REPRÉSENTÉE
Pour la première fois & Psiis, sur le Théâtre de la République , le 9 février 1793.
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Drgn,-.rihyGOOt^le
DE L'INSXITUT NATIONAL.
V ous n'ignorez pas, nioa aiui, que , pour legërierer l'espèce humaine , il vient de s'élever en France une secte fanatique , ayant pour cri de ralliement : Guerre à la phîlosopliie. Cette secte est assez, peu redoutable par les talens; mais elle prêche tous les - jours , et régente VEurope dans quatre ou cinq femlles périodiques. En attendant que ces grands écrivains se fassent des réputations , ils veulent détruire les réputations faites. L'im s'est chargé de Voltaire , l'autre de J.-J. Rousseau , un troisième de
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. Montesquieu; un quatrième annonce à l'Europe que les Anglais sont essentiellement absurdes ; cpie Locke est'un esprit faux. Bacon un réveui:' sans idées, Sidney, Gordon, Bolinghrote des extravagans, et que les mots liberté, philosophie^ doivent être prohibés comme marchandise anglaise. Touis affirment, c'est leur manière de raisonner, que le peuple a besoin d'erreurs, sans doute parce qu'il faut des dupes aux fripons ; que c'est un grand mal de propager les lumières ; que l'instruction publique , est une calamité ; et que le quinzièm e siècle était encore un assez beau temps, du moins avant cette horrible invention de l'imprimerie. Le théâtre ayant bien quelque influence , ils en ont refait la poétique , et voici l'abrégé de leur doctrine. Rien de ce qui intéresse la politique et la religion ne doit être offert sur la scène. Point de rois odieux, surtout ceux de l'Europe moderne, à commencer de l'empereur Constantin. Point de prêtres chrétiens, iii les vicieux , ni même ceux qui seraient présentés comme des modèles de- vertu. Peu dTiisteire; beaucoup de héros fabuleux , de mythologie antique, d'intrigues d'amour. Ne jamais parler de liberté, de tyrannie, de superstition. Bannir sévèrement du théâtre la philosophie, et même les sentences morales. On n'y va point pour s'éclairer, mais seulement pour se divertir. La conclusion de ces juges souverains est de condamner l'art dramatique, à ne produire qu'un
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plaisir insîgnifiaat. Ils proposent pour modèles les drames, les romans, les journaux dont ils enrichissent la littérature. Au plaisir près, il faut convenir que les exemples sont bien choiùs.,Par malhenr, la nouvelle doctrine est directement contraire a la pratique des poètes qui ont illustré les deux scènes , dans tous les temps et chez tous les peuples. Elle ne l'est pas moins à la théorie des critiques habiles , théorie qui n'est au fond que cette pratique réduite en préceptes. Il est facile de démontrer ce que j'avance; et cela même peut servir, si ce n'est au redressement des instituteurs, du moins àj'instructîon des élèves, crédules pour des fables absurdes, et gardant jusqu'ici l'iacrédulîté pour une chose e'vidente, la profonde ignorance de. leurs maîtres.
Les Athéniens, inventeurs de la tragédie, en firent un spectacle essentiellement politique et religieux. Que sont , qu'étaient un Danaiis , un Alcméon, un Atrée, un Egiste, un Oeste, un Polymestor? pour nous des tyrans fabuleux ; pour lés Grecs des coupables couronnés qui avaient souillé les trànes de la Grèce. Eschyle n'était guère plus éloigné du si^e de Troye que nous de la première croisade. Jupiter, Minerve, Diane, Hercule, qui toujours
' agissent , et souvent paraissent dans la tragédie grecque, faux dieux pour nous, étaient les dieux
' qu'on adorait dans les temples; et l'on ne peut .exi-.
