-je que tu nesachei pas déjà? Plût à Dieu que je pusse te rendre tout ce qu« tu as peidu ! Je n'en désespère pas encore; et malgré ta résistance, je veux tout à l'heure aller trouva
iS2 ACT. m, scEisr. iv;
Agathe. Je suis sûre de la ramener k toi. Laisse-moi, laisse-moi sortir.
(Elle fait des efforts pour s'en aller. ) F I R M I N.
Non, maraere, non, je ne le sou fjTrirai pas. D'ailleurs, voici Finstant où M. Girautdoitvous portersa quittance; il faut que vous y soyiezpour la recevoir.
MARCELLE
Que me font M. Glraut et sa quittance , et tout ce qui ne regarde que moi? c'est ton bonheur qui peut me rendre heureuse, et je veux aller essayer...
Voici M. Giraut. Ma merc , au nom du ciel, ne pailez de rien de ceque je viens de vous due; vous m# mettviez au désespoir.
LE BON FILS. i83