‹ Théâtre de Mme. AncelotChapitre 189 sur 350 · ACTE 111, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE VIL

ne pouvions pas rester ensemble plus longtemps sous le même toit !... Lui-même venait pour nous séparer !... J'ai obéi à lui, à la destinée !... nous aurions dû nous séparer plus tôt; mais, je l'avoue, je n'en avais pas le courage !

MARGUERITE, avec douleur.

Ah!...

ALBERT

Que les jours paisibles auxquels je vous enlevai reviennent charmer votre vie !

marguerite, avec désespoir.

Est-ce que c'est possible?... vous devez bien le savoir, Albert , vous qui connaissez tout mon cœur.,, et je remercie le ciel d'avoir permis que je vous dise au moins combien je vous aimais !... Je ne maudis pas même mon sort, quelque triste qu'il doive être à l'avenir, c'est vous qui en aurez disposé !... vous m'aviez tout donné ; vous m'avez tout ôté !... que votre volonté soit faite?

(Elle tombe affaissée sur un fauteuil.) bonnard, allant à elle.

Elle se trouve mal !

ALBERT

Marguerite !

bonnard, se plaçant entre eux et repoussant Albert.

Ah !... Ils ont toujours été cruels envers tous les tiens, mon enfant !... Vois cette lettre, la dernière qu'écrivit ta pauvre mère !... Vois, écoute!... elle me l'adressait au lit de mort... je ne l'ai reçue qu'aujourd'hui. (Il lit.) «Je vous recommande ma fdle, à vous « le frère de celui que j'ai tant aimé, de mon Senneville, du seul « objet de mon fidèle amour ! »

albert, comme réveillé par ces mots.

Qu'entends-je ?... mais que lisez-vous donc là, Monsieur?

La lettre de sa mère mourante !

albert, très-agité.

Et vous dites ?... ah ! relisez donc encore !...

bonnard , étonné.

Quelle émotion!... (Il Ut.) «Senneville, le seul objet de mon « fidèle amour!... ah ! j'avais tant pleuré la mort de votre frère !...» (Il s'interrompt.) C'est à moi qu'elle écrit... à moi qui l'avais méconnue!...

albert, avec anxiété.

Ah ! poursuivez, de grâce !

bonnard, lisant.

« J'avais tant pleuré la mort de votre frère ! eh bien ! il s'est ente core trouvé pour moi de nouvelles souffrances auxquelles je n'ai

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« pu résister !.., oui... pour sauver l'honneur de celui qui frappa « Senneville, ou a sacrifié le mien ! »

ALBERT

Est-ce possible ?

bonnard, Usant.

« On a supposé qu'elle avait trahi son époux celle qui meurt du « regret de Ta voir perdu ! »

albert, à lui-même.

Ah !... ce n'est donc pas vrai !

bonnard, lisant.

« Monsieur, ayez pitié de la tille de votre frère ! et toi, Senne- « ville, pardonne-moi de n'avoir pas eu le courage de vivre pour « notre enfant !... et reçois-moi là-haut dans tes bras, mon asile « dans le ciel comme sur la terre ! »

albert, lui prenant vivement la lettre.. Cette lettre !... cette lettre !...

;(I1 la dévore des yeux.) marguerite, se levant.

Ma pauvre mère!...

BONNARD

Et sais-tu qui brisa ainsi le cœur de ta mère ?

albert, vivement.

Arrêtez, Monsieur!... arrêtez !... elle ne doit plus rien savoir de tout cela !

bonnard, le regardant avec surprise , puis s'adressant à

Marguerite.

N as-tu pas de courage, enfant, pour échapper au malheur en me suivant ?

albert, avec transport.

Vous suivre ?... à présent?...

BONNARD

Il ne t'aime pas ! Viens avec moi, Marguerite !... albert, s'élançant vers elle.

Ici !... près de moi !... ( Il Ventoure de ses bras. ) Savez-vous ce que c'est que cette jeune femme que vous dites sans courage?... Elle a supporté l'injustice sans se plaindre ! le malheur sans se troubler !... Elle a sauvé celle qu'elle croyait sa rivale, quand son cœur était déchiré par la jalousie !... elle m'a aimé me croyant froid , injuste et ingrat!... mais regardez-la donc!... c'est la beauté telle qu'on la rêve ! la vertu telle qu'on l'imagine !... c'est un trésor que le ciel m'a donné, et dont je ne me séparerai jamais!... c'est mon bien! mon bonheur ! mes seules amours !... c'est ma femme !... marguerite, dans ses bras.

Mon Albert!...

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