‹ Théâtre de Michel CervantèsChapitre 32 sur 36 · COMÉDIE EN TROIS JOURNÉES · texte numérisé non relu

COMÉDIE EN TROIS JOURNÉES

Le sultan Mourad se rend à la mosquée. Tout le monde s'incline sur son passage. On lui présente des placets que ses pages enferment dans des sacs de soie. Six mille soldats forment son escorte. Le renégat Robert, resté seul avec Salée, autre renégat, lui dit qu*il va finir de lui conter une histoire qu'il a commencée la veille.

Il vient à Constantlnople pour chercher un jeune homme dont il fut le gouverneur.

— Ce jeune homme est follement épris de Clara, la fille d'un gentilhomme que tu connus à Prague, chevalier de l'ordre teutonique. Ne pouvant obtenir sa main, il enleva la jeune fille. Mais dans leur fuite ils furent pris par des Tores de Rocaferro. Moi, poltron et traître, je ne le nie pas, je les abandonnai pour m'enfuir. Le père de Clara offrit vainement une forte rançon pour qu'on lui rendît sa fille. Elle avait été vendue au Grand Turc, Je suis venu à Conslan-

tinople sous ce costume grec pour apprendre des nouvelles de Clara et de Lamberto.

— Nous saurons quelque chose, lui répoiid Salec, par un eunuque du sérail qui est mon ami.

Ils sortent et font place à Rustem et à Mami, deux eunuques du sérail. L'un accuse Tautre d'avoir soustrait aux regards du sultan Mourad une belle captive espagnole. Il va le dénoncer comme un traître, et il le fera empaler.

Celte femme dont parle Mami est dona Gathalina d'Oviedo. Le sultan, conduit près d'elle par Mami, la trouve d'une beauté merveilleuse. Il va la visiter le soir même au sérail où il Ta fait conduire.' Il revient enflammé d'amour pour la belle chrétienne. Tout son empire lui sera soumis. Peu lui importe qu'elle soit chrétienne ou turque. Elle deviendra son épouse et dès aujourd'hui elle est la Grande Sultane. Le Turc parle à sa belle comme Amadis de Gaule :

En mis discursos entro Pues amor me dà licencia, Yo soy tu circunferencia, Y tu, senora, mi cenlro.

Des corsaires ont capturé tin Espagnol nommé Madrigal, Le cûdi lui laisse le choix entre le mariage ou la mort. Il demande deux jours de réflexion. Madrigal persuade au cadi qu'il descend en droite ligne d'Apollonius de Tyane, lequel entendait la langue des animaux et pouvait converser avec eux. Il offre d'apprendre le Turc, en dix ans, à Téléphafit du Grand Seigneur. S'il ne réussit pas, il consent qu'on l'empale, qu'on le brûle ou qu'on le coupe par morceaux. Le crédule cadi accepte l'épreuve. Pourtant il fait cette réflexion : Mais, sais-tu le turc ?

— Non, répond Madrigal.

r.ÀGBANDE SULTANE. 383

«-* Alors^ comment yeux • ta lai apprendre ce qae ta ignoreà ?

— J'apprendrai chaque jour ce que je veux lui montrer, et, en dix ans, il aura le temps de savoir le turc et le grec.

On voit que Madrigal avait déjà deviné la méthode Jacotot.

Cependant la Grande Sultane est résolue à mourir plutôt que de se donner au sultan.

— N'est-ce pas le plus grand des péchés que de s'unir à un infidèle ?

— Si tu pouvais fuir, lui répond tlustem, je te Taurais conseillé; mais lorsqu'il y a cx)ntrainte, il n'y a pas de péché s'il n'est pas dans la volonté. Dans tous nos actes c'est l'intention qui nous condamne ou qui nous sauve.

Voilà^un eunuque passablement casuiste*

Clara et Lamberto sont dans le sérail sous des habits de femmes turques et sous les noms de Zélinde et de Zaïda* Ils sont perdus si l'on découvre leurs amours et le sexe de Lamberto.

L'ennuque Hustem est chargé de trouver dans Gonstailtinople un tailleur espagnol pour confectionner les vêtements de la Grande Sultane, qui ne veut pas renoncer à ses habits chrétiens. Un vieillard *se présente pour faire cet office. Il est agréé. Il se trouve que ce tailleur est le père de Gathalina d'Oviedo. Il se déclare en feignant de lui prendre mesure. Gathalina s'évanouit. Le sultan ordonne qu'on empale le bonhomme.

La seconde journée finit là, et lorsque commence la troisième, on a sauvé les jours du père de Gathalina d'Oviedo. Entrent les musiciens obligés, armés de leurs guitares. Madrigal porte un tambour de basque. Le sultan donne une fête en l'honneur de sa nouvelle épouse. Elle arrive vêtue à

la chrétieime; elle porte aa cou nne petite croix d'él>ène; elle est accompagnée de Zaïda et de Zélinde^ qui sont Clara et Lamberto.

— Tu arrives bien, loi dit Moarad^ humaine déesse plus belle <|ne les deux» centre de mon cœur, sois joyeuse et repose-toi!

Ils s'asseyent sur des coussins. Le cadi demande à entrer. — Que vois-je I s'écrie-t-il. Le sultan lui impose silence et le fait asseoir. Madrigal chante une romance avant le ballet. Dans cette romance il raconte l'histoire de Gathalina. Aujourd'hui, ajoute-t-il, la fille d'Oviedo est sultane. Aujourd'hui nous la voyons fouler de son pied l'indomptable cou du lion ottoman. La sultane se lève et danse pendant que les musiciens l'accompagnent en chantant. Mourad donne la liberté aux esclaves excepté à Madrigal , qui doit continuer à apprendre le turc à l'éléphant.

Le sultan (qui ressemble quelque peu au Schahabaham de VOurs et le Pacha) change tout à coup d'idée. Il retourne à son ancienne coutume et il veut choisir parmi ses autres femmes pour se passer une fantaisie. Il jette le mouchoir à Zéiinde, qui n'est antre que Lamberto,, l'amant de Clara. Zaïda découvre tout à Cathalina d'Oviedo. Le sultan, furieux de la plaisanterie, veut tuer de sa main Lamberto, qui raconte alors à ce grotesque souverain que c*est par un miracle du prophète qu'il est devenu homme tout à'coup^ de fille qu'il avait toujours été. Mourad consulte le cadi sur ce point délicat.

— Puede ser esto, cadi?

— Y sin milagro, que es mas,

— Ni tal oi, ni tal yi.

-— Seigneur, dit Gathalina à Mourad, si tu te repens de m'a voir élevée jusqu'à toi^ oublie-moi et laisse-moi libre.

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