ACTE l, SCENE X
CLÉMENCE
Elle ne l'avait jamais troublé ainsi.
(Ici, Hermann tire furtivement le papier qu'il a arraché à son père et cherche à le parcourir sans qu'on le voie.) hermann , à part.
Ceci peut m'apprendre ce qu'il y aurait à faire.
duvernay , à mi-voix à Clémence, La faiblesse de son caractère et la sévérité de son père vous jetteront dans une situation difficile...
clémence, le regardant avec étonnement.
Comment ?
DUVERNAY
Votre âge, votre beauté... ces grâces charmantes inspirent un si grand intérêt...
CLÉMENCE
Que puis-je craindre près de mon mari ? duvernay, souriant.
Votre mari... allons donc ! plus de mystère avec moi.... je ne
suis pas un censeur bien sévère... d'ailleurs, je sais tout. clémence , l 'examinant avec inquiétude.
Et que savez-vous? Ce sourire moqueur.... ces regards Mais
vous m'inquiétez aussi... Il y a dans votre langage et dans vos manières quelque chose d'étrange, qui n'existait pas ce matin, et qui m'effraie ! ... Qu'y a-t-il donc ?
DUVERNAY
Ici, à l'instant même, le baron vient de tout m'apprendre.
clémence , avec un mouvement très-vif et à mi-voix. Le baron ici ? lui ?
DUVERNAY
Sans doute.
clémence , très-émue.
Ah ! c'est cela qu'Hermann me cachait... Mais qu'a-t-il dit? que vous a-t-il appris ?
Quel trouble!...
clémence, avec curiosité.
Parlez, je vous en supplie... Que disait-il ?
DUVERNAY
Eh bien ! que votre mariage n'est pas vrai , que vous n'êtes pas sa femme.
clémence , avec un cri.
Àh ! Hermann ! (Elle traverse vivement le théâtre et va se
placer près cT Hermann comme sous sa protection. ) Je suis ta femme, n'est-ce pas? devant Dieu et devant les hommes.
260 CLEMENCE
HERMANN
Que dis-tu ?
( Il se lève et le papier tombe à leurs pieds. ) clémence, vivement.
Ton père est venu ici, tu me Tas caché; il dit que je ne suis pas sa fille, que tu n'es pas mon mari... Mais il se trompe , n'est-il pas
vrai ?,.. rien ne peut nous séparer... Parle donc , Hermann je
t'en supplie.
HERMANN
Oh ! non, rien ne nous séparera, ma Clémence.
duvernay , à part.
L'a-t-il trompée ?
Duvernay, mon père est irrité, et vous aura fait partager une erreur... mais par vous et par tous, Clémence doit être respectée pour elle-même, et pour le nom qu'elle a droit de porter.
DUVERNAY
Pardon , si des mots indiscrets vous ont affligés , et comptez sur mon dévouement... (A part , en s'en allant.) Il faudra bien que je sache la vérité. (Haut, saluant.) Madame, recevez mes excuses.,.. Au revoir, Hermann.