‹ Théâtre de M. J. ChénierChapitre 227 sur 251 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les MfeHEs, GRACCHUS, FULVIUS, peuple.

CRACCBUJ.

Consul , autour de toi pourquoi donc cette iirmée ?

OPIHIUS.

La liberté , Caïiis , n'en peut être alarmée : Le salut de l'état en mes mains est remis.

Hier au sein de Rome un meurtre s^est commis ; Tu le sais.

CK ACCU us.

Des Romains j'ai Uâmé la vengeance Autant que du licteur j'aiblàraé l'insolence.

FDLVrtS.

Avant d'oser parler du meurtre de Quintus n faut venger la mort de l'aîné des Gracchus. Romains , aux sénateurs on a vendu sa tète ; Du dernier Scipion elle fut la conquête.

GR&ccaus.

Depuis ce jour fatal cette image en tous lieux De son aspect sanglant vient effrayer mes yeox. Où fuir? où l'éviter dans les remparts de Rome? Iraî-je au Capitole où périt ce grand homme ? Iraî-^e en mes foyers , qu'il avait habiles , Le nommer , le chercher , trouver de tons c6t6t

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Ses pas , 8on sonvenir , son absence étemelle ,

Et partager en vain la douleur maternelle ?

Ah ! pour le bien public étouffons nos regrets.

Romains ,' tout doit céder aux conununs intérèls j

C'est par votre bonbeur qu'il iàut venger mou ùrirr. :

Retirons de l'oubli ce projet salutaire

Qui devait de nos murs cbasser la pauvreté ,

Et qne dans la tribune il avait présenté ;

Entre les citoyens resserrons ,1a distance ,

Écartons les besoins , a'rrétons l'opulence.

Nous voyons les trésors acheter les honneurs ,

Et déjà nous perdons nos vertus et nos mœurs.

Si bientôt , dès ce jour , une main prompte et sûre

Ne guérit de l'état la profonde blessure ,

Je vois dans l'avenir des maux plus dangereux :

Nos grands seront des rois, ils s'uniront ^ntre eux;

Et l'aristocratie, ou le joug monarchique,

Écraseront enfin la puissance publique.

S'il fallait partager les biens de vos aïeux ,

El le champ paternel habité par vos dieus ,

Ma loi commanderait le vol et les rapines ;

L'état n'oÛHrait plus que de vastes ruines :

Mais aux patriciens quel pouvoir a transmis

Les champs des nations , les biens des rois soumis?

Ceux qui dans les combats ont exposé leur tète

Ont tous un droit égal aux fruits de la conquête :

Fixer donc l'étendue et la somme des biens

Dont pourront désormais jouir les citoyens ;

De vos champs usurpés commencez le partage ,

IKvisez entre voiis le public héritage :

C'est par de telles lois, c'est par l'égalité :

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