ACTE II, SCENE IX
que moi ? ma volonté, c'était la vôtre !... Oh l j'étais bien tière !...
ALBERT
C'est moi qui suis heureux î
MARGUERITE
Il en est ainsi dans les plus petits détails!. . J'ordonne qu'on mette les plus belles fleurs sous les fenêtres de votre appartement... Vous aviez donné l'ordre, vous, qu'on les plaçât près du mien !... Et que je vous remercie encore, Albert, d'avoir, qomme je le souhaitais, fait communiquer le joli pavillon du parc avec mon appartement !... j'y vais, chaque matin, lire et rêver... Oh ! que je voudrais pouvoir faire pour vous tout ce que vous faites pour moi!...
ALBERT
Ainsi, chère Marguerite, nous pensons ensemble.
MARGUERITE
Quand vous parlez, cela me semble toujours ainsi, même sur des choses auxquelles je n'avais jamais songé !... L'autre jour, la politique, la guerre, les affaires...
albert, souriant.
Vraiment ? vous vous occupez de la politique et des affaires publiques !... ce sera heureux pour la patrie.
MARGUERITE
Ne vous moquez pas!... (Elle s'appuie avec grâce sur son épaule, et dit tendrement.) Tenez, il y a des mots qui prennent un sens pour moi quand vous les dites !... La patrie, par exemple ! je l'aime à présent !... c'est le sol qui vous a vu naître, dont votre voix discute les intérêts, que votre courage défendrait, et où la gloire vous récompensera!... c'est le pays où vous vivez, où l'on vous honore, et où je vous aime !
albert , la pressant contre son cœur.
Ma bien-aimée !
marguerite , riant.
C'est ainsi pourtant que je comprends toute la politique.
ALBERT
Les femmes n'ont pas besoin de l'entendre autrement. marguerite , gaiement.
Puis vous ne voyez en moi qu'une petite pensionnaire craintive !.. . Eh bien ! savez-vous qu'en vous regardant parfois de ma fenêtre franchir à cheval de grands espaces, et gravir des montagnes escarpées, j'ai eu l'envie d'en faire autant ?
ALBERT
Tous ?
marguerite , tendrement.
Afin de ne pas vous quitter, et de vous arrêter au moment du péril.... alors je me suis essayée en votre absence.
202 MARGUERITE
ALBERT
Comment ?
MARGUERITE
Jérôme, le vieux palefrenier de votre père, m'a donné des leçons; je monte déjà très-bien, à ce qu'il dit, votre cheval Soliman. Albert, se levant.
Ciel ! il s'emporte quelquefois , et votre frayeur pourrait alors exposer votre vie.
marguerite , avec gentillesse.
Vous voyez donc bien qu'il faut me laisser à vos côtés !... je n'aurais pas peur alors ; et, s'il y avait de vrais dangers, oh ! je craindrais tant pour vous que je ne penserais pas à moi. Albert , très-troublé.
Marguerite !. .
MARGUERITE
Puis, voyez, Albert!... Ah! vous détournez les yeux!... Mais regardez-moi donc ! je me suis parée de vos présents. Cette coiffure vous plaît-elle ? ma robe est-elle jolie ?
Albert , avec amour.
Bien moins que toi... si belle et si gracieuse!
marguerite , avec joie, lui prenant la main.
Vrai ?
Albert , lui tenant la main dans les siennes f avec passion.
Bien moins que tes yeux si beaux, que ton sourire charmant, que tes grâces ravissantes!... Mon Dieu ! que je l'aim... (Il recule dans le plus grand trouble.) Mais je ne sais plus ce que je dis !... Ah ! laisse-moi ! ne me regarde pas ainsi ! ne me dis pas : Regardez-moi !... ne me parle pas de ton amour ! ne me dis rien qui me force à m'éloigner encore !...
marguerite , étonnée.
Oh ! mon Dieu ! qu'y a-t-il donc ? vous aurais-je déplu ou offensé sans le savoir ?
ALBERT
M'avoir offensé? toi, l'amour et la bonté même ! toi, qui ne m'en veux pas quand tu peux me croire injuste et insensible!... toi qui dois regretter d'avoir uni ton sort au mien !
MARGUERITE
Grand Dieu ! chaque jour, au contraire, je bénis le ciel de ce qu'il m'a liée à vous !... c'est le bonheur !...
ALBERT
Bonheur qu'un mot peut détruire.
MARGUERITE
Quel malheur pouvez-vous craindre? êtes-vous persécuté? votre fortune, vos jours sont-ils menacés ? Ah ! dans mon ignorance de la