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ger que, cinq sièdes avant le christianisme, Euripide et Sophocle aient deviné les beautés poe'tïques de la mythologie chrétienne. Quant à la morale, elle> abonde dans le personnage du cbœm', et dans les autres personuages. Eschyle est sentencieux, Sophocle plus qu'Eschyle, Euripide plus que Sophocle :* aussi fut-il chéri de Socrate et des autres philosophes. On grava sur son tombeau qu'il avait orné la «agesse du charme des illosions tragiques. I) fut surnommé le philosophe du théâtre, et en même temps le plus tragique deS poètes. En effet, moins élevé <pie Sophocle , moins parfait dans ses compositions, il est plus naïf, plus exquis dans le pathétique partie importante, où peut-être il ne fut jamais égalé. La vieille comédie était, comme la tragédie, un spectacle politique; et Platon conseillait à Denys-le-Tyran la lecture d'Aristophane, s'il voulait connaître l'intérieur de la république d'Atbènes. Mais ce spectacle était obscène et diflàmatoîre. Ce n'était pas seulement les dieux du paganisme qu'Aristophane faisait agir et parler d'une manière ridicule; les bons chrétiens lui en sauraient gré. Ce n'était pas seulement Euripide et Socrate vivans qu'il outrageait , en les jouant sons leur propre nom; les adversaires de la philosophie lui feraient grâce. Mais il insultait encore Périclès, Alcibîade, Gléon, les magistrats, les juges, les généraux , les cheft de l'état. Tant de licence fut avec raison ré-
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jHriime par les lois, k deux époques différentes. Ëi£u y la nouvelle coiaedie j dépoidlléc dn droit de nuire , devint toute pbîlosoptiiqite. Il nous reste iin assez grand sombre de fragiœus de Ménandre, et ces fragmeas sont pleôns de mon-ale. Il imitait Euripide dans va sotre genre d'e'crire ; et «es ouvrages , comme ceux de boo .modèle , étaient les délices des philosophes. Quant au:t théories des Grecs, Plotarqiie loue beaucoup Ménànâre pour cette morale philosophique répandae dans ses ôomédies , et Ini donne une hailte préférence sur Aristoplrane. Le plos-grwid critique de la' Grèce, Aristote, dans sa Poétique où il n'a pour objet que la tragédie, dit textuellement ces mots remarquables, que j'ai déjà cités aiUeurS : La tragédie est plu» philosophique et plus instmc-^ tive que l'histoire Rieme.
Il ne nous reste du théMre latin, ni les traigédies de PomponiuB -secuudns, ni le Thieste de Varius, comparaUe, selon Quintilien , aux clie&-d'œnvre de la scène grecque , ni la ^fédée d'Ovide, que le même Quintilien semble regarder comme la plus haute preuve du génie de ce grand poète. Senèqne, ou si l'on veut, les deux Sénèques, moraux et seur tencieuxc<4mmelestragiqueBd' Athènes, nepeuvent être toutefois comptés parmi les modèles. Octavie, pièce très-faible, écrite peu de temps après eux, mérite une seule remarque. Les spectateurs avaient pu voir les héros de cette tri^die historique. Néron
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y parait avec ses victimes; et tous les vers portent ce caractère d'iadigoation qu'une tyrannie récente inspire & des. esclaves délivrés. Nous n'avons aucune comédie peignant les mœurs des Romains : ils en avaient pourtant un grand nombre : attellans ,
TABESHASIfi, PKETEZT£ , TQGkTM. Celles qui UOUS SOnt
