Le cuarto représente un pea moins de cinq centimes
leo ' THÉÂTRE DE MICHEL CERVANTES.
DON HABTiN. Vous Yoilà dans l'abondance aujourd'hui. BUYTRAGo. Par saint Nuflet il y a à peine de quoi mâcher pour une dent.
DON MABTiN. Vous dînorez avec moi.
BUTTRAGo. Alors je pourrai déjeuner de mon achat.
DON MARTIN. Et la ratiou?
BUTTRAGO. La ratlon satisfera un côté de Testomac... Elle n'occupe qu'une petite case de l'échiquier.
FERNANDO. Grand mangeur 1
GuzMAN. Si grand que le comte lui a donné ce privilège pour qu'il puisse s'en nourrir.
BUTTRAGO. A quoî bou? Tout le monde sait qu'il n'y a pas une âme à qui je puisse faire dire seulement une prière. Si on me donne un demi ctmrto c'est un miracle, et ainsi j'en suis réduit à demander pour mon corps et non pour les âmes.
DON MARTIN. C'ost d'uuc grande prudence.
BUTTRAGO. houto de ma race ! Tout le monde ne sait-il pas que si je mange pour six j'ai l'habitude de me battre pour sept? Corps du Seigneur! donnez-moi de quoi manger et mettez en face de moi des milliers de Maures, vous verrez quel est Buytrago et s'il ne mérite pas de manger pour dix, puisqu'il combat pour vingt.
LE GÉNÉRAL* Buytrago a raison; mais comme le siège de la place est prochain, il pourra montrer son courage. Je lui ferai donner sept rations et le privilège cessera.
BUTTRAGO. Qu'll cosso, je uo parlerai plus, j'agirai, le ne puis demander puisqu'on ne donne pas, je ne puis retirer les âmes du purgatoire sans que quelqu'un rende l'âme, envoyant dans l'enfer, qui l'attend, toute cette canaille mauresque.
Un dooar arabe.
(Arlaxa «t assise, et devant elle se tient debont Oropesa, son eselave.)
ABLAXA. Ali-Mozel tarde beaucoup. Chrétien, je ne sais qa'en penser.
oaoPESA. Tu as été pour lui une autre Médée, célèbre par sa craauté. Tu Tas chargé d'une entreprise qui ferait croire que sa vie te semble odieuse.
ABLAXA. J'ai contribué à son départ, mais c'est toi qui en as été laseulecause. Les louanges extrêmes que tu donnais à ce Fernando, en me contant ses exploits, m'ont été jusqu'au fond du cœur. De là, est né en moi un désir, non pas honteux, mais vain et curieux de voir un homme plus célèbre que les autres. Ce n'est pas par ingratitude ni par cruauté qne j'ai chargé Ali-Muzel de cette entreprise douteuse. Son retard me prouve que mon espoir m'a trompé et que le prix mérité d'un coupable désir, c'est de ne pas le voir se réaliser. J'ai une âme généreuse et hardie qui aime le péril et qui jette le défi à la mort. J'aime un homme courageux dont le bras et le regard répandent la terreur.
OROPESA. Si Ali-Muzel revient et qu*il ramène don Fernando prisonnier, tu ne verras en lui rien de plus que ce que je t'ai dit. La valeur du Maure te sera mieux connue, puisque la renommée du vaincu passera à son vainqueur. Mais si par hasard le ciel donne la victoire à don Fernando, ton désespoir est certain, puisque sa renommée croîtra dans ton souvenir et que ton désir de la voir s'augmentera en ne le voyant pas.
ABLAXA. Ta as raison. C'est l'inquiétude qui me fait parler ainsi.
(Entrent AU- Sluel et Naeor.)
ALi-MuzEL. Un esclave qui t^aime vient se prosterner à tes pieds.
ARLAXA. Tant d'humilité ne sied pas à un cœur aussi vaillant. Relève-toi, ce n'est pas là ta place.
ALI-MUZEL. Je t'obéis.
ARLAXA. Es-tu vainqueur ou vaincu ?
ALI-MUZEL. Nacor te dira tout, puisqu'il a tout vu.
NAGOR. Le chrétien provoqué n'a pas répondu au déû ; il s'est pourtant disculpé.
ARLAXA. C'est là ce guerrier courageux si redouté et si vanté? Comment a-t-il pu se disculper d'une faute si honteuse ?
