‹ Théâtre de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 193 sur 258 · ACTE m, SCÈNE III. 3î · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE III. 3î

Infaillibles garûu de vos larmea secrètes; Ce cœur qui m'apporuit, qui me devait sa foi , Et qui, jose le croire, était formé pour moi.

ELISABETH

Je vois avec douleur que voire ame enivrée Se nourrit du poison dont elle est déchirée.

Vous aimez vos tourmens, et vous les prolongez : Si vous vouliez, Carlos, ils seraient soulagés. A vos brillans destins la carrière est ouverte : Tout un peuple est victime; on conspire sa perte ; Il n'espère qu'en vous ; vous lui tendez les bras : lioin de moi le désir de ralentir vos pas!

Mais restez vertueux ; soyez toujours vous-même ; Un père vous estime; ah! faîtes qu'il vous aime. Demandez-lui, pour prix de vos premiers exploits, L'honneur de ramener les Belges sous ses lois. Partez, courez remplir des voeiix qui vous implorent; Partez... en me laissant des regrets qui m'honorent; Et, gOÛUnt loin de moi des plaisirs généreux. Vengez-vous du malheur en faisant des heureux.

cAblos.

Quand je pourrais du duc assurer la disgrâce. Est-ce à moi de descendre à demander sa place? Ferai-je respecter un injuste pouvoir?

ELISABETH

On ne descend jamais en faisant son devoir.

L'empire dans vos mains sent clément et juste : D'Albe le rendit vil; vous le rendrez ai^uste. Puisqu'enfin vous pensez qu'un sort impérieux

hyGoo^le

3a4 PHILIPPE H.

Vous défend ma préaence et l'aspect de cet lienx,

Exilex-vons , Carlos , comme un héros s'exile :

Un irône avec le crime est à pône un asile.

Entre Philippe et moi le ciel voulut former

Des noeuds que )e respecte et qne je dois aimer :

A l'hymen pour jamais mon ame est asservie.

Eh ! qui peut à son gré disgpser de sa vie ?

Qui choisit l'avenir ? quel honheur est certain ?

Sur un commun écaeil jetés par le desdn,

Deux cœurs infortunés , qu'a séparés l'orage ,

Se rapprochent encore au sein de leur naoira^.

Trompons votre malheur; pourquoi repoussez-voua

Ce nom sacré de £Is , et ces hens si doux ?

Que je sois fotre mère. Ofltez à mon image

Quelques pletu-s essuyés et la paix pour hommage*,

Désarmez la victoire; honorez votre main

Par des lauriers sans tache et purs de sang humain.

Quand Philippe , orgueilleux d'un SU ai magnanime y

Confirmera Ini-méme un él<^ unanime,

Quand j'entendrai l'Espagm: et l'Europe applaudi,

Fîère de mon héros , je dirai , sans rougir,

À Philippe, à l'Espagne, k l'Europe charmée :

Il eût été moins grand s'il m'arùt moins aimée.

CARLOS

Cet espoir me suffit : entraîné, convaincu,

Je cède à voire voix, et vous m'avez vaincu.

Quel langage imposant ! quel ascendant suprême !

Ah ! lorsque vous parlez j'entends la vertu mèime ;

Au-dessus des héros je me sens élevé.

Et vinlà donc le coeur qui m'était réservé!

hyGoo^le

, ACTE in, SCÈNE III. Sa;

Tandis que sur les bords de l'heureuGe Angleterre , Une autre ÉlisiLbeth , eu éclairuit U terr&, Du fimatisme impur dédaigne les clameurs , Élisabetli, la mienne, eût régné par les mœurs : Le bonhetu* de l'Espagne eût été son ouvrage ; Elle eût guidé mes pas, enflammé mon courage; Agrandi mes destins, et versé sur mes jours Ce charme qu'elle inspire et qui la suit toujours. Tout ce rêve enchanteur n'était qu'une imposture. Un seul mot pour Carlos a changé la nature.

Je crois entendre encor, pleurant, ssnsi d'eflroi, Ce mot, ce oui fatal , prononcé devant moi.

Philippe, par son rang, dispensé de vous plaire, Crut qu'il était aussi dispensé d'être père : Lorsque je suppliais, il voulut ordonner...

Vous l'exigez , madame , il faut lui pardonner.

iLISABBTH.

Ah ! j'exige de tous un plus grand sacrifice :

Votre honneur et le mien veulent qu'il s'accomplisse.

CABLOS.

Vous me prescrivez donc de chérir votre époux?

ELISABETH

Et vous me promettez.,.

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