parvenues étaient nommées p&luats. . Elles ne représentent que des Grecs, et ne sont que des imitations du grec. Il ne faut pas chercher la philosophie dans Plante dont les vers mal tournés et les grossiers jeux de mots ne sont point du goût d'Horace ; mais Térence, écrivain d'une élégance exquise, ofiîre souvent dans ses vieillards cette morale épurée de Ménandre qu'il avait choisi pour modèle. Leâ critiques latins pensent' comme ies critiques grecs. Quîntilien donne ta palme cohiique à Ménandre, ce philosophe de la comédie. Four, la tragédie, il hésite entre Euripide et Sophocle ; il semble même pencher en faveur du premier qu'il dit presque égal aux philosophes, dans leur propre science. Un critique d'un ordre bien plus élevé, Horace, dans son Art poétique , développant en beaux vers le caraotère du choeur tragique, lui fait tracer im véritable cours de morale^ Ce poète de la raison n'enseîgnet-il pas d'ailleurs à tous les poètes, que, pour atteindre au but de l'art, ils doivent réunir l'agréaHe et l'utile, éclairer le lecteur en l'amusant? Ne leur recommande-t-il pas expressément d'étudier la phi-
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loso{>)ùe de Socrate; après avoir prottoncé cegrand axiome t le bien penser est la so^UTce du bien écrire ? On sait dans quelle honteuse ignorance l'Ëaropa fut plongée' durant treize sîècleâ, depuis l'époque où le christianisme devint La religion dominante de l'empire romain, jusqu'à l'invention de Timprimerie. La Uiéologie était, forte; les sCieoces faibles; la philosophie et la littérature à peu près nulles. - L'Italie seuleavait produit un Dante, un Pétrarque, un Bocace; elle n'avait pas une scène régulière* LODg-temps après eux, le cardinal Bibiena, anteni: de la première comédie moderne ,' oublia d'y mettra du talent ; ' mais au commencement du seizième siècle , un des plus beaux génies que les derniers ' âges puissent opposer k l'antiquité, Machiavel, qui n'oubliait rien, fit représenter devant le pape LéonX sa piquante comédie de la, Mandragore. Le pontife éclairé, tout en excommuniant Martin Luther sî déchaîné contre les moines, ne fut point choqué d« voir, dans le personnage de frère Timothée, na moine odieux et ridicule. L'archevêque Trissino^ v«r9 le même temps, donna Sophimîsbe, la première'tragé4ie moderne : la tragédie de l'archevèqua ne Valait guère mieux que la comédie du cardinal; mais, conun* lui du moins, il ouvrait la i*onte; il l'ouvrait par une tragédie*. historique;. et, dès la fin du même âècle , Lopès de Véga , ches les Espagnols, allait plus loin que Trissino. Xm
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^F^HKft 4ç t^èç f- beauc«up \r,op ccHnpl^ués ,' s^a^'doi^e, oJ&ent ftouvent une ntorale Qobl« et Ijifiif . Il piùsa plpsieurs sujets dans l'histm^e d'Ëspa^ae ; 9t cet exemple fut suivi par CaldénMi p\ GauIIw 4e Castro, ses succe^eurs. Qïiand aotro tkéàtrç'ftïît encore en pleine barbarie.^ l'Anglet^t'e M gloriSatt déjà â'un grand poète dramatique, SMuMpmre, cot(teiapor4Ûi dç Lopès, et génie liieq ^m remarqitable. La plupart de eef pièces sont Uxéw des bistoiras moidernes, défigurées^ il estvrai, ^r wie fimle de traditions fabuleuse». L'impérieusQ ^wbeUieiiteaditparlersujrlascènelesPlantagenet:, laiTudQrylesrois^lesreines^lesmiQistrçSjles pré* bits d'An^etenre, et jusqu'à sou père Henri VIH. Elis^Wtb et Jacques I^'. qui lui succéda, bien loia âfanrét«r le poète dan» sa camère^ assistaient fréqucmveDt à h refHrésentatiGHa de ses pièces. Oa ae les aceuseca pucânt d'avoir trop fayoriaé la liberté. (kpeodaDt, si les ouvragas de Shlskespeare four* mill^ d'oliscéaîtés et d'extravagances, tribut sufshcHidapt qu'il payait à son peu de culture, à l'igaor twaçe dç SQa siècl^ , au goût 4» public et de la cour, «af Enêutts ouvrages étonueiiipar des traits sublioiAS ^ par ose morale admindbile. Inilépendant comnot ]a. ni4une qiù l'inspice seule, . Sbalespeare peiat à çBivls traits l'ambition délirante , et les fureurs du xle^c^ispie. Pins d'un-siècle après sa mort, les bisriBiiens de sa patrie , sans eu excepter le pfailosopbe
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D«Tid Home »- sont knn d'avoir égalé la sévère ia>partialité du poète, et k :liaine géaéreifee que lui inapirak la tyranoie.
