‹ Théâtre de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 101 sur 258 · ACTE IH, SCÈNE IL i · texte numérisé non relu

ACTE IH, SCÈNE IL i

SÉH&KISTE.

Ciel! <ja« vîens-je â'enteiidre ? ô mère infortUDée! A ce comble d'horrem' j'étais donc destinée?

Hnfin , je l'ai surpris ton sacril^e vœu l Tu brûles de régner, et tu m'en fais l'aveu!

Quoil le sort d'un monarque excite ton envie; Nul instant de bonheur ne console sa vie-, Il voit fuir de sa cour la vertu, l'amitiéj Et jamais ses revers n'inspirent la pitié.

II dart sous le poignard qiii menace sa tète j Du sinistre poison la coupe est toujours prête; n vit dans les tourmens; et, quand il a régné. Par le mépris public il meurt accompagné.

Quelle est l'ambition dont ton ame est saisie? Penses-tu gouverner des esclaves d'Asie , Qui, d'un dieu couronné servant les intérêts, Le front dans la poussière , attendent ses décrets ? Toi l régner sur Corintbe ? Après ce coup funeste , Si d'un sang généreux quelque goutte lui reste, Comment te flatles-tu d'exister un moment P Crois-tu que dans la Grèce on règne impunément ? Les poignards manquent-ils pour punir ton audace ? Couvert du sang d'un roi l'écliafaud te menace. Si tu veux éviter une honteuse mort, Pourras-tu, malheureux, échapper au remords, Au reproche accaUant de ton ame flétrie, Au cri d'un peuple entier qui te dira : Patrie? De ce trAne pervers si tu veux t'appi-ocher.

C'est sur mon corps san^nt que tu dois y marcher : Vois mourir à tes pieds, vois tomber ta victime,

i86 TIMOLEON.

En arrêtant son fils sur le chemio du crime.

Mon souvenir, vengeant un pcu|)le consterné.

Pèsera tons les jonrs sur ton front couronné :

Ton oreille entendra ta mère gémissante :

Ma malédiction, terrible et menaçante,

En tous lieux sur les pas viendra semer reflroi j '

Et tu verras mon ombre entre le trône et .toi.

TIMOPaiHX.

Démariste, arrêtez; «ju'avez-vous osé dire?

Vous pourriez...

Non , crud, je ne puis le maudire :

Ta n'es point exilé de mon coeur maternel; Je te chéris encore ingrat et criminel.

Mais rends-moi mon enfant , rends-le moi non coupaUe , r^on le chef, le jouet d'un parti détestable , Mais grand, mais vertueux, mais digne d'être atmé» Tel que je !'ai nourri, tel que je l'ai formé. La douce égalité pour toi n'a plus de cbarmes-; La patrie aux abois t'adresse en vain ses larmes; De nos dieux protecteurs tu méprises la voix : Mais , la nature encor n'a point perdu ses droits ; Tu n'as point oublié les soins de ma tendresse. Et pour quel avenir j'élevai ta jeunesse.

Ton père en ce cercueil va bientôt me r»voir } jVe m'y fais point descendre avec le désespoir : Que ce ciel que tu vois , ce jour que tu respires. Ce sàn. qui t'a porté, ce cœur que tn déchires . Ta mère à tes genoux...

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