NAGOR. Son général l'a retenu. Il n'a commis aucune faute quoi qu'en dise Ali. Il serait venu un jour plus tard l'attendre en rase campagne ainsi que cela était convenu.
ALI-MUZEL. Nacor, tu es un démon 1 Je ne sais pourquoi je ne t'ai pas tué.
NAGOR. Tu as tort de me menacer et de me chercher querelle; tu sais que je suis chérif et que me toucher est un péché.
ARLAXA. Ainsi, mon vaillant seigneur, il ne s'est pas présenté et tu ne Tas pas attendu?
NAGOR. C'est la vérité.
ALI-MUZEL. lin chérif qui ment? Par Allah! c'est un grand méfait!
NAGOR. Revenir sans lui n'est-ce pas montrer toute la vérité!
. ALI-MUZEL. Pouvais-je m'enfermer avec lui dans la ville! Ne sais-tu pas ce qui s'est passé, mon ambassade, et qui m'a répondu pour lui?
NAGOR. Je sais que tu devais l'attendre, voilà tout ce que je sais*
ALi-xuzKL. N'est-ce pas toi qui m'a conseillé de revenir?
NAcoR. J'avais raison, tn avais tort^ parce que je n'ignorais pas à qui je parlais.
ALT-ifuzBL. Je vais te punir.
NAGOR. Je sais chérif. Ne me toadie pas. Mahomet me protège.
(Entrent deux Maures qni condoiiMnt un Eipagnol eaptif et uns amee.)
ALi-MuzBL. Quel est cet homme?
LB JiCAURB. Tes soldats l'ont pris hier près d'Oran.
LE PRISONNIER. Tu mons, misérable. Je me suis livré sans essayer de fuir et sans tirer mon épée. Si je* ne m'étais pas livré, toute ton armée n'aurait pas suffi pour me prendre.
ALi-MuzEL. Tu es bravo. Qui es-tu?
LB PRISONNIER. Uu soldat. Jc suis venu de mon plein gré me remettre entre vos mains, parce que je n'ai pas voulu pins longtemps être brave et mal payé.
ALI-MUZEL. Tu veux douc être esclave?
LE PRISONNIER. Oui. DoRue-moi un maître.
ARLAXA. Quelle extravagance!
LE PRISONNIER. Jc VIS d'cxtravagauce.
OROPBSA, à part. Cet hommc à coup sûr est don Fernando. Il n'est ni prisonnier ni mort, pourquoi est-il ici ? Taisonsnous^ je lui parlerai en secret, car sa présence me plonge dans un grand étonnement.
ALI-MUZEL. Arlaxa, je te donne cet esclave. Puisqu'il est sorti hier d'Oran, il dira si j'ai fait mon devoir et si je suis courageux ou lâche. Réponds I As-tu entendu le défi d'un Maure infortuné, mais plein de foi ?
LE PRISONNIER. Je ticus cc Maurc pour brave, bien élevé et de grand cœur. Son rival n'a pas paru par défense du général, mais depuis il est venu au rendez-vous, pensant y trouver le vaillant Ali-Muzel. Je suis sorti de la ville avec
lui; don Fernando pour te rencontrer, moi pour me rendre à ce dooar.
ALi-MuzEL. Voici la vérité qui imposera silence à Nacor.
OBOPESA, i part. Si jo pouvais laî parler t
ALMfuzEL. Arlaxa, je reviendrai te ramenant le chrétien prisonnier on mort.
LE PRISONNIER. Don Femando est robnste^ et tn auras à faire si tu veux le prendre. Je le connais comme moi-même» et je t'assure qu'il saura trouver l'occasion de répondre à ton défi.
ARLAXA. Est-il courageux?
LE PRISONNIER. Commc moi-même.
ARLAXA. Est-il amoureux ?
LE PRISONNIER. Il UC TcSt plUS.
ARLAXA. Est-il donc inconstant?
LE PRISONNIER. Lc désîr n'est pas éternel.
ARLAXA. Ëst-ii hardi ?
LE PRISONNIER. C'eSt UU liOU.
ARLAXA. Avec tant de qualités il devrait être l'un des nôtres.
ALI-MUZEL. Tais-toi, Arlaxa, puisque devant tes yeux tu vois le jouet de ton caprice.