Pierre Corneille , immortel fondatear de lascèoe fraaçaiiej puisa dans rhistoive presque tous ses suj^ tragiques, quelques-uns' même dans l'histoire XEiodoTuet II introduisit soir la scène deut martyr du diristiaùsme, et auprès d'eux nn païen pepséctittnr qai.se conrertit^ et nn seepUque tolérant qui aê se cÔDVsrtit pas. Il est sentencieux jusque dans leiCid «ù l'amoar dunine avec tant d'«clat. Il l'estsuito^t quand il r^*eietfe-l« majesté des peftples'Ubpes, DU quanid il ^krânbles tynuîs avec ime horrSdé vérité qull ne daigbepas même adowdr. Ce quti refreSdit ploûeiun dé ^s^ abvra!geâ.,'cè'saatdêE amourS'dé'jJaoées, elf niMK>ccB t^legani politiques^ il exoelte; et qui im ont Mtnxé te aonajde-Gffand^ Si iWslntérasse fbrt 'pdaaax tendresse^^d'ËudOxe, dé Rop ijogaaft^-de Jules-César, d^Auste, de Perpenna, da Ifaxinaey 4'Doi >dc ploA Vrai que tes sombres terMors ie Pli£kcas;~qiie Vamfaitioa 'forçedée de Cléopitre} ÇK la basMMe.'de 'Ptoiomse et de son c<»Màl j que F^lMniinie:'deïlr«sla8lQixo&de phis admiraJïleque Iflà heU^-SOeoès d'Horace, de GaaiHy d'Héraditis; fpe F^ntrevne de Sertoriiu et de Pompée; que ce Weaatààej dÉgnéélèTed'Aimibal j luttàdt, seul f près ha, omitre le despotisme des conqnérans di; monde; ifoe Fomp^ mort, et tpiqours ppéseut, toujours lé
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premier personnage de la tragédie ; que sa veave Cornélie tenant en main cette urne funèbre où la liberté romaine n'est plus qu'un peu de cendre!
Nous avons de Racine onze tragédies, dont sept historiques, puisque Bérénice même est de ce nom- J>re, et qa'oh ne vent pas sans' doute ranger Estber et Athalie parmi les sujets fabuleux. Bajazet senl est tiré de l'histoire moderne. Crrât-on. qoe le rôle entièrement politique d'Acomat , soit la moins belle partie de cette pièce? Croit-on que la tragédie de Mithridaté soit refroidie par l'eiitretidn' de oe monarque et ck ses enfans, et par le 'beau- récit d'Arbâte? Aimerait-on mieux les scènes' oii le rc de Pont fftSôt son grand caractère par une tendresse glaciale etjdes ruses de comédie? Quant à Biôtannicus , si l'ott trouve au tbéâtre une peinture éœi^que de la tyrannie qui achète les crimes, et de la servitude qui les vend , n'est-ce pas dans cet austère chef* d'œuvre où vît tout entier le génie de Tadte? Si y dans Iphigéme, l'art merveilleui; du !paète inventa Vépisode d'Eriphile , pour îEunener un dénouement convenais à la scène française , toutefois ce qui* est digne de l'admiration de tons les siècles,, n'est -ce donc pas cette foule Ide beauléâ sévères, ces richesses d'Homère et d'Euripide, étalées et augmentées par le talent pompeiùc de Radne? C'est dan» Phèdre que l'amour est à sa place, non llamonr d'.^cie et da farouche Hippolyte, mais l'amour de
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Phèdre, le |iersoQnage le plus passionné que noos ait laissé la scène antique. N'est-elle pas, d'ailleurs, essentîellenieDt morale, cette pièce, où les faiblesses de l'etmour sont données pour de vraies faiblesses, où les passions ne sont présentées que pour montrer tout le désordre dont elles sont cause^ où le vice est peint partout avec- des couleurs qui en font connaître et haïr -la difformité? Et qn'on y prenne garde, c'est Racine lui-même qui s'exiuiine aÎBsi dans sa Préface, et yoici tes mots qu'il ajoute : « C'est ce que tout homme qui travaille pour le u public doit se proposer, et c'est ce que les pren miers poètes tragiques avaient en vue sur tonte u chose. Leur thé&tre était une école où la vertu » n'était pas moins bien enseignée que dans les M écoles des philosophes. » Telle est la théorie de Racine. Je ne veux attaquer ni justifier le choix du sujet d'Athalie; mais près de l'enfant roi ,- près du pontife prophète, ne voit-on pas une reine exécrable , va prêtre infâme, altéras du sang înnoceat ? Une ék>quente morale embellit chaque scène. Xe style, toujours ferme et sublime, est en même temps plus sentencieux que dans aucune tragédie £rattçaise. L'ouvrage est simple, s^ère, religieux, politique, ainsi qu'une tragédie grecque. Long-* temps avant ce chefni'oeuvre. Racine, jeune encore^ et dans toute sa force, abandonna la carrière, avaat d« toudier U borne où lui seul pouvait at- *
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teindre. Mais à quoi fant-il l'attribuer? Aux diakies <{n'il tralnùt dans sa route ,. aux spectateurs égar^ qui négligeaient BritabDicus , i ta cour qui confmandait Bérëtûce, à d'iaeptes critiques » à d'indi^ gnes rÏTaux , à des claies odieuses , aux intrigues de quelques puiâsaos qui forçaient le génie de dioisir «itre lltonneiv dangereux de leurs persécutions ) et l'opprobre de leur protçction.
