‹ Théâtre de Michel CervantèsChapitre 13 sur 36 · TROIS AMES DU PURGATOIRE · texte numérisé non relu

TROIS AMES DU PURGATOIRE

GHRISTOVAL DE LUGO '

PREMIÈRE JOURNÉE

Une place de Séville.

(Lngo Christoval remettaDt m dague an foarrean entre, loiTi de Lobillo et de Ganeboso. Lngo porte le costnme d'étudiant avec nue demi-soutane et un bouclier pendu à la ceinture.)

LOBILLO. D'où est venue la querelle ?

LUGO. De rieu. NMnsistez pas si vous voulez que nous restions amis.

GANCHOso. Lugo a voulu nous monter sur les épaules, et n'étant encore qu'un écolier, faire le professeur avec nous.

LDGo. Messieurs,. doucement, je suis jeune, mais j'ai du coeur et du poignet, et, dans la vie de la hampe ^, je rendrais des points au plus huppé de cette école, qui donne des grades non à Tancienneté de service, mais aux actions d'éclat. Ne savez-vous pas qu'il y a dans la compagnie des frères de lumière et des frères de sang?

1. Le titre espagnol est Ei Rufinn dichoso [le Rufian heureux),

2. La hampa était une association de mauvais garnements vivant d'industries suspectes et parlant un argot particulier. C'était une espace de bohème.

LOBiLLO. Da sang, c'est ce que je demande I

GANCHOSO. Holà 1 seigneur Lobo, vous avez la langue trop longue; si c'est là ce que vous demandez^ allez le demander ailleurs ;.ici on n*en donne pas, sinon...

LOBILLO. Il suffît, seigneur Ganchoso; tenez-vous-le pour dit, je suis tout miel ou tout vinaigre.

GANCHOSO. Nous sommcs nés en Guinée, seigneur Lobo.

LOBILLO. Je rignore.

GANCHOSO. Apprenez-le avec cette leçon.

LUGO. Allons-nous-en, Lobillo.

GANCHOso. Vous êtcs dcux moutous fanfarons, deux poules mouillées, deux lapins.

LOBILLO. Moins de langue, plus de main, fils de coquine 1

(Entrent un alguazil et deux agents. — Ganchoso et Lobillo s'enfaient. — Lngo reste seul et rengaine sa dague.)

l'agent de police. Rendez-vous à la justice 1

LUGO. ArrAle, coquin! me connais-tu?

l'agent. Le seigneur Lugo!

DEuxiliME AGENT. Notrc maîtro sait-il ce qu'il nous ordonne? Ignore- t-il que le délinquant est le seigneur Ghristoval?

l'alguazil. Je le trouve toujours dans de pareilles danses. Pardieul c'est un peu fort; le diable y userait ses souliers.

LUGO. Qu'il en use cent paires. Il sait où il en rachètera.

l'alguazil. C'est la faute du seigneur Sandoval.

DEUXIÈME AGENT. Tcilo de Saudoval est le maître de ce garnenàent?

PREMIER AGENT. Et Saudoval gouvemc la ville; il n'y a pas de justice qui ose le toucher, par respect pour son maître.

LUGO. Monsieur Talgnazil, faites votre devoir et laissez là les préambules^

l'alguazil. Ne seriez-roas pas mieax n yolre collège que snrce champ de bataille, an Hyre à la main ({ne le bouclier peoda à la ceinture?

LUGO. Croyez-moi, monsieur Talgnazil, le pn^clie ne vous va pas ; laissez cet office à qui il appariieut. Allez-vous-en, et piquez des deux.

l'alguazil. Nous nous en irons sans rien piquer, et rendez-en grâce à votre maître. Foi de gentilhomme, j'ignore comment il arrangera cette affaire.

LUGo. En me laissant tranquille.

PREMIER AGENT. Jc le crois, parce que ce Christoval est un Barrabas.

DEUXIÈME AGENT. 11 n'y 3 pas dc daim qui régale à la course.

PREMIER AGENT. Il joue micux la blanche * que la noire, et, entre les deux, il vole comme un aigle.

l'alguazil. Amendez-vous et tâchez de ne plus me rencontrer, ce sera plus sain.

LU60. Le malade fera néanmoins à son goût.

l'alguazil. Venez, vous autres.

(L'algaaxil sort.)

PREMIER AGENT,! Logo. SeigneuT Christoval, agIssGz à votre guise^ je jure de ne pas vous connaure.

DEUXIEME AGENT. Jc mc recommaudo. Vous n'avez rien à craindre de moi^ je suis aveugle et muet. Ni mes yeux, ni ma langue ne compromettront en quoi que ce soit la colonne du monde hampesque.

LUGo, ii'ageni. OÙ vas-tu, Calahorra?

l'agent. Je ne sais, que dieu et la nuit me protègent I

(Les agents s'éloignent.)

LUGO. Qu'ils m'épargnent pour mon maître et non pour

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