ARLAXA. Reviens, Ali, avec ce chrétien, je te donne ma foi que je serai ta femme.
LE PRISONNIER. Ou promot quelquefois ce qu'on ne saurait tenir.
(Tous sortent, excepté le prisonnier, qui n'est antre qne don Fernando Saavedra. Il reste senl ayec Oropesa.)
oRopESA. Qui VOUS a conduit dans ce pays où votre honneur court de si grands risques ?
DON FERNANDO. Je to contorai brièvement mon histoire. Mon général n'ayant pas voulu me laisser combattre le
Maure, j'ai franchi la muraille. Quand je croyais trouver celui que je cherche encore, je donnai dans un parti ennemi. La nuit était close, et comme je vis mon espoir déçu, je m'accommodai à la circonstance. Je leur fis un mensonge et leur rendis mon épée. Ils m'apprirent qu'Ali-Muzel était leur chef et leur seigneur, et je vins sans me faire prier. Je t'ai toat appris ; ne me demande rien de plus. Tais mon nom, puisque cette belle Maure veut me voir.
OROPESA. Je la croîs épnse de ta renommée.
DON FEBNANDo. AH rovieut sur ses pas. Silence! -
OROPESA. Je ne sais ce qui l'amène.
(Entre AU-Hnxel.)
ALiMuzEL. Ecoute, Oroposa, et garde-moi le secret; je te récompenserai. Je te rendrai la liberté, et à toi aussi, si ta volonté est de retourner à Oran. Eu échange, je ne vous demande qu'une chose, c'est de me donner un moyen honnête de mesurer mon épée avec celle de don Fernando.
DON FERNANDO. Je mettrai ton ennemi en face de toi comme j*y suis maintenant, et cela sans avoir recours à la déloyauté, qui n'habita jamais avec moi.
ALi-MuzEL. Ce chrétien n'est pas mon ennemi, mais mon adversaire.
DON FERNANDO. Fie-toi à moi, je te mettrai en face de lui, et j'agis en cela comme un fidèle ami; la loi qui nous divise ne m'empêche pas de te donner une preuve d'amitié. Va en paix. Je choisirai le moment de té tenir ma promesse.
ALI-MUZEL. Que Mahomet descende sur toi et te comble de biens 1
(Il sort.)
DON FERNANDO. Oroposa, gardo-moi le secret, il y va de la vie.
Dans la Tille d'Oran.
(Le capitaine Gniman et TenteigDe Robledo entrent l'épée à la main.)
GuzMAN. Alférez Robledo^ cessez ce discours.
ROBLEDO. Impossible. Je l'ai dit sans crainte; je ne le rétracterai pas par crainte. Ou il s'est fait renégat, ou il a oial agi en abandonnant son poste dans un tel moment.
6UZHAN. On ne doit pas ainsi parler de personnages importants. Renier sa foi? jamais! et si vous l'affirmez, vous mentez.
(Ils se battent. Entrent le comte d'Alcandète, général d'Oran, et aonfrère^ don Martin de Cordone, ayec ane suite.)
LE GÉNÉRAL. Arrêtez-Yous, chevaliers t D*où est venue la querelle ?
GUZMAN. C'est une affaire de conscience plutôt que d'épée. Il a dit que don Fernando s'est fait renégat, el vive Dieu, il a menti comme quiconque le dira t
LE GÉNÉRAL. Il nous mauquo de respect. Qu'on l'enferme dans la tour I
GUZMAN. Cet affront ne me touche pas, puisque c'est la justice qui me fait prendre la défense d'un ami.
LE GÉNÉRAL. Arrêtez aussi l'enseigne, et qu'ils fassent trêve jusqu'à la fin du siège.
(On emmène Robledo.)
UN SOLDAT, au général. Seignour, la garde vient d^apercevoir un navire près de la côte, au couchant.
DON MARTIN. Quelic voile porte-t-il?
LE SOLDAT. Une voile latine.
LE GÉNÉRAL. Allous le recovolr à la plage.
DEUXIÈME JOURNÉE
Les personnages qni parlent dans oeita Jonmée sont
ABLAXA,
Don FERNANDO.
OROPESA.
NAGOtt.
YOZMEDIANO, vieillard.
Dotia HARGARITA, jeune hlle en habit d'homme.