Dès les commencemens de ce grand poète , un talent aussi rare et plus audacieux , qm arak dirigé set premiers travaux pour le théib^ , et dont il aurait dû. rester l'ârai y introduisait sur la scène comique une philosophie supérieure. Elie éclate partout chez Molière ; àsai les sujets , dans les compositions y dans les maximes d'un grand sens , dans ta» £oule de Vers nés proTerbes , et plus encore datts l'étODilante faardiesK Aei tableaux qu'il représente. Sous une mcmarchie ^ il ne & point » comnw la plupart des poètes comiques , iln traité secret aSrée la Tenité des gens dit beau monde. II ne4atta po^t kuTB portraits ; il ne ieur inunola point les cJaaseft infériemres : il attai)ka le vice où il régnait , et puisa le ridicule an plus haut de sa source. Dans te BourgecAs gentilhomme , les vices de cour vivent aux dépens des ridicules en roture : dans. Gev>i|;es - Duidin ^ les ridicules sont partagé»; la dasae privilégiée girde le ^nvil^e du vice. Molière porutwàt le charikiataunte chez ks mé-
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)}^<Àlis dkiH>i, chez les beaux esprits accrédites^ chez léS ïemmes Rcmndérées et puissAntes , à VhéttH. BjimbOtlillet, à l'Académie française. Tbuslesgenise de faitsseté «ont mis en jku dsas le Mi8amhro|«e> et tons les petionnages sont de la cdar. lVest41 pA àHSsi du grand Aoilde^ ce dëbaùcb^ D. Juab, i^ui, après avoir porté la désolation dans vingt fantâloB^ se propose de contrefaire 1« dévot^ et trace le portrait vigoureH* et trop fidèle de l'athée hypocrite? Dans Tartuffe, l'ittibécille tt-gon n'est -il pM Uh homme de là haute robe? Quant au persaifna^ principal , noti-setilement il indique en ma^e le cbips nombreux des bigots , mais il désigne directement ce qu'on appelait dors les nouveaux casuistes. Les jËsoit^s n'y furent pas trompés. Uti db leurs coryphées; 1« célèbre P. Bourdakniej fk, et prononça conUre Tartuffe un sermon qui n'est d'ailleurs ni aussi moral , ni même aussi drtertissaht ^e cette admirable comédie. Molière s'élèVe expressément, dans sa pré&ce, contre certaines géife (Jiii vonlaietit intierdire au the'âtre les matières de U. Mlî^^on. Il Itnr répobd Avise une Une raison vict9riénsê : « SI l'emploi de là comédie est de coirtîger M les vices des hommes j je ne vois pas ptir quelle rt rai^n il y eii aura de privilégia. » Que l'oii pè^ teé mots remarquables , -et que les littérateurs nob lettrés cessent d'opposer leur autorité burlësqUe à celle â'mi {)rof6iïd et puissant génie , enleva ttiàp
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tdt à la gloire nationale, distingué au premier rang' des philosophes , seul an premier rang des poètes comiques , supérieur à ses modèles conupe à ses successeors j dans tous les genres de comédie qu'ils ont traités; et, dans la comédie philosophique , ,resté sans successeurs , comme il avait été sans modèle.
N'oublions pfs , mon ami , d'unir à tant de grands hommes le premier de nos critiques, ce Despréaux dont TOUS avez fait un si judicieux éloge ; l'ami , le ^ide y l'oracle des illustres écrivains de son siècle ; ce Despréaux que .Voltaire a nommé Lsea haItbe EN l'àst d'écrihe y et dont l'épais Marmontet eut le malheur de ne pas apprécier le mérite. L'élève des anicens, l'Horace â-ançais, voulait aussi, que le théâtre fût une école de vertu et de philosophie. Sans rappeler même les leçons de son Art poétique , il suffit pour s'en convaincre de lire cette belle éplr tre où il réconcilie l'omhre de Molière avec Racine vivant. C'est là surtout qu'il peint et ju^e-en maître l'audace éclairée du poète comique, honoré par lui du nom de contemplateur. C'est Ut .qu'il loue spécial^uent dans le poète tragique la simple et touchante Iphigéuie , et les nobles traits, de Burrhns , etladouleur vertueuse de, Vhèàxe; il ne s'agit ni d'épisodes, ni de fades en]t.retiens qui répugnaient . à spn goût sévère. Ou sait qu'il blâmait Racine d'a- \Oir consenti à traiter le sujet de Bérénice. On sait
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encore qu'il opposa son approbation, courageuse et consolait au froid accueil «{ue txçurent d*abord Britannicus etlie Misanthrope. Despréaus avait vu la comédie terrassée avec Molière ; il vit la tragédie dégradée après la mort4le Racine; les aventures, les mœurs , le style des romans souiller la sévérité des sujets antiques , et la majesté de l'histoire; pér nénétrer dans le camp du farouche Ârminius , dans la {HÎson même de Pbocion ; introduire uœ partie carrée dans Electre , et une intrigue d'amour jusque dans l'borrible sujet d'Alrée. Ce qui y depuis , rendit Despréaux injuste pour les beautés réelles de Rhadamiste , ce ne fut pas seulement un style dur, souvent faible, et presque toujours incorrect. Ce fut encore une princesse inconnue j un prince travesti, les galanteries d'Arsarae, et La Calpreïiède mêlé à Tacite , ainsi qu'il était mêlç à Sophocle , dans l'Électrç du même auteur. Qu'aurait dit l'ami de Racine, s'il eût vécu assez long-temps pour retrouver ces iadeurs et ces travertissemens ridicides au milieu d'une conjuration pour l'empire du monde ? S'il eût vu le sénat, non celui de Tibère, mais celui de Ronie,libre encore, avili devantaCatUiaa; un Caton sans courage ; un Cicéron sans éloquence ; et le sauveur de la patrie -prostituant sa fille aux teor dresses d'uo chef de brigands ? Qu'aiurait dit l'ami de Molière , s'il eût vu , grâces à La Chaussée , la comédie prude et laimoyantp , sans miroir, sans
ii ÈPITRE DÉmCATOiRE
tagèqné M ftans brodequin , en paix avec l«t vicËs et les ridicules ? S'U et»t vu Marivaux mettre à la.iâad« tes fnadf4gaiix en diato^e , et le jargon des |(récîeuSeS [ ncHl parce qn'îl avait trop d'esprit , miôft parce qu'il n'avait point assez d'écrit pour étl-e naturel ; bien môitts eacùte assen de génie pour peutart énergiqaetneot les tratetB de llnUiunité ?
Le Sage, par la ftnte comédie de Tnrcaret; De»touches f Piroti , Grestet, par quelques heareux oW- Trages, teWèreAt on peu, dans l6 dix-huîtiètnfe siècle ; la scèbe comique en d^adence. Voltaùft remplit la sc^e tl^que. Je lé considère uoiqiiemènt dans ses tragédies; sa gloire vaste et direrse dépttjse le's bornes de aion sujet. Élève de Raciitt et des Grecs , Voltai» nous rendit l'austérité du Ifaéàtre stutique , {â^squ'entière dans les tfois ^rni6t« eete< d'Œdip^, entière dans le beau râle d'É- }ecu«, fet dans le chef-d'œuvre de Mérope. Brutus et la mott de Céiar sei!t>blent des pièces de Corit«ifie, corrigeas par Racine. Voltaire attaqua de fi'wit les ^-éjugés , quelquefois la tyrannie politique i toujours h ^raunie sacrée. Il tenta l'bistoire modetoe» «traita bistoriquement jusqn'fttix sniefe d'iiVftititiâi) , osa tout ce qu'il pouvait pour agruidir la earriète , ft^a des routes nouvelles , en ttutf- ^pift les écueils , indiqua des sentiere encore impratioftbles, prévit et prépara l'époque où ils seraient flMyés il leur tout : du reste , en ses compositioQs ,
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HUMDs origina} que Corneille , ntouis sage que R»* eine , plus lai^e et plus varié que l'un et Fautre ; )è le premier pour là forcé , après fauteur é'H&t&cé f le preimer pour l'eli^;ance , après l'aijteuï de Phè*^ tire ; lefar égal pour émouyoûr tes passions ; lë prtM aner de t»as pour appliquer la philosophie à l'art tragique. Il ihérita, comme Eurîpideet MoËère^ tè nom de phîl^osopbe du théâtre. Il eut| comme Ëuri-^ ^de , des poètes potir détracteurs , et comme Mdfière des jésuites ; mais point d'Aristophane ni dtt Bourdatoue. Ainsi que l'auteur de Tartuffe > l'Auteur de Mahomet liit, des grands ÉériTaim de âôh siècle , celui qui s'attira le pins d'Ennemis. Tous deux obtinrent les mêmes, ceux de k raison hnmsùne. De nos joms encore, ks dignes héritiers de EVëroB déclament sans pudeur contre ies phis belles tragédies du grand homUae; mais de pareils ouvrages useront facilement plusieurs générations de pareila critiqués.
Je Croîk superflu de faire oliServer que Voltaire liMéràteor est d'àccârd aWîc Vohbire poète ; et certes > ce n'était pas un Httératenr vulgaire. Mais de tetaB leâ f^ <pte je viens d'exposer , ne m'accordCtt-voùé pas , moQ anri , le droit de conclure hardiment, b'en déplaise aux ai)ti-philosOpbes et à leur poétique nouvrffe , que tout ce-qùi intéresse la p*litiqtaê , la religioA , qiie tous les personnages de lltisMire, tous les états delà socie'té, appartiennent
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<4 ÉPITRE DÉ0ICATOIRE
' de droit an théâtre ; qu'il n'y faat disserter ni sur la liberté, ni sur l'amour; mais qu'il n'eu faut exclure aucune des passions humaines j que la tyrannie et la supersUtion peuvent bien y occuper un pan d'espace, puisqu'elles eu ont occupe beaucoup trop dans l'bistoire des hommes; que les sentences riches de sens et bien placées sont des omemem doQt la poésie dramatique doit se parer, mais non se couvrir; qu'il faut maintenir avec honneur la philosophie sur les deux scènes , et que tout l'art se renferme en deux mots : Instruire et plaiie. Les vrais poètes suivr<Hit les sentiers dilGciles qui mènent au but , nou des sentiers faciles qui en écartent. Ils porteront le jou^^ de l'art tout entier, non de ridicules entraves, qui ne gêneraient que le talent. D'autres écnvaîns , plus dociles, accepteront cette servitude ; mais l'art tombera : les esclaves n'ont pas de génie. ^
J'étais bien jeune encore , mais déjà, convaincu de ces principes , lorsque je composai 1» tragédie de Charles IX. Elle indisposa des partis nombreax qu'irritèrent de nouvelles twtaliv£S également accueillies par l'indulgence publique. Des succès me tinrent lien des talens 4}ue mes ennemis me contai taient, non sans quelque raison , mais peut - être a«sfii avec une exagération passionnée. Dès-lors, et depuis douze années , j'ai vu se former contre moi des recueils d'injures, des biUiotbèques de calom-
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AU CITOYEN DACNOlî. 4*
Ùes.'Qu'ett-il arrivé? Les imposteurs (Ail ' voulu me ■ nake : ils m'ont servi.' Les faoïmïKS htmoéteâ, di-> mes sui' des 0{snioos, mais rallies sur la morale j oot été réroltés d'ua adiaraement sans pudeiH comme sans-justice. Tout-à-llteuFe encore, on n'a vu qu'avec indignation des ' journalistes décriés ,après avoir iodécamueat outragé- le grand acteur ^i a e>ii,^iea orée' le râle de Fénélon , me repro» cher les seotimens d'btunajitté que je fais {Mx^êsser k l'auteur du Télémaque , le jttttifiâr du crime de tolérance, et m'oppttser jusqu'à l'époque où m* tragédie fut représentée. Coimnest* ces tartùfiW mala^roîts n'ont-ils pas senti qu'il m'était double^ ment honos^e d'avoir publié Cbailes IX sous la royai4éy<et Fénéloit sons la tyrannie démagogique?. Cotifmeiit' n'ont-ils piis vu que les priBeipes'd'untt bction crudle étaient combattus dans Féuélon , eK k faction ell^-mème attaquée ouvertement daAle èocmiffrfvélimiaairs? Ne savait-^iU pas qa'ï cette occasÎMi je fus -âénoBCé dans ses clobS'et; dâds M» jenmaux: ? Ne sav<nt>ils' pas que lorsqu'elle' fut f^ ti^iwmsDt clomiuanfe , «Ae bannit du tlm^itre 'F«ié> kiii et Galas comme fanatiques, HenrirV^lI «t Charles IX- oomuoe royaliste» , daïns'Grraccbufi comme saqtect d'aristocratie? «N'ont-* ils 'jamais- om dire qu'en plein spectade ,. un hocomeiqoeije^neveax pas-Bonuoer, puisqu'il est aujourd'hui sans pouvoir, ^tendant Gracchus s'écrier : I>es lois et non du
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46 ÉPItRE DÉDICATOIIIE
d'itre- uu ewneflù 4? 1* liWté? igDorw&41s-(pw,f«
Çb9^ du départ , que 1» fier» âàeceos, de Mébul «nt 90n4n cher à qo» guerfic» victoHeux? Ig«nmit- 0^ 6q&t,q9«,MIU |>alt»gBr la gloire d« yatréSKplir ^té,ixy».fesp0ctal>le anù, je n'éitûs pw 4tr«a@M
qaigj» )4V«a| la c)ai\fi. d» tyran populaire , de» boo»-^ «t«s qw vivent «Hwre soUicilaieDt deva«t moi y 4wfi i»n comité :re4Qutal)l«, twdjïcret d'^ceu^tion «çfnb«Hiqi? Ii« vk»nço ^ tfHirtié; les persëcob^mi tmf: g)ivfv«0u k\eiir puissance ■ Coimvient me ^uis^e Y$n^ d'eux ? D« quelques-uns par des aerTioes> du $btf g<^fBtd. n<ïiobre par le mépnlt d'aucun |«fjJa 9M»^Ci)tfii4»< Voilà xe qu£ le» écrÎTaios de .paaAî p9unralent ia&^amtsivmt; voilÀ même ee quHlà poiSnâent dit», si la vénité leur paraissait ipréfÂ- «èilo k l'iiapostliEi»; faaispeutnêtrsrritôffatiimjast laur«tiv«i:ei!biyéi<ké'le«niwBi»â- . i ■'[ o' :>: ■ > : Qu» f«it«' tottlefoie^ au mUiev dei^tain d'cuamnii, littâr^reSfpn^tiqueâ, râligiaix?;CQiitinile> Hiraotu »fefJ*9iurdS4»J mépriser 1^ catooiak» ^ éâxbtaji hài.
dialeuM» , Cumeiit^Ues g^ée par les mpaoea^a^Êm. wheT'los .fiM^'cnanaiaseiDf , lisaiMetBr le ^mbUe ^ (jnkinw À la .fois l'art de pânsM- et l'uA d-éaarevi Anime de cet esprit , f'ai orù devoir ooniger, «uv
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tout pour le srjrie, les trag^édibs dé"ina jetAiesse; long^mps après leur succès. Ce que j'ai déjà tenté pour les deux iv^ières , yp lewaie maintenant pour Fénélon. Sans doute il n'y restera que trop de fautes ; nul n'en est pli£S. persuade que moi ; mais du moins l'intérêt qu'inspire cette pièce est le résultat d'une morale pure , conforme aux sentimens du philosophe illustre que' je fais agif et parler^ commune aux dîfféreutes sectes^ étrangère aux dogmes religieux, humaine, et faite pour des hommes^ Voilà ce qui a soutenu l'ouyrage, en Fraiice- et et chez ^étranger. Voilà ce qui peut le rendre digne de -vous être aujourd'hui dédié; à vous , mo^ ami, qui, dans la Convention nationale ^ div^it pluûeurs législiLtures, au sein du tribunat, q'ave* cessé de défeadre avec éloquence les principesd'imtt sage liberté; à vous, sans trésors conime san^ in^ trigues ; pur de tyrannie et de servitude ; à VOus , qiù honorez vos aniis , comme vous avez honoré les fonctions publiques. L'exemple que je ra'empresBff, de âicmaçr b-ouver» plus d't^ imitateur. Les geos 44-IeHv<«, .c«ux qui méritent ce nom , seotiV vont de ]»his an phis que l'indépendance conviem seule à l'augnSte profession qu'ils exercent. ïb ré^ senrerODt désormais pour Vamitié modeste , éclairée, vertueuse, des hommages prostitués longtopps à l'oi^ueit sans fierté , à U richesse sans luis, et au pouvoir sans vertu.
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PERSONNAGES
FÉNÉLON , «rchevéque de Cambrai.
D'ELMAftCE , commandant de Cambrai.
HÉLOISE
AMÉLIE